‹ Histoire des croisadesChapitre 174 sur 213 · LIVRE VIXGT-DEDXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VIXGT-DEDXIEME

Deux choses devaient nuire à l’élude des sciences naturelles : la première, c’est qu’on ne tenait compte que des prodiges ou des miracles, et que les lois de la nature étaient à peine aperçues au milieu des merveilles qui frappaient sans cesse l’imagination des peuples ; la seconde, c’est qu’on voulait tout réduire à des abstractions, tout expliquer par des principes généraux. Cette direction des éludes au moyen âge se fait surtout remarquer par la préférence qu’on donnait à certains ouvrages d’Aristote. On étudiait avec ardeur la métaphysique, la dialectique du philosophe grec, qui offraient un vaste champ aux subtilités de l’esprit , tandis qu’on négligeait les traités du même auteur qui renfermaient des vérités positives. Ainsi, d’une part, la disposition des esprits à ne voir partout que des choses surnaturelles, de l’autre, l’habitude de tout généraliser et de substituer une théorie abstraite à l’observation des laits, furent cause qu’on ne profila pas autant qu’on l’aurait pu des voyages en Orient, et qu’on négligea les leçons de l’expérierice.

On a remarqué que la médecine, pour qui l’étude des faits est si nécessaire et dont l’utilité ne put jamais être contestée, était très-peu avancée vers la fin des croisades. Un ancien préjugé défendait la dissection du corps humain, et ce préjugé, que les papes consacrèrent par leurs anathèmes, nuisit beaucoup aux progrès de l’anatomie. L’Église avait interdit aux clercs la profession de médecin ', ce qui livra la médecine aux hommes les plus illettrés. Ajoutez à cela qu’on demandait alors aux reliques des saints le soulagement de tous les maux de l’humanité ; il n’existait pas une église, pas une chapelle, dont le patron n’eût la vertu de guérir quelques maladies du corps ou de l’esprit : avec de pareils moyens de guérison, on ne sentait guère le besoin de consulter ou d’étudier la médecine.

Les Grecs et les Arabes avaient dans l’art de guérir une grande supériorité sur les Francs. Guillaume de ’Tyr nous apprend que les rois de Jérusalem et les chefs des colonies chrétiennes en Asie préférèrent toujours les médecins syriens ou juifs à ceux d’Occident. Au siège de Ptolémaïs, on voit Saladin envoyer ses médedns à Richard; mais on ne voit point le roi d’Angleterre envoyer les siens à Saladin,

par les contemporains. Voici ce qne dit Rigord snr rastronomic : « Dépôts qoe le nombre des < fidèles s’est molüpUè, la science de ristronomie a disparu» et on l’a lûiuiie de la société des « fidèles comine ou idolétrle. • Vie de PhUippe-AuguiCt an U 83.

* Qoatre conciles tenus à différents intervalles dans le dooiième slèclet délèadaleitt aox reUgienx d’exercer la professlun de médecin (Leboenl^ Élût de* scienet*^ p. 303>3(U)

qui était aussi tombé malade. A la première croisade de saint Louis, les médecins qui accompagnaient l'année des croisés ne comprenaient rien aux ravages que le scorbut et les maladies épidémiques les plus ordinaires exerçaient dans le camp des chrétiens ; leur ignorance ne fut pas moins funeste que la contagion. Lorsque Louis IX et ses guerriers furent prisonniers des musulmans, les maladies (]ui les désolaient cessèrent tout h coup, parce qu’on ne les soigna plus, ou qu'ils reçurent les soins des médecins arabes'. Nous ne pouvons nous défendre de faire ici un rapprochement assez curieux qui nous montre que les saints, comme nous l’avons dit plus haut, opéraient alors plus de guérisons que la médecine. Saint Louis fut soigné sur les cètes de Carthage par un médecin français qui ne put le sauver, et, lorsque ce médecin, revenu en France, tomba malade, il ne retrouva la santé et la vie que sur le tombeau du roi martyr. On sait que les Orientaux avaient découvert l’alambic avant les gueiTes saintes. L’Europe reçut d’Orient un grand nombre de remèdes, tels que la casse, le séné, la thériaque; les médecins d’Occident s’en servirent sans chercher à les imiter ou à les perfectionner. Nous lisons dans l’histoire que Robert, duc de Normandie, en revenant de Jérusalem, reçut de l’école de Saleme un recueil de préceptes d’hygiène; et ce recueil, qui se répandit dès lors en Europe, fut toute la science des médecins pendant le douzième et le treizième siècle -.

A celte époque, la charité religieuse avait élevé un grand nombre d’asiles ouverts à l’humanité souffrante. Mais cette charité, si admirable quand il ne s’agissait que de soigner les malades, de les consoler dans leurs souffrances, connaissait peu les symptômes et les caractères des innombrables maladies qui attaquent la vie de l’homme. On peut dire que pendant les croisades il nous vint d’Orient plus de maladies graves que de véritables lumières sur la médecine. On sait les nombreuses léproseries qui furent établies en Europe dans le temps des guerres saintes ; mais on ne sait point quels remèdes étaient employés contre la lèpre. L’isolement parait avoir été le seul moyen curatif ou préservatif qu’on connût pour cette maladie , ce que beaucoup de savants médecins regardent aujourd’hui comme

’ Goillaume de Nantis fait fèloge des médecins mnsoimans qni soignèrent saint Loais par ardri da soUan : //« savopent $)üeMJx g^rtr de telle tnaladie que no* pkpûctene ne êovo^ent garir, ’ Le P. Pagi a prétenüa sans fondca^nt que te livre de l'école de Saleroe cuit composé dès 10«6 {Annales eceles,^ aan. 1097).

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