‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 90 sur 209 · LIVRE XXII. ..j · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. ..j

peuple anglais. L’aristocratie , telle que l’avait coiistitHee Guillaume-le-Conquéraul , et qui se trouvait disséminée en soixante mille fiefs , fut obligée de se réunir au clergé et au peuple pour faire entendre et prévaloir ses plaintes et ses griefs. Si les révolutions d’Angleterre produisirent à la fin des effets salutaires , c’est que toutes les classes de la société y concoururent ensemble, et qu’on y agissait dans l’intérêt de tous. On ne saurait point dire à quelle époque naquit la constitution de la Grande-Bretagne , quelles circonstances favorisè-r rent ses progrès , et sous quel règne elle reçut son plus grand, développement. L’accord des partis , des mœurs et des habitudes , l’assentiment des générations, les traditions et les souvenirs, élevèrent successivement l’édifice de la liberté anglaise , et cette liberté devait être plus durable qu’en beaucoup d’autres pays, car il est difficile de détruire ce que tout le monde a fait, et le temps respecte presque toujours, dans les institutions Immaines , ce qui est son ouvrage.

Les croisades, nous devons le répéter, contribuèrent peu à cet état de choses. Nous ajouterons que la puissance britannique , qui devait un jour embrasser le monde dans ses relations politiques et commerciales , ne profila pas même des guerres saintes pour étendre son commerce et son industrie. Elle n’eut jamais un comptoir ni une colonie dans les états chrétiens d’Oricut; sa navigation ne fit alors aucun progrès que l’bisloire puisse mentionner. On ne peut disconvenir que la gloire des

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armes ne fût aussi dans les croisades le partage de la nation anglaise; mais lorsque cette nation devint riche et puissante , et qu’elle apprécia mieux les ve'ritables sources do sa prospérité', elle ne tarda pas à répudier une gloire à côté de laquelle elle ne trouvait ni avantage réel, ni intérêt positif. C’est pour cela sans doute qu’on rencontre à peine une trace des guerres saintes dans les historiens modernes de la Grande-Bretagne (i).

Nous devons dire, en terminant ce chapitre, que les guerres que l’Angleterre eut à soutenir sur le continent , ne lui furent pas plus profitables que la part qu’elle prit aux expéditions contre les infidèles. Ce fut un grand malheur pour les successeurs de Guillaume-le-Conquérant d’avoir conservé en-deçà de la Manche des provinces qu’il fallait sans cesse défendre, et qui attirèrent trop souvent leur attention hors de leur pays. Nous avons vu dans l’histoire que cet état de choses, et les longues discordes qui en furent la suite, nuisirent quelquefois au succès des guerres d’Orienl , et finirent par les arrêter tout-à-fait. On sait qu’Edouard , qui avait souvent pris la croix du saint pèlerinage, menaça tout-à-coup la France , et que ses menaces sus-

(i) Nous regrettons que M. Hullam , dans son important ouvrage intitulé J V Europe au moyen tige, se soit laissé entraîner par l’exemple des historiens de son pays. On ne saurait pardonner à cet estimable écrivain de n’avoir point parlé des croisades , puisqu’il faisait l’histoire du moyeu Age,

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