‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 62 sur 209 · LIVRE XXL i · texte numérisé non relu

LIVRE XXL i

Fredéiic reçut de ce prince musulman une réjjonse plus pacifique , mais lorsqu’il arriva dans l’Asie mineure , il n’en trouva pas moins toute la population turque arme'e contre lui. Nous avons dit ailleurs quel fut le terme de ces négociations avec les puissances musulmanes , et l’issue déplorable de l’expédition des Allemands.

Dans la troisième croisade, qui dura si longtemps, on dut sentir plus d’une fois la nécessité de parler de la paix, et les négociations se mêlèrent souvent aux scènes les plus sanglantes de la guerre. C’est alors que Richard montra son caractère changeant et impétueux , Saladin , sa fermeté calme et son fanatisme prudent ; dans les rapports que le besoin de la paix fit naître entre les chefs chrétiens et musulmans , l’histoire se plaît à remarquer une sorte d’urbanité et d’esprit chevaleresque qui semblerait appartenir à un autre temps; mais lorsqu’on so rappelle qu’a près le siège de Ptolémaïs, le chef de l’armée musulmane refusa d’exécuter les traités , et que le roi d’Angleterre ordonna le massacre de plusieurs milliers d’otages et de captifs, on est bien obligé de reconnaître encore les mœurs et la diplomatie d’un siècle grossier et barbare. A la fin on conclut un traité de paix, parce que, de part et d’autre , on ne pouvait plus faire la guerre; telles étaient les dispositions des puissances qui se rapprochaient ainsi par nécessité , que Richard , en quittant la Palestine, promettait d’y revenir avec une armée , et que Saladin , lorsqu’un an après la paix jurée , il mourut à Damas, nourrissait la

i3Ü HISTOIRE DES CROISADES,

pensée hardie de porter ses armes jusqu’en Europe (i).

La croisade de Frédéric II ne fut qu’une longue négociation. L’empereur avait envoyé des ambassadeurs au sultan d’Egypte. Lorsque les guerriers de la croix et les défenseurs de l’islamisme furent en présence , on ne s’occupa point de poursuivre la guerre et de livrer des combats : l’histoire nous montre les deux princes placés dans une situation également embarrassante; Frédéric, méprisé des clirétiens , le sultan du Caire , maudit des Musulmans, et tous deux désirant la paix, dans la crainte de leurs alliés et de leurs soldats. Aussi une chronique du temps n’attribue -t- elle qu’à Dieu seul l’issue de cette négociation singulière. « Pendant qu’on traitait , dit Richard de Saint- » Germain, de la restitution de la Terre-Sainte, le » Seigneur Jésus-Christ, qui est la sagesse du père, » décida dans sa providence accoutumée que le sou- » dan rendrait à l’empereur la cité de Dieu (2). « Quoique Frédéric écrivît alors au roi d’Angleterre que Dieu venait de faire éclater sa puissance , en lui ouvrant les portes de Siou (3) , la déférence qu’il montrait pour les Sarrasins, et les discours que lui prêtent les chroniques arabes , prouvent du moins

(0 Extraits des auteurs arabes, §. i.x\iu {B iblioth. des Crois. )

(u) Richard de St.-Germaiii , Collect. de Muratori. (Biblioth. des Crois. )

(3) Mathieu Paris, Coll, des chroniques anglaises. {Biblioth. des Crois. )

Page 1