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Précii historique de l> prise de Mslle, en I79S.

A la fin de l’année 1797, une escadre française , sous les ordres de l’amiral Brneis, parut devant l'tle. Son intention était de sonder les dispositions des habitants, que depuis quelque temps de sourdes menées avaient provoqués à la révolte. En protégeant une révolution, l'amiral français aurait voulu s’emparer de ce boulevard de la chrétienté ; mais les principes révolutionnaires n’ayant pas assez germé dans les esprits pour favoriser une semblable entreprise, cet amiral leva la croisière.

Le 10 du mois de juin 1798, une nouvelle armée navale, sous les ordres du général Bonaparte, escortant un convoi de trois cents bâtiments mar-

PIECES JUSTIFICATIVES

chands qui transportaient une année de terre de quarante mille hommes et une nombreuse artillerie, parut devant la cité Valette. Des émissaires envoyés par le directoire, ayant précédé l’arrivée de l’escadre, avaient réuni de nombreux partisans, tout prêts à seconder les entreprises révolutionnaires.

Bonaparte fit demander au grand maître Hompesch , par le consul de France, l’entrée du port pour son escadre, sous le prétexte de la ravitailler et d’y prendre de l’eau *. Il demandait aussi qu’on lui fit la cession de quelques forts. Ce général s’attendait à un refus, et sa demande n’était qu’un prétexte hostile. Le grand maître fit répondre qu’il ne pouvait admettre toute l’armée dans le port, mais que les chaloupes de chaque vaisseaux pouvaient venir prendre l’eau qui leur serait nécessaire, ainsi que les provisions de bouche dont l’armée pouvait avoir besoin, et, quant à la remise des forts, que sûrement le consul avait mal compris les paroles du général.

Bonaparte se hâta de faire envisager celte réponse comme une insulte. Il assembla son conseil de guerre , et ordonna le débarquement de toute l’armée pour aller, disait-il , prendre l’eau qu’on lui avait refusée.

Dans un instant quarante mille hommes envahirent le sol d’une terre amie; et , dans le temps que les chaloupes recevaient des approvisionnements , les ennemis enveloppaient quelques milices que le grand maître avait envoyées pour éclairer leur marche. Les soldats furent renvoyés dans leurs villages , et les chevaliers qui les commandaient transportés prisonniers sur les vaisseaux de guerre.

Au premier bruit de l’invasion , tous les habitants de l’tle étaient venus se réfugier dans la capitale : leur arrivée fut le premier signal des troubles et de la confusion.

Quatre mille révolutionnaires mirent en jeu tous les ressorts qui pouvaient opérer la désorganisation. Ils persuadèrent au peuple que les chevaliers le trahissaient *. La force armée se mit en pleine révolte , et massacra ses officiers. Les chefs de plusieurs postes furent immolés dans cet aveuglement populaire. On voyait transporter dans la ville des chevaliers blessés ou mourants qui avaient été frappés par leurs propres soldats.

La nuit qui suivit ces tristes événements fut encore plus affreuse. Des cris de mort retentissaient de toutes parts , du haut des fortifications de la >nlle appelées les Cavaliers. Le bruit du canon se faisait entendre à chaque instant , les boulets, tirés sans objet , planaient sur la ville pour redoubler l’effroi des habitants. Les ordres qui furent donnés pour faire cesser ces scènes de

* L’ordre se reposait atec bonne fol sur la neairalité de son port, réglée par le traité dUtreclit. par lequel il avait été décidé qu’on ne pourrait y admettre plus de quatre vaisseaux de gnerra appartenant aux puissances belligérantes.

