CHAPITRE VI
mVERTlSSEMENS DES CROISÉS.
Virgile s’arrête, dans son cinquième livre, pour décrire les jeux et les solennités qui rappelaient aux Troyens , crrans sur les mers, les souvenirs touclians de la patrie; ainsi l’iiisloire nous représente les croisés conservant dans leur pieux exil les mœurs, les coutumes, les cliagrius , les joies et jusqu’aux amusemens des foyers domestiques. Les chroniques nous disent que les barons et les chevaliers de l’Occident s’étaient fait suivre, en Asie, du luxe et des plaisirs de leurs châteaux (i). Onsc rappelle que leurs chiens et leurs faucons moururent de soif et de chaleur , dans la Phryyie brûlée ; et cette perte , au milieu des malheurs de la guerre sainte, n’était pas ce qui affligeait le moins les nobles pèlerins. Les relations contemporaines sont aussi fidèles à décrire les combats livrés aux bêtes fauves que les batailles contre les Sarrasins. Tantôt c’est Godcfroi qui triomphe d’un ours formidable, dans Jesboisdela Cilicie (2) ; ta ntot c’est Richard Cœur-
(1) L’anonyme de Mabillon, Albert d’Aix, etc. (Aibliolh. des Crois. )
(2) Albert d’Aix, Guillaume de Tyr, Coll, de Bongars. ( Biblioth. des Crois, )
dc-Lion qui , dans les montagnes de la Judée, soutient un combat contre un sanglier plus terrible que celui de Calidon (i). Les daims elles gazelle.s du Carmel, du Silo, du Liban, furent souvent effrayés dans leurs retraites par le bruit des armes, et tombèrent sous les coups des guerriers venus de la France, de l’Allemagne ou de la Norvège (2). Ni les fatigues du pèlerinage, ni les périls delà guerre ne pouvaient détourner les clievaliers et les princes «le leur passion favorite. Nous avons vu que le roi d’Angleterre fut sur le point d’être pris par les infidèles , lorsqu’il chassait avec plusieurs croisés , dans la forêt d’Arsur ou de Sichem (5). Un auteur allemand, Mutins, prétend que Frédéric Barberousse voulut connaître les bêtes fauves de l’Arménie, et que s’étant fatigué à les poursuivre à travers les montagnes do Séleucie , il se baigna dans le fleuve Sélef, où il trouva la mort. Une cbronifjue rapporte qu’avant le combat, où il fut tué, Roger, prince d’Antioche, parcourut les plaines et les montagnes voisines d’Apamée , prenant des oiseaux avec ses faucons, et forçant des quadrupèdes avec ses chiens (4).
La chasse n’était pas le seul amusement des « roi.sés ; la passion du jeu n’avait pas moins d’at-
(1) Gaulliier Vinisauf , la chronique anglaise. ( des Crois.)
(a) Albert d’Aix. {Biblioth. des Crois.) '
(3) Gauthier Vinisauf. {Biblioth. des Crois.)
(4) Gauthier-le-Chancclicr. {Biblioth. des Crois.)