AVERTISSEMENT
ici leur servira d'excuse : en insistant avec quelques détails sur l'établissement des Français, i° Uans l'Ilalie méridionale;
2" Dans l’Achaïe ou Morde;
.3" D^ns l’ilede Chypre;
c'est encore rendre témoignage à notre vieille gloire nationale à la({ucllc Michaud a élevé un si beau monument.
l’ai >s jttitt isit).
CIOISADES COvnE LES SAEBA8I» DE LA SICILE ET DE LA CAPITASATE DD TBEIZItVB SIECLE.
Aux notices données dans cet ouvrage sur les croisades conlro les Albigeois et contre les Sarrasins de l’Espagne et du Portugal , il ne sera pas sans intérêt de joindre ici des renseignements inédits ou pou connus sur des expéditions analogues entreprises contre les débris des Sarrasins, anciens dominateurs de la Sicile. L'existence de ces dernières colonies musulmanes influa trop directem^'at sur la conduite des rois normands, souabes et angevins, pour qu’il ne soit pas utile de leur consacrer quelques pages, d’autant plus que placées an cœur même du pays d’où partait l’impulsion chrétienne et pour ainsi dire sur le grand chemin des croisades, elles échappèrent longtemps à la destruction qui atteignait les hérétiques, les inahométans et les idolâtres sur les doints du continent européen les plus éloignés et les plus divers.
Ce fait singulier tient surtout à la politique que les rois normands adoptèrent à l’égard de leurs sujets arabes en Sicile, politique qui fut suivie par leurs successeurs malgré la vive opposition des papes. Il prouve aussi combien dès le douzième siècle, rintolérancc avait perdu de sa force dans les contrées qui, par leurs relations d’intérêt et de commerce, s’étaient familiarisées avec la civilisation orientale.
Roger I, le fils de ce vaillant comte qui 6t la conquête de la Sicile , était un prince éclairé, ardent à s’instruire et qui savait apprécier ce que l’industrie et la science procurent de gloire à un Etat. Entouré de barons dédaigneux et ignorants, il se sentait entraîné vers les Arab<-.s a\ixquels son père avait laissé leur religion , leurs lois et leurs pru-
priétés. L’Alkassar de Palermc, les charmants palais de la Cuba et de la Zisa avec leurs jardins délicieux, leurs arbres fniitiers, leurs sources d’eau vive, étaient son séjour ordinaire. Dans la demeure des anciens émirs musulmans, il avait adopté les habitudes des cours orientales ; il avait des eunuques, un harem, des ouvriers arabes tissaient pour lui des manteaux de soie et d’or et y dessinaient des inscriptions dans leur langue. Le shérif Al-Edrizi résidait à la cour de Roger. Il lui dédia son livre de la Géographie de Nubie et fabriqua pour l’instruction de ce prince un globe terrestre en argent sur lequel il avait fait tracer tout ce qu’il avait pu savoir des diverses contrées alors connues. Roger confiait aussi à des Arabes des commandements militaires. Un eunuque, qui avait reçu au baptême le nom de Philippe, devint l’ami du roi normand qui le nomma grand maître du palais et l'envoya avec le titre d’amiral conquérir la ville de Bone. Ce succès important excita l’animosité des barons normands. Ils accusèrent Philippe d’être resté Sarrasin d’esprit et de cœur, d’entrer avec répugnance dans les églises, de fréquenter secrètement les mosquées , de manger de la chair le vendredi et pendant le carême. La cour féodale fut saisie de la plainte, et Roger se vit obligé d’abandonner son favori qui fut attaché à la queue d’un cheval indompté et mis en pièces.
