LIVRE XXI
armëes. A la victoire de Ramla , les chrétiens crurent voir cette croix miraculeuse s’étendre sur tous les points de l’horizon et s’élever jusqu’au ciel(i). Comme le bois de la vraie croix était couvert d’or et de pierreries , il devait exciter l’avidité des soldats musulmans; il devint souvent l’objet des plus sanglans combats. Dans la bataille de Tibériade, où ce signe révéré tomba au pouvoir de Saladin , les plusbraves de l’armée se firent tuer pour le défendre, et les auteurs arabes comparent les guerriers chrétiens volant au secours de la croix, aux papillons qui voltigent autour d’un flambeau(a). La veille du combat où périt Roger, prince d’Antioche, un héraut d’armes publia cette proclamation : « Au premier signal de la trompette, les » soldats prendront les armes; au second, ils se » trouveront à leur rang; au troisième, ils se pré- » seateront devant la croix du Seigneur (3). »
Les soldats du Christ n’auraient pas osé livrer le moindre combat, s’ils n’avaient reçu la bénédiction desévêques. Lorsquel’armée chrétiennese trouva en présence des Karisriiiens, dans les plaines de Gaza,
(i) L’historien Aboulfaraqe attribue aussi le triomphe des croises à Ramla à un miracle de la puissance ce'leste. Suivant cet auteur, le Seigneur suscita un vent violent qui porta la poussière dans les yeux des Musulmans et les mit en fuite. (Extraits des auteurs arabes, Bibliolh. des Crois.)
(a) Extraits des auteurs arabes, §. xxxvii. [Bibliolh. des Crois. )
(3) Gaulhicr-lc-Cliancelier. [Bibliolh, des Crois.)
on retarda quelque temps le signal delà bataille, parce que le patriarche de Jérusalem refusait sa bénédiction au comte de Joppé. La bénédiction et les indulgences de l’Église étaient souvent le prix et la récompense d’une action 'glorieuse. Pendant le siège de Damiette, le légat romain Pélage retenait les pèlerins sous les drapeaux de la croisade , et ^ leur faisait braver tous les périls, en leur promettant les gr.âces du ciel, non seulement pour eux-memes, mais pour leurs familles restées enOccident. Comme le trésor des indulgences était inépuisable, on prodigua cette monnaie sainte dans toutes les circonstances périlleuses. Après la bataille où Bohémond fut fait prisonnier, plusieurs prélats avaient cherché leur salut dans la fuite; l’archevêque Bernard exhortait ses compagnons à couper la queue de son cheval, qui l’empêchait de fuir, et promettait une indulgence plénière pour un si grand service. Dans la foule des chrétiens fugitifs , un seul chevalier vint à son secours , et reçut la bénédiction épiscopale. « Ainsi, ajoute le chroniqueur qui nous » rapporte ce fait, l’un ayant assuré son salut dans » cette vie , l’autre dans la vie future, tous deux » rentrèrent paisiblement dans Edesse (i), » Le trait qu’on vient de citer peut faire sourire le lecteur; mais lorsqu’on relit l’histoire des croisades , on s’étonne de tous les prodiges de bravoure qu’enfantèrent les promesses faites au nom du ciel. De quelque manièrequ’on juge aujourd’hui les palmes
[i) Raoul (le Caen. ( Biblioth. des Crois.)