LIVRE XXII
responsabililé dangereuse, et sema parmi le peuple anglais de nouveaux élémens de Irouble el de discorde. Jean se trouva bientôt aux prises avec ses barons (i); le clergé lui-même et les communes se réunirent à la noblesse. En vain le roi fit le vœu d’aller à Jérusalem et réclama les privilèges des croisés ; en vain l’Eglise romaine lança ses foudres contre les barons et même contre Louis VIII, que les Anglais appelaient à la couronne. Le désordre allait toujours croissant , et comme il était donné à la liberté anglaise de faire surtout des progrès sous les mauvais princes, toute la nation sentit le besoin de s'aff ranchir de l’autorité de Jean , et la grande charte sortit enfin de l’état de trouble et de ruine où deux règnes malheureux avaient plongé l’Angleterre (2).
Plus tard, sous le règne de Henri III, on parla souvent d’entreprendre une croisade ; plus d’une fois les barons anglais voulurent partir pour l’Orient malgré la volonté des monarques, et la seule pensée de contrarier un roi qu’ils n’aimaient point , ajoutait à leur pieuse impatience. Henri ne négligea pas de mettre à profit les opinions de son siècle, et s’engagea plusieurs fois à partir pour la croisade, dans
(1) Voyez dans noire extrait des Actes de Rhymer, une lettre de Jeaii-Sans-Tcrre, adressée à ce sujet au souverain pontife. ( Biblioth. des Crois. )
(2) La grande charte se trouve rapportée en vieux français, à la page 579 et suiv. du Spicilége de d’Achery, tom. III.
le seul but d’obtenir des subsides. Mathieu Pâlis rapporte que le souverain pontife avait autorise' le monarque anglais à lever, pendant trois ans, une décime sur le clergé et le peuple. « Si cet impotj » afoule l’auteur, avait pu être levé, il aurait pro- » duit à la couronne plus de six cent mille livres » sterlingSjce qui aurait ruiné le royaume (i). n La légèreté <[06 le monarque anglais mettait à ses sermens, fit mépriser la royauté, et les mépris de la nation ne lui permirent pas de lever un tribut onéreux.
Comme les formes de la croisade s’introduisaient partout, on les employa jusque dans la guerre qu’on fit alors au roi. Dans la ligue des barons contre Henri III , les adversaires de la couroune portaient une croix comme dans les guerres d’outre-mer, et les prêtres promettaient les palmes du martyre à ceux qui mouraient pour la cause de la liberté. Une chose curieuse, c’est que le chef de la ligué formée pour l’indépendance de la nation anglaise, était un gentilhomme français , le fils de ce comte de Montfort> si renommé dans la croisade des Albigeois.
On peut voir par ce rapide tableau que les croisades n’exercèrent point en Angleterre une influence favorable à la royauté. Nous ne croyons pas néanmoins qu’elles aient donné quelque force ni aux communes qui existaient à peine, ni à cette aristocratie d’où devaient sortir les destinées du
(i) Mathieu Pâris. ( Biblioth. des Crois.)
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