livre XXII
» ou même une Sarrasiue qui a reçu Ja grâce du » baptême. L’uii cultive des vignes, l’autre des » champs j tous ces habitans j)arlent diverses laii- )) gués, et sont déjà parvenus à s’entendre; la ^ » confiaucc rapproche les* races les plus éloignées; » car il est écrit que le lion et le bœuf mangeront » a la meme etable. De jour en jour nos parens M et nos proches viennent nous joindre, aban- » donnant les biens qu’ils possédaient en Occiw dent; ceux qui étaient [lauvrcs dans leur patrie, M ici Dieu les a faits riches; ceux qui n’avaient » que pqu d’éçus possèdent un nombre jnlinitle » bisantins;à ceux qui n’avaient qu’une métairie, M Dieu leur donne une ville; car il ne veut pas » que les pèlerins qui ont porté la croix, tombent » dans l’indigence; c’est là, vous le voyez bien, » une merveille qui doit étonner l’univers. » Ainsi Foueber égayait à dessein'ses tableaux; et pour attirer les Francs en Asie, il leur montrait les colonies chrétiennes comme une véritable terre promise.
L’abbé Guibertne ressemble point à Foucher, et porte même un jugement très sévère sur la relation du chapelain de Baudouin; il lui reproche d’avoir écrit son histoire dans un style incorrAct et grossier, d’avoir exagéré le nombre des pèlerins , d’avoir ajouté foi à bcaucou]) de fables qu’on débitait en Europe, au départ de la première croisade. L'abbé de Nogent mêle à sa critique des réflexions piquantes sur la crédulité populaire qui voyait partout des prodiges; il n’épargne pas sur-
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tout la pieuse supercherie de ceux qui présentaient une difFormilé naturelle, une taie qu’ils avalent dans l’œil, ou quelque signe qu’ils avaient imprimé sur leur front, comme une expression de la volonté céleste qui les appelait k la guerre sainte. Chose digne de remarque ! après s’étre élevé contre les erreurs de la multitude , il fait un grand crime à Foucher de Chartres de ne pas croire à la lance du Sauveur, ^trouvée à Antioche; et consacre plusieurs pages de son livre à prouver que l’expédition et les exploits des premiers croisés avaient été clairement annoncés par les prophètes d’Israël.
En général, cet auteur tombe souvent dans les défauts qu’il reproche aux autres; et si son stjle n’est pas commun et vulgaire, il dégénère quelquefois en une affectation puérile. Néanmoins son livre est très précieux par le grand nombre de traits de mœurs qu’il renferme, 'et qu’on ne trouve point ailleurs. Le tableau qu’il retrace de la prédication de Picrre-1’ Ermite et du départ des croisés, est plein d’intérêt; l’historien nous attache moins dans le récit de ce qui s’est passé en Orient. Il n’est , pas inutile de remarquer ici que les chroniqueurs • ! qui sont restés en Occident, décrivent mieux que lo< autres les préparatifs ou le départ d’une croisade , et qu’ils nous font mieux connaître l’espèce d’enthousiasme qui précipitait l’Europe sur l’Asie»
11 y eut une grande émulation, comme nous l’avons dit, pour écrire l’histoire de la première croisade. ïudebode, prêtre de Poitou, est le premier
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