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CHAPITRE XX

ÉTUDES DES LAlfCCES, LITTÉBXTDBB.

S regrette que les croisés n’aient pas d’abord connu les langues de l’Asie : ils auraient tiré de plus grands avantages de leurs relations avec les Orientaux. La première fois qu'ils trouvèrent des livres arabes parmi les dépouilles des vaincus, leurs clers jugèrent que ces livres, écrits on caraelères diaboliques, ne pouvaient être que l’ouvrage du démon ' . Rien n'était plus rare, surtout dans les premières croisades, que de trouver un chrétien d’Occident qui sût l’arabe ou le syriaque, et dans la ville de Jérusalem personne n’entendait la langue des prophètes. Il faut ajouter que l’ignorance des Syriens surpassait celle des Francs, et que les Turcs, qui se trouvaient en présence des soldats de la croix, étaient les peuples les plus barbares de l’Asie.

A l’époque de la seconde croisade, on ne connaissait pas la langue arabe dans la plupart des royaumes de l’Occident; et lorsque Pierre le Vénérable forma le projet de réfuter le Coran, il en demanda la traduction à des moines espagnols Ce ne fut que vers la fin du douzième siècle qu’on s’occupa dans la chrétienté des langues orientales; on sait que Guillaume de 'fyr avait écrit l’histoire des dynasties musulmanes d'après des historiens originaux Les chroniques de la troisième croisade nous parlent d’un Renaud de Sidon qui s’entretenait souvent avec Saladin dans le langage des Orientaux*. Au siècle

* Albert iTAix. Coll, de Bongars ( Bibliothèque da CroUadei).

* Annal, bened.^ t. Vf, p. 343, ad ann. tU(.

* CaiitaaaxidcTyr, liv. 1, p. €36.

* Parmi le petit nombre d’iiommcs qui sorenl profiler de leor séjour en Orient pour apprendre les bogues asiatiques, on cite Philippe, clerc de Gui de Valence, évêque de Tripoli, qoi traduisit d'arabe en latin, par ordre de ce prélat, la lettre d'ArUtote I Alexandre ioütulée Sccrctam irere*

suivant, on enseignait les langues d’Orient dans quelques écoles, et surtout dans celles qui appartenaient aux frères prêcheurs et aux frères mineurs. Un décret du concile de Vienne ordonna que dans les écoles de Louvain , de Salamanque et de Paris, on enseignerait la langue des Arabes et celle des Tartares'. Cette étude fut encouragée par les pontifes, lorsqu’on renonça à lever des armées pour combattre les infidèles, et qu’on eut la pensée d’envoyer en Orient non plus des guerriers, mais des prédicateurs et des missionnaires : rien n'était plus propre à favoriser les progrès de la science géographique et la connaissance des lois et des mœurs do l’Asie.

La langue grecque avait été cultivée eu France sous le règne de Charlemagne et de quelques-uns de scs successeurs ; Charles le (]hauve, si on en croit l’histoire contemporaine, voulait faire de Coinpiègne une rivale d’Athènes ou de Thèbes, et le nom de Carlopolis qui lui fut donné nous montre quel était alors le goût dominant ou plutôt la prétention de la cour impériale De pareils projets ne pouvaient réussir dans des temps barbares; Compïègne ne tarda pas à perdre son surnom fastueux, et les successeurs d’Hincmar n’étudièrent plus la langue des Hellènes. L’antipathie des Grecs et des Latins, qui commença à cette époque et qui ne fit que s’accroître d’âge en fige, ne permit pas que les pèlerins de Jérusalem et les guerriers de la croix profitassent de leur passage à Constantinople ou même de leur séjour dans la Grèce. Les marchands d’Italie établis à Byzance ne s’occupaient guère que d’enlever aux Grecs les trésors de l’industrie et du commeécc. Anne Comnène méprisait jusqu’aux noms barbares des Francs, et ne daignait pas les citer dans son histoire. Les Francs, à leur tour, ne voulurent pas apprendre la langue d’un peuple qu’ils méprisaient.

On sait avec quelle indifférence les croisés virent l’incendie de plusieurs bibliothèques dans la capitale des Grecs. Cependant quelques

loruM AritMilit. {Le anal Baluze avait dans ses nianiiscrils an exemplaire de celle tndncUoB.) On fite eocorp Adclard de Daib, Anglais de naissauce, qoi iradoisU tes Elément* d'Enelide et u Traité dt l’attrMabe. Rodolphe de Bagnes traduisit ansst d’arabe en lattn le Plenisphére de Plolêmée. (Yojfex le discours snr lëiat des lettres au dooxième slècle> Biitolre lUÛraife de a France.)

* Raymond Lnlle, vers la fin dn treliième siècle, proposa b Philippe le Bel de doter des maisons seraient enseignées les langues orientales. Le concile de Vienne adopta cette idée. Humbert de

Romans fnt on de cens qoi enconragérent les langues asiatiques. Ce fnt Inl qni mil en latin les lettres que le Lao des Tartares envoya b Louis IX en ti49.

* LelKBot, Etat dee teicneee depnie Ckërlemafne Juiqn’au rûi Aober/, p. 14.

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