LIVRE XXL
» chef de l’empire, écrivait Frédéric à Saladin ,
>) est de défendre la ville de Jésus-Clirist ; nous » vous mandons que si vous n’abandonner pas « les terres que vous venez d’envahir , soutenu » par la vertu du Très-Haut, nous tenterons la » guerre et ses hasards, à compter des calendes » de novembre (i). » Après avoir ainsi déclaré sa résolution , l’empereur d’Allemagne cite l’hisloire ancienne pour prouver au fds d’Ayoub que l’Egypte, la Syrie et beaucoup d’autres contrées d’Orienl appartenaient aux successeurs des Césars. On voit par-là que Frédéric ne réclamait point la Palestine comme le domaine de Jésus-Christ ou de saint Pierre, mais comme une province de l’empire romain, ce qui paraît une nouveauté dans les croisades. Le chef de l’empire germanique fait l’énumération des peuples qu’il peut appeler à défendre ses droits , et dans sa lettre il nomme « les habita ns du Rhin, qui prennent les armes » même pendant la paix ; la jeunesse d’Istrin , » qui ne connut jamais la fuite ; les Bohémiens , » qui savent mourir avee joie : les Suèves, les » guerriers de la Thuringe et de la Franconie , ré- » putés pour leur ruse et leur adresse; les peuples » des Alpes, pleins d’agilité; les Bolonais, plus )) féroces que les bêtes de leurs forêts; les Pisans , •n redoutables sur les mers. » Saladin , dans sa réponse , exprime d’abord quelque surprise , puis ,
(i) Gauthier Vinisauf, Coll, des chroniques anglaises. ( Biblioth, des Crois. )
i3i HISTOIRE DK CROISADES,
invoquant le nom do Mahomet , il fait à son tour le dénombrement do ses forces. « Vous nommez les H peuples de votre empire; mais ils n’égalent pas le )) nombre des peuples musulmans; nous comman- » dons aux Arabes bédoins , qui seuls pourraient )) arrêter nos ennemis; aux Turcomans, quisuffi- » raient pour disperser les guerriers chrétiens. La )î Phénicie, l’Egypte, la Syrie obéissent à nos lois; » le calife de Bagdad se loverait de son trône, s’il )) le fallait, pour venir à notre secours ; mais qu’a- » vons-nous besoin de tant «le forces réunies ; nos » armées , «jui sont entrées à Jérusalem , ne sau- » ront-elles pas défendre nos conquêtes? » Le sultan rappelle ensuite à Frédéric les revers des chrétiens en Asie, et le menace de porter la guerre jusqu’^n Europe. « Non , ce n’est pas assez pour nous , » ajoutc-t-il , d’avoir conquis cette terre mari- » time, où nous sommes; nous passerons les mers, » s’il plaît à Dieu; et protégé par la Justice di- » vine , nous subjuguerons vos royaumes d’Occi- )) dent ; car si vous venez jusqu’ici , vous s«!rez » obligé d’emmener tout votre peuple , et il ne » restera plus personne pour défendre vos cités et » vos provinces (i). » Eu même temps qu'il adressait un message à Saladin , l’empereur d’Allemagne écrivait au sultan d’iconium , son ancien allié, pour lui demander le passage dans ses états (2).
(1) Gauthier Vinisauf, Coll, des chroniques anglaises. {Bibliolh. des Crois.)
(2) Godcfroi-le-Moiuc, Coll, des chroniques allemandes. {Diblioth. des Crois. )