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pape , Sa Sainteté entra en matière sur l'afTaire de la ligue et interrogea cet envoyé sur les dispositions faites à cet égard. M. d'.Aubeville l’assura- que Sa Majesté ne désirait rien tant que le bien do la chrétienté et la saüsfactiou do Sa Sainteté.
« Le pape (écrivit M. d'Auboville à M. de Lionne) me répondit qu’il 1»
< croyait, et que, puisque cela était , il ne fallait pas que les ministres du roi
< fissent des difficultés. Je dis à Sa Sainteté que les difficultés ne procédaient f point des serviteurs du roi , mais que les ministres de l’empereur et du roi
• d’Espagne les avaient mises dans les pouvoirs, et que les serviteurs de
< Sa Majesté les avaient seulement observées ; et que , s’il y avait quelque « faute en cette rencontre , elle doit être imputée aux ministres de l’empereur « et du roi d’Espagne ; qu’ils auraient dû en user com'me le roi, qui avait
< envoyé un pouvoir fait de telle manière que l’on n’y pouvait trouver à « redire et qui représentait bien la pureté des intentions do Sa Majesté.
« Le pape après cela me demanda les difficultés que l’on trouvait dans les « pouvoirs. Je commençai à parler de celui de l’empereur , et dis è Sa Sainteté « que l’empereur prenait des qualités qui ne lui étaient point dues , comme « celles de duc de Bourgogne , de comte de Férette et de landgrave d’Alsace,
< le duché de Bourgogne , le comté de Férette et l’Alsace appartenant au roi. « Je me plaignis aussi de cet endroit où l’empereur dit , Caput chrùtiani « populi, qualité que le roi ne souffrirait jamais qu’un autre pût prendre « que le pape, et que Sa Majesté s’en formaliserait autant pour la gloire de a Sa Sainteté que pour la sienne propre.
a Quant au pouvoir d’Espagne, que l’on trouvait à dire que le roi d'Espagne i> prenait la qualité de roi de Navarre et de duc de Bourgogne, et qu’en un K autre endroit l’empereur ayant été nommé , le roi ne s’y voyait compris que O sous le nom de otros reyes , et que Sa Majesté méritait assurément plus v d’honneur que celui qu’on lui avait fait de le mettre , si l’on pouvait aiusi « dire , avec une populace de rois , et dont je me trouvais bien scandalisé. « Sa Sainteté me dit qu’il fallait y remédier et que cela ne devait pas empêcher
• un dessein si pieux que celui de la ligue, auquel elle me conviait encore une « fois de contribuer, et qu’elle espérait beaucoup de la piété du roi, etc. >
Les griefs des plénipotentiaires français contre les pouvoirs envoyés par la république de Venise, portaient sur ce qu’il n’était pas fait mention expresse du roi. Sa Majesté ne s’y trouvant désignée que sous le terme collectif dette due cortme, dont on pouvait induire une égalité qui n’était pas entre Sa Majesté et le roi catholique.
Le pape , conjecturant que la réformation des pouvoirs entraînerait beaucoup de perle de temps , offrit au cardinal Antoine une déclaration écrite par laquelle Sa Sainteté promit que l’empereur se relâcherait des titres de landgrave d’Alsace et de comte de Férette. Le cardinal Antoine promit qu'il examinerait cette proposition avec M. d’Aubeville, et, en attendant, il déclara que ni M. d’Auboville ni lui no pourraient se trouver aux assemblées de la congrégation , tant que les pouvoirs de l’empereur n'auraient pas été réformés, ou que le marquis Mathéi n’aurait pas donné lui-mème la promesse écrite de s’en procurer d’autres.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
L’avis émis par l’ambassadeur d'Espagne dans la congrégation i laquelle avait assisté M. d’Aubeville, sur la convenance de ne rien précipiter et d’ob server les formalités, n’avait point échappé a l’attention du roi et de son ministre. Ils en tirèrent deux conséquences : l’une, que l’ambassadeur, qui était mécontent du pape au dernier point, avait voulu le témoigner aux éépens même du bien du service et des intérêts de l’empereur; l'autre, que le roi ne se souciait pas beaucoup de la conclusion de la ligue , ou pour le moins qu’il serait bien aise d’éviter d’y entrer , par la raison qu’il prévoyait qu’elle l’obligerait à donner des secours d’hommes et d’argent qu’il aimait mieux employer à la réduction du Portugal.
Au reste, les plus intéressés à la négociation n’y mettaient pas un grand empressement. Depuis les observations sur les pouvoirs communiquées par les plénipotenliaires français , il se passa beaucoup de temps sans que ni l’envoyé de l’empereur, ni l’ambassadeur de Venise, fissent aucune ouverture pour lever les difficultés qui s’y rencontraient.
M. de Lionne, ayant enfin reçu la dépêche où M. d’Aubevillo rendait compte de l’offre faite par le pape pour garantir l’envoi de nouveaux pouvoirs de la part de l’empereur, insista d’abord pour avoir, de préférence, une promesse positive du marquis Mathéi. Cependant le roi se détermina à admettre la garantie du souverain pontife, et fit demander que la réformation des pouvoirs se fît le plus tôt possible. Quinze jours avant, sur la nouvelle que la cavalerie impériale aurait éprouvé un échec, Louis XIV avait ordonné qu’on payât au nonce les deux cent mille écus légués par le cardinal Mazarin, pour être employés suivant la disposition qu’en ferait le pape à la guerre présente. Le nonce , qui ne s’y attendait pas , en témoigna une grande joie.
