LIVRE VINGT-DEÜXIËME
niais tel était alors le mamiue presque absolu de communications entre les peuples, qu’on ne savait point dans le nonl du royaume s’il y avait des villes libres dans le midi. Dans les contrées situées entre la Somme, la Meuse et l’Océan, toutes les villes commencèrent, vers la fin du onzième siècle , à réclamer leur indépendance, et tout nous porte à croire que la pensée leur en vint de l’état de prospérité où elles étaient parvenues ' . La fabrication des laines anglaises et celle des toiles avaient enrichi les villes de la Belgique , et ce genre d’industrie s’était étendu aux villes de l’Artois , de la Picardie et de la Champagne. Les manufactures de serge de Reims avaient de la célébrité au temps des croisades , et cette étoffe grossière servait îi vêtir les pauvres pèlerins. Froissard parle de plusieurs autres maniifaclures, entre autres de celles d’Arras, où s’étaient ouvrées ou fabriquées ces riches tapisseries représentant les batailles d’Alexandre qui furent envoyées à Bajazet pour la rançon des chevaliers français faits prisonniers à Nicopolis Les principales cités des provinces du Nord s’enrichirent ainsi par l’industrie, chose presque aussi nouvelle au douzième siècle que la liberté ; elles voulurent avoir la faculté de jouir des biens qu’elles avaient acquis, et ce fut alors que commença pour la France la grande révolution des communes.
L’établissement des communes n’était autre chose que la réunion approuvée des bouigeois pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts. La commune était un pacte d’amitié’, de paix*, de concorde, par lequel les habitants des villes juraient de se secourir et de s’aider entre eux comme des frères. Chaque localité réclamait des privilèges ou des garanties, selon la nature de ses besoins ou selon les craintes ((u’elle pouvait avoir. Trois objets principaux occupaient surtout l’attention et la sollicitude des communes : comme les seigneurs ne songeaient guère à maintenir l’ordre dans les villes , les habitants voulurent se charger eux-mêmes de la police de leurs cités et veiller
* En 988, Albert le Pieox, comte de Yertnaadois, accorda à Sainl-Qaeiitiu des privilèges dA liberté. Cette concession est la |dus ancienne de cette nature qui ait été faite ï on corps d'habitants, depuis qne les Caalcs n'obt'issaient plus aux Bomains [SlatuUqM du dèfarUmeut de l’Aleite^ par M. Brayer. première partie, p. II3)«
* Voyez notre Uv. \1X.
* Le mol amicitia se trouve en tète de la plupart des chartes du moyen Âge. Dan.s ooe charte de eoramone de Philippe, comte de Flandre, en 1 U8, le mot amùUia se trouve répété dans les dix- >epi articles qui cuoiposcot cet acte. Le comte doune h la commune le nom de amècitie.
* L'acte de ia commune de Laon, rapporté daus le 1. XI des Orilounanccs den rote de Frence, ■ pour titre IntUtutio fvds.
à la paix de leurs foyers ; d’un autre côté , comme la justice féodale était devenue un sujet d’effroi et qu’on redoutait sans cesse l’iniquité ou l’ignorance des juges, les bourgeois réclamèrent le droit d’étre jugés psu- leurs pairs, ou tout au moins d’être associés aux fonctions de la justice seigneuriale pour ce qui regardait la commune; mais la plus grande affaire était pour chacun d'assurer le fruit de son travail, de pouvoir disposer de sa fortune , de régler soi-même ses intérêts, d’alléger la charge des tributs, ou d'être imposé d'après uii mode régulièrement établi. Pour savoir ce que demandaient principalement les communes, il suffit d’écouter leurs adversaires. « Voici, dit l’abb»'a Guibert qui écrivait au commencement du douzième siècle , voici O ce qu’on entend aujourd’hui par ce mot nouveau et dctcslable de « commune ; les gens taillables ne paient qu’une fois l’an la rente a qu’ils doivent à leurs seigneurs ; s'ils commettent quelque délit , ils « en sont quittes pour une amende légalement fixée , et quant aux « levées d’argent qu’on a coutume d'iniliger aux serfs , ils en sont a exempts'. » Telle était la plus grande prétention des communes, et c’est celle-là sans doute que beaucoup de seigneurs leur pardonnaient le moins.
Los communes, qui tiraient leur origine des progrès du commerce, ne négligeaient point de protéger l’industrie; et, dans les contrats d'association, des dispositions formelles mettaient toujours les marchands étrangers à l’abri de la persécution et des brigandages. On invoquait aussi la rigueur des lois contre la fraude ou la mauvaise foi dans les marchés. En un mot, les chartes des communes étaient d’utiles règlements, et pouvaient suppléer, sous beaucoup de rapports, à ce qui manquait à la législation des temps barbares*.
L’affranchissement des communes ne s’opéra point sans désordres. La commune de Cambrai, qui fut la première à réclamer son indépendance, eut de longues contestations avec le clergé ; et parnti les prélats qu’elle eut à combattre, nous retrouvons avec surprise ce
* Ucuiolreii de l’abbé Guibert, Ht. 111, ch. VU. D’après Ducange et Drequignon. oo peut citer le» letes originaux de qualre-vloft-dix-bait communes tiauv le douxiemc et le treixicme siècle.
’ On trouve rariicle suivant dans la charte coiiccdee par Philippe, cumie de Flandre et di* Verdun, aux habitants d'Airo en Artois: « Si quelque bourgeois de la commune {de amicüiai
• Tient h perdre quelque chose par larcin oo par rapine, et qu’il ail découvert des traces certaines
• touchant l’objet |ie rdo, U ira porter ptaime ao|très do préfet de la commune ; ceiui-<l assemblera
• tous tes amis de la ville, et donnera a cuacun l'ordre de chercher pendant toute uim journée la
• chose penliic : celui qui négligera de chercher payera, pendant une semaine ciuq sons par joor h
• la commune. »