‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 75 sur 209 · LIVRE XXI. iG · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. iG

Parmi ces troubles , occasionnc's par l’esprit des guerres saintes, nous devons signaler le délire qui s'était emparé de la jeunesse et de l’enfance ellemême j nous voulons parler de cette croisade d’enfans qui éclata quelques années après la prise de Constantinople par les Latins (i). Comme toutes les lois humaines se taisaient à l’aspect de la croix, personne n’osa s’opposer à cette entreprise qu’on regardait comme une sainte révolte contre l’autorité paternelle et les lois pi’ofanes de la famille. Lorsqu’on enfermait ces jeunes insensés, les portes des prisons s’ouvraient à ces seuls mots : JVous allons à Jérusalem ; et si un homme sage hasardait un conseil, une réprimande, on l’accusait aussitôt d’être le partisan ou le complice des hérétiques et des infidèles. Ceux qui voulaient prêcher la paix et faire entendre la voix de la raison ne parvinrent enfin à être écoutés sans scandale , qu’en représentant les instigateurs de ce mouvement désordonné, comme des magiciens ou comme des missionnaires du démon.

Les croisades furent le prétexte de plusieurs autres désordres; une chronique d’Autriche nous

des de'tails fort curieux les deux mouvemens des pastoureaux ; nous avons rapporté tous ces détails dans l’analyse que nous avons donnée de celte clironique. ( Biblioth. des Creis. )

(i) On peut lire sur les croisades d’enfans une lettre fort curieuse de M. Jourdain, qui fait partie des Pièces justificatives du 3®. volume de notre Histoire.

IIISTOIR?: DES CROISADES, rappoilc qu’on Allomagnt> un grand nombre d’aventuriors cl île vagabonds prirent la croix et les armes , et se répandirent dans les provinces, exigeant par la violence les tributs que les empereurs avaient établis pour l’entretien et la délensc des saints lieux (i). Plusieurs clercs , réunis à ces nouveaux croisés , annonçaient au nom de Dieu que les fidèles qui ne paieraient point le tribut de la guerre sainte, seraient maudits, et leurs maisons brûlées par le feu du ciel. L’histoire ajoute que personne n’osa élever la voix contre ces rassemblemens séditieux j l’Allemagne attendit qu’ils se dissipassent eux -mêmes , comme on attend la fin d’un orage ou d’un fléau de la nature contre lesquels la force de l’homme est impuissante.

Pour faire diversion à ces tristes tableaux, nous parlerons d’une association qui fut formée à la même époque, et qu’on appela l’institution de Dieu . « Le Seigneur , dit un auteur contemporain , » apparut dans la ville du Puy à un pauvre char- » pentier , nommé Durand , et lui donna une cé- » dule où se trouvait empreinte l’image de la Vier- )) ge , tenant dans ses bras un enfant , qui pa- » raissait être Notre-Seigneur Jésus-Christ. Dès que » cette nouvelle eut été portée au loin par la » renommée , on accourut de toutes parts dans la » ville du Puy , et le jour de l’Assomption , le

(i) Thomas ÉbeiulorlTcr. ( Dihliolh. des Crois. )

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