Quoique ces réactions contre les personnes fussent fréquentes à la cour de Sicile, les princes normands étaient disposés à mettre en œuvre les éléments de civilisation avec lesquels ils se trouvaient en contact, et cette tendance était si forte qu’ils adoptèrent souvent la langue arabe dans la rédaction de leurs actes ofiiciels et des légendes de leurs monnaies. Cela n'aurait eu rien de surprenant s’ils avaient agi ainsi pour des actes destinés uniquement à la population musulmane ou pour des monnaies réservées aux transactions entre musulmans ; mais par une singulière anomalie, plusieurs de leurs diplômes arabes contiennent des fondations pieuses ou des donations à des églises chrétiennes; et il n’est pas rare de trouver sur les monnaies de Roger, des deux Guillaume, de Tancrède et même de Frédéric II la légende arabe Allah est grand ei sur le revers ir.ao; Xpiaro; vi*a. On peut ajouter cette remarque aux faits analogues cités dans Y Histoire des Croisades \
' Une lettre d’innocent IV pronve étidemment qn’un nsage semblable s'était introduit depox longtemps dans les possessions cbrétiemies d'Orient : i Ta nous as fait savoir, écrivait-il à un pré* lat de ce pays, qu'étant informé que sur les besants et les drachmes fabriqués par les chrétiens à Acre et b Tripoli on inscrivail le nom de Mahomet et le nombre des annàee tcouUee depui* sa natb-
APPENDICE I. m
Lorsque Guillaume I, fils et successeur de Roger, fut descendu au tombeau, après un règne qui lui a valu le surnom de Mauvais, la capitale prit le deuil pour la forme ; mais les femmes sarrasines du feu roi montrèrent seules une douleur véritable. Pendant trois jours elles parcoururent les rues de Palerme vêtues < le sacs , les cheveux épars, poussant des hurlements ou récitant des 'hanLs funèbres au son de leurs tambours mauresques. Durant les tr •ol>les qui agitèrent la minorité de Guillaume II, les Arabes jouèrent un to>^ important ; et leur chef, Âbou’l-Kassem, de l'illustre famille des Hamudites d’Afrique et d’Espagne, se joignit aux eunuques du palais et même aux barons normands pour chasser les Français que la régente Marguerite de Navarre avait appelés en Sicile. Aussitôt que le jeune Guillaume fut eu possession du gouvernement, les Arabes se rangèrent autour de l’autorité royale qui les avait toujours protégés et retrouvèrent leur innucncc dans le palais et leur sécurité au dehors. On voit, par une relation arabe contemporaine récenunent publiée', combien les habitudes et les mœurs orientales avaient d’empire à la cour et à la ville, quelle était la condition civile des musulmans, l’état de leurs mosquées, de leurs tribunaux, de leurs écoles non-seulement à Palerme, mais dans les autres villes de la côte. L’auteur arabe fait cependant remarquer que tout musulman, homme ou femme, qui en butte à la colère de ses parents se jetait dans une église, était aussitôt baptisé; que les musulmans de Sicile offraient leurs filles aux pèlerins musulmans pour qu’ils les épousassent, et que celles-ci quittaient avec joie leurs familles afin d’échapper à la tentation d’apostasicr et par désir de séjourner dans un pays musulman.
Ces détails, au premier abord, semblent se contredire, et pourtant
wüi, ta as promolgoé la sentence d’excoumunicalion contre tons ceax qni à l’avenir graveraient on feraient graver cc nom et ce nombre sar les mêmes besanis et drachme^ soit en or soit en argent dans le royanme de iérosalem, 1a princïpaoté d'Anlioebe et le comté de Tripoli ; ) cause de qooi tt ooas as demandé de coiiOriner la sentence. Noos, donc, coAudérant qu'il est non^sculement indigne, nais abominable de iraiismeitre au souvenir d’one manière aassi solennelle le nom de ce blasphé* mateor, noos te mandons de bire observer inviolableaient en verta de notre aatorité, ladite seo* tencc nonobstant tout appel. Donné à Pérouse, aox ides do février an x« de notre ponilflcat (lXS3).a Bat7(aloi. Ann. ecel., ad ann. — Qément IT, dans one lettre b rèvéqac de Haguelonne datée dn IG septembre IfGG, lui reproche de bire frapper dans son diocèse noo nounaie qui portait le non le Mahomet. • Si par hatari tu ailifftuM ta coutume^ loi dil^ (a accuses eu cela tes prédécesseort M toi plaidt que tu ne les r«ca$es : car contâmes pervoses ne sont que eorraptions. • Il ajonie in’avant d'èire pape* U cvalt cberchè è dissnader Pérèqne d'Agdc de se conformer b cet usage impie.
