LIVRE VINGT-DEUXIEME
pieux évêque Lielbert qui sc mit en marche pour Jérusalem vere le milieu du onzième siècle, suivi de trois mille pèlerins qu’on appelait Varmée du Seigneur K Dans d’autres communes, de grands attentats se mêlèrent aux révolutions qui avaient pour objet la liberté. La ville de Laon vit un de ses pasteurs spirituels se rendre complice d’un homicide commis dans le lieu saint, elle vit ensuite ses citoyens se souiller du meurtre de leur évêque^. Des mouvements séditieux, des émeutes populaires, troublèrent longtemps les villes de Beauvais, de Beims, d’Amiens. Parmi les cités qui furent alors le théâtre des discordes civiles, nous n’oublierons point le bourg de Vézelay. Bien n’est plus curieux que de voir dans l’histoire cette longue querelle élevée entre des moines qui parlaient au nom des libertés de leur église et quelques bourgeois qui réclamaient les privilèges de leur commune, révolution qui dura plusieurs années, dans laquelle intervinrent des évêques, des seigneurs, la cour de Borne, le roi de France, et qui finit par la ruine et l’assen’issement d’une malheureuse bourgade
Les croisades eurent sans doute quelque part à l’affranchissement des communes j mais il ne faut rien exagérer. Si on en croyait quelques écrivains modernes, rien n’aurait été plus favorable à l’indépendance des villes que la mort des grands vassaux moissonnés par la guerre sainte; plus il mourait de comtes et de barons en Orient, plus la liberté devait faire de progrès en Europe : opinion qui n’est guère plus raisonnable que celle des pieux contemporains qui ne voyaient dans les funérailles d’une croisade qu’un moyen dont Dieu se sen’ait pour peupler le royaume des élus. U périt plus de nobles dans les batailles de Poitiers et d’Azincourt que dans plusieurs guerres d’outremer, et personne n’a jamais dit que la liberté en ait tiré quelque avantage. Si des seigneurs périrent en Asie, on doit croire qu’ils eurent des successeurs et que leur trépas ne changea pas beaucoup le régime féodal.
L’histoire nous offre des moyens plus simples et plus naturels d’expliquer l’affranchissement des communes : comme les seigneurs em-
' Dès l’an 937 les babitants de Cambrai avalent tenté de s'alTrancbir de l'antorité de leur évëqae ; ce n’est qae vers le commencement du douzième siècle que reite ville parvint à jouir entièrement des Iraocbises communales. (Voyez la chronique de Cambrai» Script, rtr. fraude, U Xill.)
* Mémoires de l’abbé Goibert, liv. III, cb. XXllI.
* Histoira du monastère de Vézelay, Spicilige de d’Ackery, t. II, p. 408 et suiv.
menaient a t ec eux tous ceux qui portaient les armes et qu’il ne restait presque plus personne dans les villes, il fallait bien se confier au petit nombre de ceux qui ne partaient point. On devait .ainsi leur laisser le droit de veiller à l’ordre public et de se défendi-e contre li'S brigandages qu'eux seuls pouvaient réprimer'. Ceux qui exerçaient l’autorité pour les comtes absents, n'ayant qu’un pouvoir passager et incertain, se conduisaient avec modération, et cherchaient à obtenir par la confiance et l’amour ce qu’ils n’auraient point obtenu par la force. Quand la croisade était finie, les seigneurs qui avaient perdu leurs hommes d’armes en Orient laissaient les choses telles qu'elles étaient, ou, s’ils voulaient reprendre tous leurs droits, ils ne manquaient pas d’éprouver une résistance à laquelle ils étaient contraints de céder. Nous ajouterons qu’à leur départ les comtes et les barons avaient besoin d'argent et pour en avoir ils étaient obligés do faire des concessions. Ils avaient encore plus besoin d’argent à leur retour, et montraient les mômes dispositions à, céder quelque chose de leurs droits.
Lorsque les princes et les rois quittaient l’Europe, ils avaient coutume de faire leurs testaments, et leurs volontés dernières ne consacraient point l’oppression et l’iniquité. Ce n’était pas lorsqu'ils allaient combattre pour le triomphe de l’Évangile, qu'ils négligeaient de secourir les pauvres et de protéger les faibles : on a vu la sollicitude que montrait saint Louis avant de s’embarquer pour l’Orient; on a vu quels moyens employa son zèle infatigable pour que la justice fût rendue à tous pendant son absence, et la justice était alors tout ce qu’on demandait.
Il nous reste quelques privilèges de communes accordés par des seigneurs et des princes partant pour la croisade, et la circonstance du saint pèlerinage se trouve presque toujours mentionnée dans les chartes octroyées par les chevaliers de la croix Le royaume de Jétusalem présentait aux pèlerins plusieurs modèles de la législation
' Il noos reste une onloonance de U reine DIanebc qoi, en rabsenre de Lools IX. appelle loos lesrUojfcns de Paris a veiller a la tranqoiUite ittibliqae. CcUe pl^ee est rapportée texiacllcnicnt dans nos exlraiU du Spkiltfie de dWekerp { BtOliolhfqtte des Crohad($ ).
’ Le daopbin de Viennois vendit à la noblesse et aux villes tous les privilèges qn'elles voulo reot arbeier. En rentrant dans scs Étals, fl ne trouva plus rien, et se lit moine. La ntème chose était arrivée % Guillaone de Montpellier et b Aiq'ln de Bourges i l'èpoqne de la première croisade.
* l4 citarie da comte de Flandre, que nousavous déjà citée, commence par ces mots : « Près ■ d'aller on pi'lerinagc à la terre sainte, où Uien sons a délivrés, an prit de son sang, de (a putS' • sancc do démon, cte. •