LIVRE X^Il. 4i
<|ue celle du martyre, el dont, le hut sacré élail la conquête ou la délivrance d’un toinheau.
Cette exaltation pieuse est le caractère do tous les clironiqneurs qui ont raconté les événeinons des croisades; mais chacun d’eux a des qualités qui lui sont propres, et qui le distinguent des autres. INous avons cité assez souvent les liistoliens des guerres saintes, pour qu’ils soient connus de nos lecteurs : qu’il nous soit permis néanmoins d’en rappeler ici quelques-uns, et de parler, une dernière lois, des fidèles compagnons de nos travaux. Foucher de Chartres est le premier qui se présente à notre esprit; on sait que ce naïf chroniqueur se plaît à se mettre en scène dans son ouvrage, et ses récits sont souvent interrompus par ces mots : ego Fulcherius Camotensis : moi Foucher de Chartres. Lorstjue Baudouin, frère de Godefroi, devient prince d’Edesse, Foucher nous avertit qu’il était son chapelain. S’il visite, avec d’autres pèlerins, la fontaine de Moïse, il nous dit qu’il y fit abreuver ses chevaux; s’il parcourt les rivages de la Mer-Morte, il nous apprend qu’il a goûté l’eau de cette mer, et qu’il l’a trouvée amère comme l’ellébore. En parlant d’une victoire remportée sur les Parthes, il nous fait savoir l’âge qu’il avait alors, et nous dit que sijc Jois dix ans et deux J'ois trois ans s’étaient écoulés depuis sa naissance. Toujours disposé à parler de lui-même, Foucher nous fait part de toutes ses admirations, de toutes ses surprises, même de ses craintes. Ce qu’il redoute le plus ,
4iG HISTOIRE DES CROISADES,
c’est la guerre et ses fléaux ; il ne peut cacher la peur que lui causent les Sarrasinsj toulcs les fois que les croisés Iriomphent de leurs ennemis, le chapelain de Baudouin en remercie Dieu avec une grande effusion de cœur, et lorsqu’il voit le signal des combats périlleux, il avoue ingénument (juil aimerait mieux être à Orléans ou à Chartres. Notre chroniqueur a quelque connaissance de l’histoire naturelle, et ne manque point l’occasion de nous montrer son savoir; c’est ainsi qu’après avoir décrit la bataille d’Ascalon, il nomme douze espèces de pierres précieuses qui se trouvaient parmi les dépouilles des vaincus. Son récit du siège de Jérusalem et d’Antioche ne doit pas fixer notre attention, parce que le chroniqueur était absent, mais il nous donne beaucoup de documens utiles sur Godefroi et sur les colonies chrétiennes. Personne n’a mieux peint que Foucher la création de ces nouveaux Etats, et le miracle de leur conservation au milieu des nations musulmanes. Rien n’est plus ingénieux que la manière dont il nous représente les Francs établis en Syrie, quelques années après la première croisade : « Celui qui » était Romain ou Franc, dit Foucher, est dc- » venu ici Galiléen ; celui qui habitait Rheims » ou Chartres, se voit citoyen de Tyr ou d’An- » tioche ; nous avons déjà oublié les lieux de notre » naissanee. Tel d’entre nous possède déjà,
» dans ce pays, des maisons et des esclaves; tel ») autre a épousé une femme qui n’est point sa » compatriote, une Syrienne, une Ai'ménienne,
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