* Voyage en Sicile de Motiammed>Ebn*DjobaIr sons te règne de Goillanme le Bon, texte arabe »cc traduction cl notes per M. Anaat. Paris, IMG.
rien n'est plus facile à expliquer. La position des Arabes en Sicile était essentiellement fausse. Pendant qu'ils se tournaient vers le tombeau du prophète à Médine, la population chrétienne qui les entourait avait les yeux fixés sur la croix et sur le vicaire du Christ siégeant à Rome. Polir les Arabes, le vrai point d’appui était Maroc ou le Caire ; les chrétiens, au contraire, ne se rattachaient qu’à l’Europe. Les Arabes regrettaient leur domination perdue ; les chrétiens enviaient la prospérité dont jouissaient les Arabes, soit par une exploitation plus intelligente du sol , soit par le développement du commerce maritime. Cet antagonisme, devenu plus vif encore depuis les croisades, empêchait nécessairement toute fusion durable au moyen de transactions que les deux cultes, du reste, eussent repoussées avec une égale énergie. De plus , dans la direction générale de sa politique , Guillaume le Bon, comme ses prédécesseurs , restait exclusivement chrétien. Quelle que fût sa tolérance envers les musulmans , il n’en était pas moins l’allié et le défenseur du pape : il envoyait des speours aux croisés de Syrie; il combattait à la fois Saladin et les Almohades d’Afrique. Il devait donc arriver un moment où la population chrétienne, plus nombreuse et plus sûre de ses forces , finirait par rejeter cet élément étranger et ennemi qu'elle ne pouvait s'assimiler.
Cette tendance se manifesta ouvertement dès la mort de Guillaume le Bon. Comme il ne laissait point d’héritier direct, le peuple de Palerme, ne sentant plus le frein des lois, courut aux armes, força les maisons des Sarrasins , pilla leurs magasins , et continua impunément, pendant plusieurs jours , ces scènes de dévastation. On se battit dans les rues, sur les places publiques; beaucoup d’Arabes périrent dans cette sanglante émeute. D’autres, s’étant ouvert un passage les armes à la main, allèrent dans le val de Mazzara se joindre à leurs frères. Ceux-ci , au nombre de plus de cent mille , s’armèrent aussi, sortirent de leurs montagnes, surprirent plusicui-s villes mal gardées , et menacèrent Catane , ainsi que d’autres places où ils avaient de nombreuses intelligences. Mais le bàtai-d Tancrède, s’étant fait couronner roi , marcha contre les musulmans , pénétra dans la partie occidentale de l’Ile, leur livra bataille , et défit cinq dleurs chefs qui donnèrent des otages. Ensuite il obligea les Arabe, émigrés de Palerme à retourner dans cette capitale, et promit nonseulement de les protéger contre les violences des chrétiens, mais même de leur rendre les privilèges dont ils avaient joui jusqu’à la
mort de Guillaume II. Si les historiens qui ont raconté la croisade de Richard Cœur-de-Lion ne disent point qu’il eut à combattre les Sarrasins dans sa querelle avec les habitants de Messine, c'est qu'en eli'et il y avait peu d’Arabes sur ce point de l’ile. Du moins ils se trouvent confondus par Vinisauf sous le nom général de Griffons, par lequel il désigne cette race méléc de Grecs et d’Arabes, qui occupait les deux côtés du détroit.
