‹ Histoire des croisadesChapitre 157 sur 213 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

COXTIRDATIOX DD HÈHE «CJCT.

D milieu de tous ces changements opérés dans les États de l’Occident et surtout en France, on se demande quelles furent l’attitude et la politique de la royauté. Quelques écrivains ont mis beaucoup d’importance à nous persuader que les rois avaient peu contribué à l’alTranchisseinent des communes, et qu’ils n’y avaient été portés que par l'avarice et le Iresoin d’argent. Nous ne perdrons pas de temps à examiner de semblables assertions; car il suffit de connaître l’état de la société au douzième siècle pour apprécier les motifs qui faisaient agir les monarques; et la véritable question est de savoir ce qu’ont entrepris les rois pour affaiblir ou pour détruire cette anarchie féodale qui opprimait le trône et les peuples. H nous semble que Louis le Gros et ses successeurs servirent mieux la liberté en combattant la féodalité retranchée dans scs donjons menaçants, qu’en accordant çà et là des

' CailUDine de Tjrr, Coll de bonfirs [DiUiofhèqM des Croisades),

’ Eliiro, Krivain da seizième siècle, parle de plosicurs chartes oa dipldoies accordés i>ar Baudouin aoz Génois qui habitakat la Palestloe {Btbliothegue des Croisades),

privilèges aux bourgs et aux cités. Ce qu’il y a de certain, c’est (|ue la royauté se trouvait plus intéressée à la chute du régime féodal que les communes elles-mêmes; elle ne pouvait donc rester neutre dans les querelles qui s’élevaient de toutes parts au nom de la liberté. Les villes, quand il s’agissait d’obtenir leur indépendance, avaient les yeux sur la couronne; quand elles l’avaient obtenue, elles cherchaient à la mettre sous la sauvegarde des monarques', .\insi l’autorité des rois devenait l’espérance de toutes les communes du royaume, et la lil)crté naissante s’appuyait sur la royauté.Voilà pourquoi les villes de France, pour défendre leurs franchises, ne formèrent point de confédérations, comme dans d’autres pays ; car elles trouvaient une défense naturelle dans la puissance royale.

Si la royauté favorisa l’indépendance des communes, celles-ci offrirent leur secours ii la couronne toutes les fois qu’elle eut besoin d'argent ou de soldats pour le senàcc de l’État ou la défense du royaume. Les chroniques de Saint-Denis ont célébré le dévouement des villes de Corbic, d’Amiens, d’Airas, de Beauvais et de Compiègne, qui envoyèrent leurs légions à la bataille de Bouvines. Les communes, disent les chroniques, trespasserent toutes les batailles des chevaliers, et se mirent devant le roy encontre Othon et sa bataille-.

On a représenté la société de cette époque comme étant dans une guerre perpétuelle avec les seigneurs. Celte assertion est fort exagérée; il ne faut pas oublier, comme nous l’avons dit en commençant le chapitre précédent, que l’aristocratie féodale touchait à son déclin, et que sa puissance s’affaiblissait en raison même des progrès de la civilisation. Beaucoup de possesseurs de liefs entreprirent sans doute de résister au mouvement général ; mais un grand nombre s’y laissé*rent entraîner. On doit croire que les lumières et la marche des esprits, qui étaient comme le signal de la liberté des communes, n’avaient pas commencé par les serfs, mais par les premières classes de ia société : il y avait alors un besoin général d’amélioration auquel les seigneurs n’étaient pas étrangers, et ce besoin d’amélioration tendait partout à adoucir les rigueurs de la servitude. Il se trouvait même dans plusieurs pays si peu de différence entre l’état des serfs et l’in-

' Entre autres caimnuiics qui asaient plact leurs privilcees soits U saoTCgarde do prince, nous citernns relies de Pois. d'Amiens, de Laon, de tlcinis, etc- ’ Les Lestes de Pliillppe-Ao|uste, «traits des cUroniques de Saint-Denis det HtU. dt

rrnace, t. XVII, p. iiw).

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