LIVRE XXI
» Labilelé; mais celte habileté n’est au fond que » de la perfidie (i). » Les croisés ignoraient les ruses ou les stratagèmes de la guerre, et Saladin lui-même leur reprocliait d’avoir négligé ce moyen de vaincre. Se précipiter sur l’ennemi qu’ils avaient devant eux, et l'attaquer à force ouverte , voilà toute leur tactique; Richard ayant ordonné, à la bataille d’Arsur, d’attendre un signal convenu pour fondre sur les Sarrasins , les chevaliers chrétiens se désolaient, et lorsque l’armée musulmane vint à menacer leurs rangs, « il n’y » eut pas, dit l’histoire, un prince, un comte ou » un baron, qui ne rougît de honte et ne se crût » de'shonoré par cette inaction en présence de » l’ennemi (2). »
Souvent les soldats delà croix, éprouvés par les travaux et les périls de la guerre, montrèrent tout ce que la subordination et la discipline peuvent donner de force à une armée. Voici quelle était la disposition de la troupe de Richard devant les murs de Joppé. Cette troupe n’avait avec elle que dix chevaux. Les combatlans à pied mettaient le genou droit en terre, afin d’être plus fermes, et s’appuyant sur le pied gauche, ils tenaient de la main gauche leurs boucliers étendus; de la main droite ils tenaient leurs lances , qu’ils inclinaient , et dont ils présentaient la pointe à leurs ennemis (3). Un balis-
(i) Gaiithier-le-Chancelier. {Biblioth. des Crois.) (3) Gauthier Viiiisauf. {Biblioth. des Crois.)
(3) Chronique anglaise. {Biblioth. des Crois. )
laire était placé entre deux guerriers, protégé par leurs boucliei's ; un autre soldat disposait la ba- Hste, en sorte que l’office de l’un était de tenir la baliste tendue, celui de l’autre , de lancer les javelots. Deux mille fantassins, ordonnés de la sorte, dociles à la voix de leur chef, et ne quittant point leurs rangs , repoussèrent plusieurs fois l’armée de Saladin.
Il faut avouer que ces prodiges de la valeur disciplinée se rencontrent rarement dans l’histoire des croisades. L’enthousiasme religieux qui animait les croisés leur fit remporter plus de victoires que la tactique militaire et l’habileté de leurs chefs. A la veille des batailles, les guerriers chrétiens confessaient leurs fautes, recevaient la communion , « afin , dit une ancienne chronique , que s’étant » fortifiés du pain céleste, ils pussent vivre ou H mourir comme il convient à des soldats de Jé- » sus-Christ (i). Au dernier assaut de Jérusalem , » les prêtres , vêtus de leurs ornemens sacerdotaux » (nous copions ici Raoul de Caen), se montraient » au milieu de la foule des guerriers ; tour-à- )) tour pleurant d’une sainte allégresse, chantant » des hymnes, transportant les échelles. Les chc- » valiers marchaient à la voix de ces hommes )) pieux, et le cri de Kyrie eleyson, parti du fond » des cœurs , montait jusqu’au trône du souverain » juge. >) Quand on eut retrouvé la véritable croix du Sauveur, elle fut portée à la suite des
(i) Gaulliiei-lc-Ch.incdicr. {Dibliolli. des Crois.)