Quand le royaume de Sicile eut passé aux mains du terrible Henri VI, •.-t que la domination de la maison de Souabe se fut établie dans l’Italie méridionale, les Arabes siciliens , soit qu’ils fussent indifférents au sort de la patrie commune, soit qu’ils partageassent la terreur générale, ne s’opposèrent point à l’invasion des Allemands, et échappèrent aux vengeances exercées par le vainqueur contre l'aristocratie normande. Mais à la mort de Henri VI, et pendant la minorité de son fils Frédéric II, la confusion devint inexprimable, et les Sarrasins prirent alors un rôle agressif qui leur fut fatal. Comme le pape Innocent III avait été déclaré tuteur du jeune roi , ils se figurèrent qu’ils seraient bannis pour toujours si le chef de la chrétienté devenait le maître en Sicile , et ils se joignirent aux ennemis du gouvernement. En vain Innocent leur écrivit, pour les détromper, des lettres pleines de modération où il leur promettait sa bienveillance et la conservation de leurs coutumes et privilèges : a Considérez , leur disait-il , ce que vous devez à Frédéric, et quelle est la perfidie de Markwald... songez bien que comme beaucoup de princes et une grande foule de peuples d’Occident se sont ligués contre les Sarrasins , ont pris la croix et se proposent prochainement de passer la mer , ils tourneront leurs armes contre vous s’il vous arrive de vous joindre à Markwald contre les chrétiens et le jeune roi; et Markwald ne pouvant leur résister, apaisera bon gré mal gré leur colère par votre sang , et rachètera sa vie par votre mort. Nous vous avertissons donc , et vous exhortons tous tant que vous êtes, à imiter en cela la fermeté de vos ancêtres, à ne pas payer d’ingratitude les bienfaits dont les rois de Sicile vous ont comblés , à prendre en considération la douceur du siège apostolique, qui non-seulement veut maintenir mais accroître vos bonnes coutumes, si vous consentez à nous être dévoués et fidèles au roi, sans ajouter foi aux promesses et aux tromperies de Markwald '.s Les Arabes n’en
* Leiires tf*IoaoccQl III dans U Coliccüoo de Baluu«
mSTOlBE DES CROISADEa
ppi-sisttirent pas moins dans leur obslination , et leur émir Magded unit ses troupes à celles de ce même Markwald , que le pape signalait comme le principal chef des factieux. Mais les rebelles furent vaincus, et Magded fut tué par l’armée pontificale dans une bataille livrée entre Païenne et Monreale (juillet 1200). Loin d’abattre l’orgueil des Arabes, cette défaite les irrita; ils se fortifièrent dans tous les chfltcaux qui dominaient les montagnes du val de Mazzara , et lorsque Othon de Brunswick se présenta en Italie ^ur enlever la Sicile à Frédéric 11 , ils lui adressèrent des messages flatteurs en promettant de se soumettre à lui. Ils lui envoyèrent même de riches présents, des vases de bronze et d’argent où ils avaient fait graver des légendes laudatives , et une robe de soie d’un grand prix artistement brodée dans le goût mauresque. Mais Frédéric 11 l'emporta : il garda la Sicile, renversa en Allemagne Othon de Brunswick, et se fit rendre, avec les autres ornements impériaux, la robe triomphale que les Arabes avaient donnée h son compétiteur.
Ce prince était trop préoccupé du désir de donner à son autorité des bases solides pour laisser subsister dans ses États héréditaires cette cause permanente de troubles. Aussi, après son retour d’Allemagne et le rétablissement de l’ordre en Sicile, il songea à punir l’insurrection des Arabes. Outre Entella, Centorbi, Capizio, Traîna, leur émir Ebn-Abed était maître de Gialo , château fort qui appartenait à l'archevêque de Monreale , sur les hauteurs de Trapani. Il s’était allié avec deux Marseillais, nnarchands ou pirates, Hugues Ferré et Guillaume Porc , qui faisaient sur la cûte africaine un grand commerce dont le trafic des jeunes garçons formait une branche considérable ' ; et c’étaient les vaisseaux des deux associés qui apportaient d’Afrique aux Arabes de Sicile, des hommes, des munitions et des vivres. Comme Frédéric II ne disposait encore que de ressources insuffisantes, une première campagne, en 1221, produisit peu de résultats. Mais l’année suivante il obtint du pape Houorius III un délai pour la croisade de terre sainte , en faisant valoir ce motif que la Sicile était pleine de Sarrasins , que c’était là aussi une croisade , et qu’il serait dangereux d’aller combattre les ennemis du Christ outre mer, tandis qu’il en laissait un si grand nombre dans son royaume. Alors il concentra toutes ses forces contre les Arabes de Sicile , cm-
* Sur le râle odieux de cos Marseillais pendant la rroisade d’cufanls eu Toir la lettre de ionrdalA ï Hiebaod, Eclaircisseoicois, tome H, p. 479.
