‹ Histoire des croisadesChapitre 113 sur 213 · LIVRE VIXGT-DEDXIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE VIXGT-DEDXIÈMB

au temps des guerres saintes, semblait avoir, comme les Romains, son dieu Terme , qui ne reculait point et qui avançait toujours. Des revers purent l'affaiblir, mais ces revers passagers ne changèrent point le caractère de la nation. Mathieu Piris nous rapporte tpie Louis IX, ayant résolu après sa délivrance de rester quelque temps en Palestine , avait promis à Henri III de lui rendre la Normandie , s’il venait à son secours avec une année." A cette proposition, les barons de France, assemblés par la reine Blanche, lirent éclater leur mécontentement par de violents murmures, et dans leur indignation ils oublièrent un moment le respect et l’amour qu’ils devaient à un roi malheureux. Le roi d’Angleterre, lorsqu’il apprit la colère et les menaces des barons français, fut très-elfrayé , et ne jugea pas convenable, ajoute l’historien anglais, de pousser plus loin la négociation '. Un siècle après les croisades, l’hisloirc nous offre un exemple touchant de ce patriotisme , pour qui rien n’était ]ilus beau que d'ètre Français , et rien de plus triste que de ne plus l’èlre. Le roi Jean, sorti de sa captivité, avait cédé plusieurs provinces au roi d’.Vngleterre. Quand ce trahé fut connu, plusieurs seigneurs du Languedoc et de la Gascogne (nous suivons ici le récit deFroissard) ’ ne voulurent mie obéir; aucuns disaient qu’il n'appartenoit point au roy de France de les quitter de leur foy. Dans le Poitou, dans le pays de La Rochelle , dans la Saintonge , les barons , les chevaliers, les bonnes villes, supplièrent plusieurs fois le roi qu’il ne Icsvoulust mettre aux mains de l’est rantjer; enfin ils obéirent, mais, dirent bien les notables gens de La Rochelle, nous serons et obéirons aux Anglais des lerres, mais les eueurs ne s’en mouvront.

A ce besoin si clairement manifesté de resserrer les liens de la famille et de rassembler les parties dispersées d’une grande puissance, se joignit le désir de voir la France grandir et se fortifier contre foute domination étrangère ou rivale. Comme la véritable grandeur de la nation française venait d’un esprit d’union et de rapprochement, cette tendance salutaire devait être consacrée dans son organisation politique : il fallait qu’un principe d'unité, une volonté suprême réglftt tout, animêt tout, et que la France pût marcher comme un seul homme à l’accomplissement de ses destinées; il fallait que dans son gouvernement, qui était sa vie, elle fût indépendante avant

' )latbieti Piri», Coll, des cbroniques anglaises [Bihiiotkique itt Croisaiet),

> Frobiard, ch. CCXIll.

que ses citoyens le fussent eux-mêmes, et qu’une époque de puissance et de gloire précédât celle de la liberté. Chose remarquable ! à mesure que la France s’élevait comme État et comme nation , on vit s’étendre et s’accroître l'affranchissement des cités et la liberté des citoyens. 11 en est des sociétés politiques comme de la famille, où l'exercice des droits les plus précieux est réservé à l'âge présumé de la maturité et de la raison. Il est probable que, s’il en eût été autrement, la France ne serait point arrivée à ce point de grandeur et de prospérité où nous l’avons vue, et qu’elle aurait fini comme la malheureuse Italie.

La fortune de la France se servit surtout du pouvoir royal pour opérer ces prodiges, et voilà pourquoi les Français ont toujours montré plus d’affection pour la royauté que les autres peuples : elle fut un point de ralliement qui rassembla tout ce qui était dispersé, et qui rapprocha ce qui était désuni. De même que Newton a expliqué le monde par le seul principe de l’attraction, il nous semble qu’on pourrait expliquer aussi la France par cette royauté, qui fut dès les premiers temps un centre commun , un point de gravitation autour duquel tout devait agir, se mouvoir et s’agrandir.

Nous ajouterons à ce que nous venons de dire, que la monarchie obtint dans les croisades ce qu’elle n’aurait jamais obtenu ilans d’autres temps et par d’autres moyens, des levées de soldats, des taxes sur le peuple, des imjiêts sur la noblesse et même sur le clergé. Les assemblées des prélats et des barons, auxquelles la royauté n'avait plus recours et dont on ne parlait plus depuis plus d’un siècle, furent alors réunies auprès du trOne pour délibérer sur chaque croisade ; il dut en résulter quelques avantages pour l’administration du royaume, et des lumières utiles pour la couronne. En partant pour la guerre sainte, les rois avaient coutume de publier des ordonnances ou des édits qu’ils jugeaient propres à réparer les maux de leur absence et dont la législation naissante put s’enrichir. Ce fut en s’embarquant pour Tunis que Louis IX rédigea les plus sages de ses lois ; rempli des saintes pensées de la croisade, il régla avec soin le royaume qu’il aimait comme la prunelle de ses yeux ' , et les institutions du monarque justicier furent scs derniers adieux à la France.

Pour résumer notre opinion, nous dirons en terminant ce chapitre

' Expressions de Philippe le Hardi, dans sa lettre k roccasion de la mort de saint I<oiüs. CoU. de Uacbesnc {BibUi^hè^ de» Croisades )•

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