LIVRE VINGT-DEÜXIËME
et les princes de l’Asie, dès les premiers siècles de l’hégire, lui donnèrent de nombreux encouragements. Nous avons vu que Frédéric 11 et le sultan du Caire se proposaient mutuellement des problèmes d’astronomie et do géométrie. Parmi les princes chrétiens qui encouragèrent ou qui cultivèrent eux - mêmes la science astronomique , l’histoire ne peut oublier Alphonse, dont les tables curent tant de célébrité au moyen âge'. En étudiant le inonde planétaire dans les astronomes anciens, le prince castillan regrettait de n’avoir pas été appelé au conseil du Créateur. On avait alors une si aveugle conflanco dans le système de Ptolémée, qu’on aimait mieux dire que Dieu s'était trompé que de trouver le système en défaut. Le savoir d'Alphonse lui valut une grande réputation de sagesse, et le fit désigner parmi les princes qui furent appelés à gouverner l’empire gerinaiiique i mais, tout sage qu’il était, il ne put monter sur le tréne impérial; il finit même par perdre son propre royaume, ce qui a fait dire à l’historien Mariana qu’il /lerdif la terre en regardant le cieP.
On faisait alors beaucoup de prophéties fondées sur les observations astronomiques. Plusieurs chroniques nous rapportent, sous la date de 1186, que les astrologues ou astronomes orientaux et occidentaux, chrétiens, juifs, arabes, avaient annoncé une grande conjonction de toutes les planètes, tant supérieures qu’inférieures, et la destruction de toutes choses par la violence des vents ou des tempêtes’. L’histoire ajoute que les peuples furent dans le deuil et dans les alarmes ; car on croyait h la fin du monde. Cependant les tempêtes ne causèrent point les ravages qui avaient été prédits, le monde resta tel qu’il était ; et, ce qu'il y a de curieux, les astrologues ne perdirent point leur crédit; car il arriva qu’à l’époque annoncée pour de grandes catastrophes Saladin entra avec son armée dans la Palestine, et la perte de Jérusalem fut regardée dans la chrétienté comme l’accomplissement des prédictions qui avaient été faites.
Rigord, qui nous rapporte la prophétie dont nous venons de parler et qui prenait le titre de physicien ou de médecin, n’était guère plus
* Parmi ceox qui tnvaUlaicnl ^ la rédaclion dc$ tables d'Alpboose X. roi d'Es|«(ne, on cite sur* sont le joif Isaac Haltcnsid-Haian; cclul-ci y avait indc beaucoup d'erreurs et de rêveries {Uiit. 4e i’ü*tron. de DaiUtf, p. 299 et 300).
’ On lit dans uu livre provcn^l du treizième siècle iotilolé Us Eisseiffitemenfs de l’enfant sage^ qne. peodanl la nuit, le soleil erlatre tautdl le purgatoire, tanldi la mer; que la terre est soutenuê par l'cad, l’eau par les pierres, les pierres par les quatre évangélistes, et ceux*cl par le feo aplr^ tnel. Image drs anges ci ligure des arclianges (LclKCUf, ttat des sciences^ t. 11, p, 493).
* Vie de Vhilifpe^AsgnsU. par Rigord, an 4166.
avancé que le vulgaire crédule. H nous dit gravement qu’après la jH'rte de la ville sainte on avait vu la lune descendre dans la plaine d’Argenleuil et remonter ensuite vers le ciel. Ce phénomène était attesté par plusieurs religieux de Saint-Denis, qui prétendaient l’avoir vu ' ; ce qui prouve au moins que dans l’abbaye de Saint-Denis il n'y avait personne qui eût les moindres notions de l’astronomie.
La science qui consiste à mesurer le temps ne fit pas plus de progrès dans le moyen âge que celle de la sphère. On ne connaissait les heures que par les horloges d’eau, les cadrans solaires’, et l’étendue de l’ombre du corps humain. Chose singulière î il ne vint dans la pensée d’aucun homme d’imiter en quel(|ue manière la fameuse horloge envoyée d’Urient à Charlemagne au commencement du neuvième siècle; et près de cinq siècles plus tard, saint Louis mesurait la longueur de ses lectures et de ses prières nocturnes par la durée d’un cierge allumé ’. L’étude du comput et la science des nombres ne servaient guère qu’à trouver la lune pascale; si on lisait dans les monastères les livres de Boëce et de Cassiodore, c'était pour régler les fêtes solennelles de la religion.
La persuasion où l’on était que le spectacle du ciel n'annonçait pas seulement la gloire de Dieu, mais qu’il révélait aux honuncs les événements futurs, contribua beaucoup à donner de la vogue aux études astronomiques. De même l’espérance qu’on avait de parvenir à la transmutation des métaux augmentait le nombre et redoublait les efforts de ceux qui étudiaient la chimie. C’est ici qu’il faut admirer l’ambition de l’esprit humain à l’aurore de la civilisation. Il cherchait dans la chimie ou la physique la pierre philosophale, dans les mathématiques la quadrature du cercle, dans la médecine un remède universel, un breuvage d’immortalité, dans le cours des astres tous les secrets de l’avenir. II est certain que le monde eût été miraculeusement changé, si on eût trouvé la dixième partie de ce qu’on cherchait alors. D’après cela nous ne devons pas trop nous étonner que les savants qui s’occupaient de ces grandes découvertes fussent regardés comme des magiciens *.
' Vu de Philippe-Auffusle^ an MSS.
* Lebmf pense qae c'est le fameai Gerbcrt qoi, vers la fln do dixième siècle, eoseigoa le pretnicr en France les dilTcreutes manières de dresser les horloges solaires ( ttal de$ icienees depuis Ckarli^g^e jusqu’au roi Robert^ p. 89).
* Lcbceur, id., 99.
* Gcrbcri, Albert le Grand, Alilion de Fleory, et antres illustres savants, fnreot accosés de ma>