LIVRE VINGT-DEUXIEME
sophes ont cherché à expliquer -par Tinfluencc du climat cet esprit de fierté et d’orgueil, ce caractère grave et austère, qui distinguent encore aujourd’hui la nation espagnole : il nous semble qu’on trouverait une explication plus naturelle de ce caractère national dans une gueire à la fois patriotique et religieuse à laquelle concoururent vingt générations successives, et dont les périls durent inspirer tant de sérieuses pensées , tant de nobles sentiments.
Vers la fin des guerres contre les Maures, l’Espagne avait adopté l’inquisition avec plus de chaleur que les autres nations chrétiennes. Je ne veux point répondre aux reproches de la philosophie moderne; mais il me semble qu’on n’a point assez tenu compte des motifs qui devaient fendre plus excusables en Espagne qu’ailleurs ces défiances et ces sombres jalousies pour tout ce qui n’était pas la religion nationale. Comment pouvait-on oublier que l’étendard d’un culte étranger avait longtemps flotté sur la Péninsule, et que pendant plusieui’s siècles des guerriers chrétiens avaient combattu non-seulement pour la foi de leurs pères , mais même pour le sol de la patrie contre les infidèles? D’après cette pensée , ne peut-on pas croire que chez les Espagnols l’intolérance religieuse ou plutôt la haine de toute religion étrangère avait quelque chose en soi qui tenait moins d’une dévotion jalouse que d’un patriotisme inquiet et ardent ?
L’Espagne no prit part aux croisades que lorsque l’esprit de ces guerres saintes commença à s’affaiblir dans le reste de l’Europe, On doit dire cependant que ce royaume trouva quelques avantages dans les expéditions en Orient. Dans presque toutes les entreprises de la chrétienté contre les musulmans de l’Asie, un grand nombre de croisés s’arrêtèrent sur les côtes d’Espagne pour combattre les Maures ; il y eut plusieurs croisades publiées en Occident contre les infidèles maitres de la Péninsule; la célèbre victoire de Tolosa contre les Maures fut le fruit d’une croisade prêchéc en Europe , et surtout en France, par l’ordre du souverain pontife. Les expéditions d’outre-rner servirent aussi la cause des Espagnols , en retenant dans leur pays les musulmans d’Égypte et de Syrie, qui auraient pu se joindre à ceux des côtes d’Afrique. On a vu dans cette Histoire que le royaume de Portugal fut conquis et fondé par des croisés. Les croisés donnèrent l’idée de ces ordres de chevalerie* qui, à l’imitation de ceux de la
* Les ordres de Calatrava, de Santiago et d’Alcantara.
IlISTOIRt: DI-S CROISADES.
Palestine, se formèrent en Espagne, et sans le sccourê desquels la nation espagnole n’aurait peut-être point triomphé des lUaures.
On doit «ajouter que l’Espagne est le pays où la mémoire des croisades s’est conservée le plus longtemps. Au siècle dernier, on y publiait encore, chaque année, dans toutes les provinces, la bulle appelée Crusada^. Cette publication solennelle rappelait au peuple espagnol les triomphes qu’il avait remportés autrefois sur les musulmans.