* A l’époque ou nie fut attaquée, l'ordre avait perdu ses possessions en France, c'est-è-dire U moitié de son revenu; on donnait des secours aux émigrés qnl venaient en foule y chercher Un asile; le trésor de l’État était entièrement épuisé, et les préparatKs qu’on avait faiu i farrlvée de l'escadre française , avaient été payés par la caisse du grand maître. Ce manque de fonds n'avaii pas peu contribué a la défection des troupes.

désordres restèrent sans effet. Quelques patrouilles de soldats fidèles furent fusillées en parcourant les rues , où elles cherchaient à rétablir l’ordre '

L’armée ennemie, qui environnait la ville, encourageait jiar sa présence les scènes sanglantes auxquelles la cité Valette était en proie.

Le grand maître et ceux des membres du conseil qui n’avaient aucun poste ù commander , étaient rassemblés en permanence dans le palais magistral. Une morne douleur était peinte sur les visages; ils considéraient avec effroi l’horreur d’une situation qui ne jiermeltait pas même aux chevaliers de mourir avec gloire.

Une foule de factieux forcent les |)ortes du palais , inondent la chambre du conseil , en criant qu’il fallait sauver la ville des horreurs d’un assaut ; et l’on força le grand maître d’envoyer une députation au général français , pour lui demander les raisons d’un pareil attentat au droit des gens. Sur-le-champ , le général envoya un de scs aides de camp pour parlementer; puis dédaignant une réponse , il rédigea une capitulation qu’il signa et fit signer à cinq habitants de nie *. Le grand maître et le conseil , à qui elle fut présentée, repoussèrent avec horreur la moindre marque d’adhésion à cet acte d’iniquité.

L’armée ennemie inonda la ville; quelques forts voulurent résister. On leur présenta cette capitulation illusoire, et l’ile entière toml)a entre les mains du général Bonaparte*.

Ainsi , après une possession de trois cents années, attaqué par une révolution inouïe et contre laquelle on ne pouvait opposer aucune résistance, l’ordre fut forcé d’abandonner le chef-lieu de sa résidence, et les chevaliers, qui donnaient un asile à l’honneur et aux malheureux , furent eux-mêmes forcés d’en chercher un autre; les soutiens de la religion et de la monarchie succombèrent sous les coups de ceux qui avaient déjù amoncelé tant do ruines.

Le grand maître et une partie du conseil se retirèrent ù Trieste. L’empereur Paul I concentra pendant quelque temps à Pétersbourg la résidence des chevaliers. Sous un nouveau grand maître , ils s’établirent à Messine, ensuite à Catane. Une commission nommée à Paris par les chevaliers français reçut ses pouvoirs par une bulle du pape Pic VII, et l’assentiment du lieutenant du magistère et du conseil de l’ordre. Elle eut l’honneur d’être présentée en <814 à Sa Majesté Louis XVHI, et son existence fut revêtue do toutes les formes légales.

L’ordre attend sa réorganisation de la Justice et de la politique des souve-

' Le régiment des ebassenrs fut nn exemple de fidélité. Chaque soldat était propriétaire. At;cnn (l’eax ne quitta le poste qui lui avait été confié. I.es clicfs de ce corps étaient le bailli de Neveu, |rand fauconnier, et le commandeur de Chikieannenf. commandant des arsenaux.

* Le commandeur Posredon de Rensijat, déjà connu du général Bonaparte, signa le traité sans aucun pouvoir. Le chevalier Amat, ministre d'Cspagne, s'en rendit garant. Arrivé dans sa patrie, il fut jeté dans un cachot oh il termina sa carrière. Le bailli de Tresari, ministre de Naples, protesta en faveur du droit de souveraineté de son maître sur nie. On peut s'instruire de la vérité de * Lorsque Bonaparte prit les rênes du gouvernement, il se repentit de ne s'être emparé de eatte tle, la clef de la Uéditerranée, que pour la faire passer aux msins de ta puissance rivale de la France; le principal objet du traité d'Amiens était de faire restituer à l'ordre cette importante posMSsion.

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rains, puisqu’il a succombé en défendant leur gloire '.Déjà l’auguste empereur d’Alloinugne a étendu vers lui une main protectrice et bienfaisante.

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