LIVRE XXL
que CG peuple , que touchait si vivement l’honneur (les armes chrétiennes, ne perdait jamais de vue l’objet du saint pèlerinage^ et tandis que les princes et les rois oubliaient les sermens de la croisade , au milieu des riches provinces qu’ils parcouraient, plus d’une fois les clameurs d’une pieuse révolte les ramenèrent à la pensée de délivrer Jérusalem (i).
Nous n’avons pas besoin de dire que cette multitude qui ne combattait pas, et qui vivait presque toujours dans la crainte, devait se montrer moins généreuse envers les ennemis vaincus, et nous n’hésitons point à lui attribuer en grande partie les scènes sanglantes qui souillèrent quelquefois le triomphe des guerriers chrétiens. On n’a point oublié cette troupe de vagabonds auxquels les croisés qui assiégeaient Antioche donnèrent un chef qu’on appelait le roi truant, ou le roi des gueux (2). Dans cette troupe misérable se trouvaient quelquefois des comtes et des barons, car rextreme détresse confondait les grands avec les petits, et beaucoup de nobles guerriers , selon l’expression du temps, devenaient des chevaliers sans avoir , ou des pauvres de Jésus - Christ. Celle multitude confuse dut souvent porter le désordre dans les armées qu’elle suivait. Un chroniqueur qui avait assisté à une défaite des croisés , déplore la misère de cette foule désarmée , et s’écrie avec amertume : a Plût au ciel que le papCj
(i) Raymond d’Aglles. ( Bihlioth. des Crois.) (a) L’abb(3 Guibert. {Bibliotli. des Crois.) TOM. VI.
5o lUSTOTRE DIS CROISADES.
M qui a défendu aux princes d’amener avec eux des » clilens et des oiseaux , qui a fait des rfcgieniens » sur les habits et les armes des chevaliers, plût » à Dieu qu’il se fût occupe du pauvre peuple M parlant pour Jérusalem ; qu’il n’eût pas permis » aux faibles de prendre la croix ; qu’il eût dotiné » aux forts un glaive au Heu d’une pannelière, un » arc au lieu d’un bâton, » Odon de Deuil ajoute que ces pèlerins sans armes empêchaient les guerriers chrétiens de combattre , et n’offraient qu’une proie facile aux barbares. Aussi plus leur nombre diminuait, plus les armées de la croix devenaient redoutables. L’histoire a moins à déplorer les désordres qu’entraînait une multitude inutile , lorsque les croisés se rendirent par mer en Orient,