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porta Giato après un siège de deux mois (juin et juillet , et s’em-
para de Ebn-Abed , de ses deux fils , de Hugues Ferré et de Guillaume Porc , qui furent tous les cinq pendus à Palerme. Dès lors il enleva siinccssivement les autres places fortes , en rasa plusieurs , resserra les Arabes dans les montagnes, leur coupa les vivres et les décida à se rendre. La plupart d’entre eux posèrent les armes, et Frédéric , pour les éloigner de la côte d’Afrique et les avoir en même temps sous sa main , les fit transporter à Lucera , dans la Capilanate. Ils étaient plus de vingt mille. Le reste , cantonné dans des positions inaccessibles , brava longtemps les efforts de scs lieutenants. Comme ils tiraient des provisions et des renforts de l’ile de Gelves, sur la côte de Tripoli , l’empereur envoya une expédition contre cette île , et les Sarrasins, réduits à leurs seules forces, finirent par céder à des attaques sans cesse renouvelées. Ils descendirent de leurs montagnes et consentirent à résider dans les villages de la plaine , sous la surveillance des ofliciers impériaux*.
Éloignés de leur patrie et de leurs frères , forcés de sc soumettre à la loi du vainqueur , les Arabes de la Capitanate furent longtemps à s’accoutumer à leur position nouvelle. Ils tentèrent même de se révolter en 1226. Mais sentant leur faiblesse et voyant qu’ils n’avaient plus d’espoir que dans la protection de Frédéric II , ils se dévouèrent sans réserve à son service. Lorsque l'empereur partit pour la terre sainte, malgré l’excommunication qui le frappait, il emmena avec lui un corps de Sarrasins , qui , au grand scandale des croisés , pratiquèrent librement dans son camp les rites de leur culte. On a pu voir dans VHistoire des Croisades que ce prince dédaigneux des croyances, ou si l’on veut des préjugés de son temps, donna en Syrie un spectacle nouveau , et qu’au lieu de combattre à outrance les infidèles pour leur enlever Jérusalem, il aima mieux conclure arec Malek-Kamel un traité fondé sur une estime et une amitié réciproques ; aussi il rapporta de la croisade un goût plus prononcé pour les usages des Arabes. Il s’entoura de philosophes et d’astrologues orientaux. A l’imitation des rois normands , il eut des harems dans les palais de Lucera et de Messine Il donna pour gardiens à sa femme légitime, Isabelle d’Angleterre , des eunuques noirs gui ressemblaient à de vieux masques , comme dit l’historien Mathieu Pàris -,
■ Riccud. u SiH Gcm. — Leilre de Friilérk t rt<<i]iie d'HUdeslieim.
* Rrfutm», MU. de Cucui, fÊUêm.
m HISTOIRE DES CROISADES.
il SC baigna frcqucmment , même le dimanche , ce qui passait pour scandaleux. Dans ses expéditions d’Italie et d’.AIIemagnc , il promena partout avec lui des éléphants chargés de tours et armés en guerre , •les chameaux , des lions , des hyènes , des panlhèi-cs dressées à la chasse selon la mode persane , des gerfauts blancs , des vautours d’Afrique, une vraie ménagerie d’animaux alors inconnus en Europe. 11 entretint avec s^>in des haras de chevaux berbères, fil venir de Damas et d'Espagne des armuriers habiles à tremj>er l’acier, et chercha à naturaliser en Calabre la plantation de la canne à sucre. On comprend qu’a\ec cette tendance Frédéric II devait protéger les Sarrasins établis par lui dans l’Italie méridionale; è part même cette sympathie personnelle, son intérêt politique l’y engageait. En effet, à son retour de Syrie , quand il trouva scs États envahis par les armées pontificales, ce fut avec l’aide des Sarrasins de Luccra qu'il reprit ses villes une à une ; et l’on vit (chose étrange) les sectateurs de Mahomet, unis aux croisés venus de la terre sainte, marcher ensemble contre les troupes du pape.
