LIVRE XXI. iCt
chaque ^manche les décrets qui les séparaient de la communion des fidèles. Il était défendu d’entretenir avec eux aucun commerce, aucune relation ; si quelque calamité menaçait leur vie, ils n’avaient point de part aux prières de leurs frères les chrétiens ; s’ils tombaient aux mains des Turcs , on devait les abandonner à la servitude (i).
On a pu remarquer dans notre Histoire que la persécution contre les juifs dura presque autant que les croisades. Celte nation malheureuse n’eut pas un moment de sécurité , et le nom si cher de Jérusalem était pour elle un signal de guerre et de destruction. Une chronique allemande rapporte qu’au départ de la première expédition , plus de douze mille Israélites périrent par le glaive (2). L’éloquence de saint Bernard et les brefs des papes les défendirent contre les passions aveugles de la multitude ; mais l’humanité des docteurs et des sages de ces temps barbares se bornait à protéger leur vie; leurs biens étaient rarement respectés par les pèlerins , qui se ruinaient pour aller en Orient, et qui se persuadaient que les juifs devaient au moins payer les frais de la sainte entreprise; quelquefois, on les imposait, comme le clergé et les cardinaux, au
(1) Ainsi les avertissemens des pontifes contribuaient à pacifier les routes de la mer, et le chef de l’Eglise avait son çuos ego.
{2) Annales de l’dvêché de Bamberg , par Martin Hoffmann , Coll, des chroniques allemandes. ( Bibliolh. des Civis. )
TOM. VI. ï I
lOj HISTOIRE DES CROISADES,
dixième cl au viiiglième de leurs revenus ; souvent on abolissait les dettes contractées envers eux , on confisquait au |)roQt du fisc ou de l’El- }>li.se tout ce qui leur était dû; cependant nous les voyous toujours poursuivre leurs usures; c’est entre leurs mains que les seigneurs, qui avaient pris la croix , engageaient leurs revenus , quelquefois leurs terres. Le clergé lui-incine, qui s’enrôlait sous les «Irapeaux de la croisade, leur empruntait l’argent nécessaire pour le pèlerinage , et j)endant tout le temps d’une guerre sainte, il arrivait souvent que les vases sacrés et les ornemens des églises restaient en dépôt chez ce peuple auquel on reprochait la mort de Jésus-Cbrist.
L’esprit qui avait produit les croisades prit «pK'lquefois une direction différente, et toutes ces passions religieuses , qui menaçaient l’Orient, éclatèrent en Europe , semblables à ces orages qui tantôt sont portés au loin , tantôt se précipitent sur les lieux mêmes où ils ont été formés. On connaît la révolution des pastoureaux, qui troubla un inoment la France pendant la captivité de saint Louis; les peuples se persuadèrent que Dieu rejetait les sacrifices des grands de la terre, et qu’il voulait confier la défense de son héritage aux faibles et aux petits. Cette révolution se renouvela dans le commencement du xive. .siècle , et paraît avoir ou aux deux époques le même mobile et le même caractère politique et religieux (i).
(i) La chroniquo de Guillaume de Naiigis a raconle' avec