‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 41 sur 209 · LIVRE XXL . 8o · texte numérisé non relu

LIVRE XXL . 8o

» Si l^opinion des chrélieus condamnait aux flam- M mes de l’enfer ceux qui ne donnaient point leurs » biens aux pauvres, à quel supplice devait-on con- » damner ceux qui enlevaient les biens des pauvres » et de l’Eglise (i). » Telles étaient les plaintes du clergé ; mais toutes ces plaintes n’empêchèrent pas que la dîme saladine , approuvée par le chef de l’Eglise, ne fût levée dans tout l’Occident.

Plus tard, Innocent III publia une circulaire adressée à tous les fidèles, aux évêques, abbés , prieurs, à tous les chapitres, à toutes les villes et bourgs, les conjurant de fournir chacun selon ses facultés un certain nombre de guerriers, et tout ce qu’il fallait pour les entretenir pendant trois ans (2). Chaque fois qu’on prêchait une croisade nouvelle, les papes, les conciles et les rois s’occupaient de trouver un impôt, et de régler les subsides de la guerre. Tantôt on imposait le clergé pour un vingtième de ses revenus, tantôt pour un quarantième ou un centième. Quelquefois le clergé se trouvait seul imposé, d’autres fois ou imposait tous les fidèles, et ces sortes de tributs étaient levés avec plus de rigueur que tous les autres. Deux fois, sous le règne de saint Louis, le clergé de France adressa ses réclamations au pape, qui repoussa scs prières, et menaça même les évêques de les excomjuunier (3).

( I ) I.ettrcs de Pierre de Blois. ( Biblioth. des Crois. )

(u) Voyez celle lellre dans les Pièces juslillcalives du tome troisième de noire Ilisloirc.

(3) Voyez le xiv<^. livre de noire liisloire.

Les frères prêcheurs et uiiueursque Grégoire IX avait envoyés en Angleterre pour lever l’impôt tic la croisade , épuisèrent tellement ce royaume, dit Mathieu Paris, que beaucoup d’habilans furent contraints de quitter leur pays et de demander V aumône (^i) . Tout annonce que l’Allemagne ne fut pas plus épargnée que les autres contrées dont nous venons de parler. Aussi la résistance du clergé de la Germanie fut-elle portée quelquefois jusqu’à la violence, comme on le vit au concile de Vishourg, où le neveu du légat romain fut tué, et le légat lui-même courut les plus grands dangers pour sa vie (2).

Rien ne prouve mieux la disposition des esprits ou le mécontentement et la déüance des fidèles, que les précautions publiques qu’on prenait dans le treizième siècle pour lever les décimes des guerres saintes. Comme la conscience des peuples s’était révoltée contre ce genre d’impôt , il est probable qu’on ne le payait pas avec exactitude, et que scs produits devinrent insuffisans. Aussi fut-on obligé d’avoir recours a d’autres moyens. On imposa les juifs tantôt au dixième, tantôt au vingtième de leurs biens J plusieurs fois on exigea d’eux des sommes énormes : on implora aussi la charité des chrétiens, et des troncs placés dans les églises reçurent les tributs volontaires de la piété. On employa aux dépenses des guerres sacrées les legs pieux dont la destination n’était pas déterminée, ainsi que les rc-

(1) Mathieu Piris. ( Bihlioth. des Crois. )

(2) Fleury , Hist. ecclésiast. , an. i2’jô.

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