La paix ce|)cndant ne tarda pas à se conclure. Grégoire IX donna l’absolution à Frédéric II; la tranquillité de l’Italie parut assurée. Mais rempereiir, dans la prévision des querelles futures, songea à fortifier la donii'ure de ses fidèles auxiliaires de manière à la mettre à l’abri d’un coup de main. La vieille ville samnite de Luccra, située sur ce plateau de l’Apennin que termine la chaîne du Gargano, avait subi autant de vicissitudes que l’Italie elle-même. Quand Frédéric II y transporta les Sarrasins de Sicile , ce n’était plus qu'une bourgade assez petite, mal alignée , bâtie de décombres; mais il fut frappé de la position favorable qu'olfrait l'escarpement de la montagne. Aussi en li33 fit-il construire derrière l’ancienne ville une citadelle dont l’enceinte contournant la montagne dans l’espace d’un quart de lieue, était reliée à égale distance |iar quinze tours en saillie. Le côté qui regardait la ville, et qui seul était accessible, se trouvait défendu par un large fo.ssé , par des bastions redoutables et par une porte fortifiée. L’acropole ou château intérieur, servant à la fois de palais et de chambre pour les trésors, fomtait un vaste carré en talus, dont les murs sont encore revêtus d’un ciment si solide qu'il a résisté à l'action du temps. Quant à l’enceintc , elle renfermait , au temps de Frédéric et de ses successeurs , des rues , des maisons , des mosquées , des arsenaux , des ateliers de tous genres. L'étranger qui s’y promène
aujom'd'hui n’y rencontre plus que quelques pans de murs à demi cachés sous les hautes herbes
Quel que fût le zèle de Frédéric à flatter les goûts des Arabes de Luccra, à encourager leur industrie , à les protéger contre l'animosité de ses sujets chrétiens , beaucoup de ces musulntuns se regardaient toujours comme exilés ; ils inventaient sans cesse des ruses pour franchir les hautes murailles qui les emprisonnaient, ou $o îcnuicul caches en différents lieux de la Capitanate pour s'évader à la première occasion favorable. Mais l'empereur sut toujours prévenir ces désertions par d’actives mesures , soit en interdisant à scs ofiieiers de recevoir dans les ports siciliens aucun San’asiu venant de Calabre en Sicile sous prétexte de faire le négoce , soit en défendant aux gouverneurs des provinces méridionales de souffrir qu’aucun Sarrasin résidât sur les terres de leur juridiction sans l’envoyer à Lucera pour qu’il justifiAt de sa condition. Fidèle au plan de colonisation qu’il avait conçu, Frédéric II protita d'une nouvelle insurrection des Arabes restés en Sicile pour concentrer en Capitanate les musulmans de ses États. Affaiblis mais non domptés par le départ de leurs frères, les derniers débris des tribus africaines n’avaient pas tardé â reprendre leur vie de brigandages et de sauvage indépendance. Retirés avec leurs familles dans les deux vieilles citadelles de Giato et d'Entella, lieux plus redoutables par leur position que par la forc<r de leurs retranchements, les Sarrasins fondaient comme des vautours sur le pays, et rentraient ensuite dans leurs nids inaccessibles. Iliccardo, comte de Caserta, gendre de l’empereur, marcha enfin contre eux ; iis lui opposèrent une vive résistance, surtout à Entoila dont les remparts démantelés offraient encore au temps de l'.tzello les traces du long siège qu’ils avaient subi. Ils cédèrent enfin , et tous ceux que Riccardo réussit à prendre vivants furent embarqués pour la Fouille, où ils allèrent augmenter la colonie militaire de Lucera.
