‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 55 sur 209 · LIVRE XX.1. ta · texte numérisé non relu

LIVRE XX.1. ta

Le roi lui-méinc, maître des lois , se soumellait a la discipline comme les soldais; et, suivi d’une troupe valeureuse, se portait partout où l’appelait le danger de ses compagnons d’armes.

Souvent il s’élevait des divisions entre les chevaliers ou les guerriers à cheval , et les croisés à pied. Les travaux auxquels l’infanterie était employée , surtout dans les sièges, les combats qu’elle soutenait avec avantage, la remplissaient d’une conliance aveugle, et l’orgueil la disposait à mépriser ses chefs. Nous avons vu qu’au siège de Ptolémaïs, une foule indisciplinée sortit toul-à-coup du camp, malgré l’ordre des comtes et des barons, contre lesquels on avait excité sa jalousie ; elle méprisa l’excommunication des évêques, et se précipita en tumulte vers l’armée musulmane, qui tua cinq mille de ces agresseurs imprudens (i). Un chroniqueur fait à ce sujet une réflexion qui peint fort bien la multitude de tous les temps et de tous les pays : « La fureur , dit-il , l’emporta sur la pru- » dence, l’impétuosité sur la raison, le nombre » sur l’autorité. Toutes les fois , ajoute le même » historien, que le peuple est entraîné par une » passion, il prend la témérité pour du courage, ti et ne voit pas de meilleur parti que celui qu’il » adopte. Dans son imprévoyance, il évite celui » qui veut l’arrêter , et méprise celui qui veut le

(i) Gauthier Vinisauf, Coll, des clironiqucs anglaises. ( Bihlioth. des Crois.)

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» conduire (i). » Au siège de Damietle , où commandait Jean de Bricnnc, la foule des croisés à pied se plaignit de l’inaction des chevaliers , et s’attribua la gloire de tous les combats livrés aux Musulmans ; les nobles et les chevaliers, tous les guerriers qui combattaient à cheval , ne purent supporter les plaintes et les prétentions injurieuses des fantassins. A la fin les esprits s’échauffent j et pour terminer la querelle , les fantassins et les cavaliers sortent du camp , tous impatiens de signaler leur valeur et de vaincre les Sarrasin.s. On marche à l’ennemi dans le plus grand désordre ; la bataille est commencée lorsque les chefs délibèrent encore. Mais bientôt la plus horrible confusion s’introduit dans les rangs , et l’aveugle confiance se change tout-à-coup en une terreur panique. Le roi de Jérusalem, qui cherchait à rallier les combattans , faillit être brûlé par le feu grégeois; un grand nombre de cavaliers et de piétons perdirent la vie ou la liberté, et les têtes de cinq cents guerriers de la croix, séparées de leur tronc, remplies de sel , furent envoyées au sultan du Caire, « C’est ainsi, dit un chroniqueur, que Dieu » fit justice des croisés , qui étaient sortis du camp, » non par amour pour lui , mais par le sentiment M d’une vainc gloire (2). »

Un historien, témoin oculaire, nous dit que vers

(1) Gaulhier Vinisauf. ( Bibliolh. des Crois.)

(2) Memorial des Podestats de Reggio, Coll, de Muraloii. (Biblioth. des Crois.)

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