‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 56 sur 209 · LIVRE XXL · texte numérisé non relu

LIVRE XXL

Ja fiu de ce même sicge , ou prononça des peines ’sevères contre les croisés, meme contre les femmes, qui abandonnaient leur poste ou le lieu du péril ; on condamnait les coupables à perdre la main droite ; ils étaient dépouillés de leurs armes et de tout ce qu’ils possédaient (i). Celte disposition pénale semblerait dirigée contre ceux qui manquaient de bravoure, circonstance qui se rencontrait rarement dans les armées clirétieunes. Nous voyons quelquefois , il est vrai , que les pèlerins se laissaient abattre par la misère et le désespoir. Alors on supposait des miracles, on racontait des apparitions célestes , pour relever leurs esprits abattus. Nos lecteurs doivent se rappeler que Bobémond ordonna qu’on mît le feu aux maisons d’Antioche, j)Our forcer les croisés vaincus par la liiim à se rendre sur les remparts de la ville (a). On eut recours à d’autres moyens extraordinaires pour rappeler les soldats au respect de la discipline J mais parmi des guerriers qui allaient si loin chercher des ennemis à combattre, rien ne devait être plus rare et même plus inutile que les lois qui punissaient la crainte du danger cl l’oubli pusillanime des sermens de la croisade.

Les relations qui nous parient de l’expédition de Frédéric 1er., nous apprennent que dans un

(i) Mémorial des Podestats de Reggio. ( Biblioth. des Crois. )

(■^) Raymond d’Agilos, Baiidri, Robcrl-lc-Moinc , Coll, de Bongars. ( Biblioth. des Crois. )

lafi mSTOIRE DES CROISADES,

conseil tenu à Presbourg, on avait fait de sages règlcmens sur la discipline. Si on en croit ces mêmes relations , l’empereur les fit observer avec beaucoup de sévérité, surtout pour ce qui concernait la répression du brigandage (i). Il n’était pas facile de contenir sur ce point des guerriers qui manquaient souvent de vivres , et se persuadaient dans leur détresse que toute la terre appartenait aux soldats de Jésus-Christ. Frédéric , arrivé à Nicopolis, nomma cinquante maîtres de la milice, chargés, dans chaque division de l’armée , de veiller à l’exécution des lois militaires et de prévenir tous les désordres. Deux chevaliers des bords du Rhin payèrent do leur tête une infraction aux lois qui avaient été proclamées (2). Ainsi s’établissait la discipline, et l’Orient dut s’étonner de voir enfin une armée de l’Occident, où régnaient l’ordre et la subordination. Un chroniqueur, après avoir rapporté la glorieuse bataille d’Iconiura , dit que les guerriers de la croix n’étaient pas indignes d’une pareille faveur du ciel, parce que l’amour de la discipline, de la chasteté et de la concorde régnait dans l’armée chrétienne (3). Les émirs qui annoncèrent à Saladin la marche et l’arrivée de Frédéric , s’accordaient tous à présenter les guer-

(1) Ansberg. {Bibiioth. des Crois.)

(2) Godefroi-lc-Moiue , Coll, des clironiques aliemandcs. ( Bibiioth. des Crois. )

(3) Gauthier Vinisauf, Coll. îles chroiii({iies anglaises. [Bibiioth. des Crois.)

Page 1