A partir de celte seconde translation, t’est-â-dire de l’année I246, Lucera, selon l’évaluation la plus modelée, renfermait une population flottante de soixante mille âmes. Si l’on songe qu’un tiers au moins de celte population était vouée au métier des armes, que c'était là un corps permanent toujours prêt a combattre , ipio ces .Africains se servaient de flèches empoisonnées, de feu grégeois et d'autres in-
' Hi'iLLA»D'DfiÉiiou.i;s f.t V. Baltakd Uonmfntt des Nùrmnds et 4e l» Scaeie.
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stroments meurtriers dont eux seuls avaient le secret, on comprendra quelle devait éire l’inqiiiélude des papes pour qui Liicera, selon l'expression d'un chroniqueur, était comme une épine dam l’ail. Tant que Grégoire IX resta en bonne intelligence avec Frédéric II, il se contenta de demander que des frères prêcheurs fussent admis dans la ville pour y travailler à la conversion des infidèles, et l’empereur parut s'y prêter de bonne grftce, assurant que les Arabes savaient assez l’italien pour profiter des prédications, et que quelquesnnsd’entre eux avaient déjà été convertis par ses soins.' i En les retirant de la Sicile oîi ils ont tué plus de chrétiens que l’ile n’en contient aujourd’hui, nous avons réussi dans notre e.*poir, puisque instruits chaque jour par l’exemple des catholiques et désireux d’obtenir la liberté en se lavant dans les eaux du baptême, ils reviennent à l’unité de la foi chrétienne dès qu’ils peuvent se dégager des mains des leurs. C’est au point que leurs chefs, qu’on appelle alcades (caïds), pensant que nous étions fâché de cela et que cela nous faisait tort , se sont plaints à nous, pendant notre séjour en Fouille, de ce que le tiers d’entre eux avait été ramené à la communion de notre foi, et l’on croit, sans nul doute, que dans peu il en sera de même pour le reste » Mais ces assurances ne semblent pas avoir été bien sincères. Aussi quand les relations réciproques des deux souverains se furent aigries au point d’amener une rupture éclatante, le pape dénonça à l’Europe les violences et les profanations commises par les Sarrasins deLucera, les accusant d’avoir démoli les églises de l’ancienne ville pour bâtir leur citadelle et leurs maisons. L’empereur répliqua qu’il les avait mis hors d’état de nuire, et que s’il s’en servait contre les rebelles, c’est qu’il valait mieux exposer des infidèles que des chrétiens aux chances de la guerre. Il les employa en effet dans toutes ses expéditions. Grâce aux archers sarrasins et aux éléphants, il gagna sur les Milanais la bataille de Cortenuova. Au siège de Faenza les Arabes contribuèrent à la victoire. Au siège de Parme ils se firent tous tuer vaillamment. Aussi, à mesure que la querelle devint implacable, Frédéric II se rapprocha davantage des Musulmans ; il resserra set alliances avec le Soudan d’Égypte avec les princes de Tunis et de
* l.eltre ai pape, di 3 déeetiüir« If33.
’ Lettre aa pape datée de Spire» i6 anil Ii36.
* Voir pour ce fait, poor les altnéca de Frédéric et po«r d*aQtres détails semblables, le U?re fBàiMn éâ* Crûiniet»
iI5
Maroc, entretint auprès d’eux des agents diplomatiques et des consuls pour ia protection du commerce, fit venir d’Afrique de nouveaux auxiliaires, aussi redoutés par les partisans de l’Église que par scs propres sujets, confia à des Sarrasins fa surveillance des ports et Ip recouvrement des impôts, et s’entoura d’une garde sarrasine. C’est ai milieu des Sarrasins de Lucera qu’il eût voulu mourir; mais du raoim cette milice fidèle accompagna la litière qui emportait le corps de l’empereur défunt de Fiorentino à Tarente où il devait être embarqué pour la Sicile.