Ces actes de condescendance de Louis XTV pour le pape simplifiaient les difficultés de la question, du moins en ce qui concernait ce monarque, et semblaient devoir lever tout obstacle à la marche de la négociation. Cependant , lorsque M. d’.Aubevillc annonça au souverain pontife que le roi consentait, pour complaire à Sa Sainteté, à ce qu’on ne cessât pas de tenir des conférences et d’ébaucher la matière , le pape ne fit aucune réponse.
On reçut enfin avis en France que l’empereur s’était résolu à réformer sou plein pouvoir dans les termes désirés. Comme il avait longtemps hésité , on supposa que ce qui avait enfin décidé ce prince était l’espoir de toucher les deux cent mille écus laissés par le cardinal Mazarin et dont Louis XIV venait d’abandonner la disposition au pape. Le roi, informé d’un autre côté des ouvertures faites par ordre de Léopold au grand vizir pour un rapprochement, fit recommander au duc de Créqiii de s’opposer vigoureusement à ce que la somme en question fût donnée à l’empereur, dont il blâmait la conduite en cette occasion , conduite qui, comme l’événement le prouva, devait amend la cession du royaume do Candie en faveur des Turcs.
Le duc de Cr^ui était arrivé à Rome danÿ les premiers jours de juin muni de pleins pouvoirs jiour la ligue , et d’instructions qui ne différaient da celles de M. d’Aubevillc que par l’exposé des circonstances de la négociation et des incidents qui l’avaient retardée , et particulièrement des difficultés qu’avait fait naître la rédaction des pouvoirs do l’empereur et de ceux de la
républiqoe de Venise. Elles contenaient la reconimandation formelle d’interrompre le cours de toutes les conférences sur cette matière, si, à son arrivée, le duc ne trouvait pas les pouvoirs de ces deux puissances réformés et corrigés selon les désirs du roi.
Cet ambassadeur, n’ayant pas fait de visite aux parents séculiers du pape, contre les usages mêmes de ses prédécesseurs, ne larda pas à éprouver de la part d’Alexandre VII et do celle du cardinal Chigi une froideur marquée, qui se manifesta en diverses occasions. Quelque minutieuses que soient les pointilleries auxquelles cette circonstance donna lieu , on ne peut s’empêcher do les regarder comme le prélude de la rupture des négociations.
Les pleins pouvoirs réformés de l’empereur , quoique annoncés , n’arrivaient point. D’un autre côté, le pape déclara qu’il ne voulait point se mêler de la réforme de ceux de Venise , quoiqu’il eût promis de les faire corriger. Outre cela, l’empereur continuait toujours de traiter avec le sultan. Louis XIV, qui le sut, chargea M. de Créqui de s’opposer à ce que le legs de Mazarin passAt entre les mains de l’empereur, Sa Majesté préférant qu’il en fût disposé en faveur des Vénitiens.
Le duc de Créqui Ht connaître au pape, dans la seconde audience qu’il on obtint, les intentions du roi. Sa Sainteté répondit que, si l’empereur n’entrait pas en guerre ouverte avec les Turcs, il ne toucherait jamais rien de la somme léguée par le cardinal Mazarin , mais qu’elle ne la donnerait pas aux Vénitiens , ayant résolu de l’employer elle-même à lever des troupes pour les secourir, parce qu’elle jugeait que de cette manière ils en tireraient plus d’utilité. Mais Sa Sainteté se tut sur le changement de sa résolution à l’égard de la réformation des pleins pouvoirs de Venise. Le duc de Créqui , exprimant dans une réponse au roi son opinion sur ce refus du pape d’intervenir dans la réformation des pleins pouvoirs, en tira la conclusion que le roi ne devait pas attendre grand'chose de ce dessein de la ligue, et que ce n’était qu’un beau projet qui s’en irait en fumée.
, Toutefois, ces pleins pouvoirs avaient été réformés ; mais les ambassadeurs de l’empereur et de la république ne les remirent point, ou le pape crut devoir les garder sans les communiquer, à c.ausc de ses dispositions peu favorables pour M. de Créqui , avec lequel probablement il ne voulait pas que la négociation fût continuée.
Sa Sainteté avait même fait insinuer au roi qu’elle se prêterait à lui accorder tout ce qu’il lui demanderait, si ce prince voulait rappeler M. de Créqui.
« Vous me connaissez assez, écrivit Louis XIV à son ambassadeur, |K)ur « juger si c’est là un bon moyeu de venir à bout d’une pareille chose, quand « même mes plus grands intérêts seraient dans la cour de Rome , comme je e n’y en ai aucun qui ne soit do fort médiocre considération , ou dans lequel « je ne puisse me passer do la faveur du pape sans en recevoir aucun préju- « dice ; aussi puis-jo dire que dans la permission que je vous donnai de vous « relâcher et de contenter le pape , si vous le jugiez à propos , sur la visite de « ses parents , je n’ai eu autre motif ni objet que celui que je me propose sur a toutes sortes d’affaires, de faire la justice et de mettre !a raison de mon c côté. »
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Telles étaient les dispositions respectives, lorsque arriva l'attentat commis le SO août par la garde corse, dans le voisinage du palais de France sur plusieurs Français, et même sur l'ambassadeur et son épouse. On sait quelle* en furent les suites. Le duc de Créqui quitta Rome , et cet événement mit nue lin absolue au projet de la ligue.