Sous Conrad, successeur de Frédéric II, les Arabes témoignèrent le même dévouement à la maison de Souabe ; ils aidèrent le nouveau roi è reprendre Naples et les autres villes soulevées, et leur chef principal, Jean le More, jouit d’une grande faveur. C'était un esclave noir que Frédéric II s’était plu à tirer de l’obscurité : il lui avait donné un prénom chrétien, l’avait mis au nombre de ses secrétaires, lui avait même confié la garde de son trésor. Plus lard, il était devenu gouverneur de Lucera, et au dire de Jamsilla, il commandait dans cette forteresse d’une manière plus absolue que le prince luiméme. Mais après la mort de Conrad, lorsque Manfred, fils légitimé de Frédéric II et régent du royaume au nom du jeune Conradin, se vit proscrit par l'inimitié de la cour romaine , Jean le More négocia avec le pape Innocent IV pour lui livrer la ville avec les richesses qu’elle renfermait. Au milieu d’un royaume insurgé ou prêt à le de- ^ venir, Lucera était le dernier espoir et comme le dernier refuge de la maison de Souabe. Aussi .Manfred n’hésita pas. Voyageant de nuit à travers mille périls , il vint demander asile aux fidèles Sarrasins. Jarnsflla nous a laissé de cet événement un récit dramatique et attachant, dont les détails nous entraîneraient trop loin de notre sujet. Qu'il suffise de dire que Manfred trouvant les portes fermées par l'ordre du lieutenant de Jean le More, allait se soumettre à l’humiliante nécessité de se glisser dans la ville par une rigole destinée à l’éconlement des eaux, lorsque les Sarrasins émus et indignés brisèrent les portes, enlevèrent en triomphe le fils de leur empereur et le portèrent dans leurs bras jusqu’à la grande place, où tous se prosternèrent devant lui. En revenant de la cour romaine, Jean le More, effrayé, écrivit au prince pour solliciter sa protection et sa clémence, e< .Manfred l’ayant sommé de se rendre sans condition, Jean préféra se retirer à Acerenza. Mais les Sarrasins de cette ville détestant son
ingratitude et sa trahison le massacrèrent, et sa tète portée à Lt cera. Tnt clouée à l’une des portes.
Aussitèt tout changea de face. Avec les soldats et les trésors d.- Lucera, Manfred mit en déroute les armées pontificales et reconquit le royaume pied à pied, mettant des garnisons sarrasines dans les lieux les plus difliciles à garder. C'est ainsi qu’il fit occuper par des Arabes les bourgs de Cetara et d’Atrani sur la côte d’Amalli; et les habitants de ces localités, avec leur visage maigre et olivfttre, leurs bras et leurs jambes couleur de cuivre, leur prononciation gutturale, l'éclat de leurs yeux noirs brillant sous leur brun capuchon, semblent fournir encore aujourd’hui la preuve d’un ancien mélange avec la race africaine.
Devenu roi en li58, Manfred se montra fidèle à la politique de son père, d’un côté protégeant les Sarrasins dans ses États jusqu’à faire couper la main droite à un noble napolitain qui avait en sa présence frappé au visage le chef de sa garde sarrasine, de l’autre renouant l’alliance de la Sicile avec le Soudan d’Égypte dont l’iniluence dominait sur le littoral africain. Ce Soudan était alors le terrible Bibars, qui outre les présents dont il est fait mention dans V Histoire des Croisades envoya au roi de Sicile, en 12G1, une ambassade dont le chef était le cadhi Djemal-Eddin fils de Salem : le récit que ce personnage a laissé de sa mission mérite d’étre transcrit : Manfred, dit-il, m'accueillit avec bonté et me permit de rester avec lui en Fouille. Il me faisait souvent l’honneur de m’admettre en sa présence, et j'eus occasion de reconnaître en lui beaucoup de mérite et un goût naturel |>our les sciences intellectuelles. Il possédait parfaitement les dix traités d’Euclide, et c’est même à sa prière que je composai le traité de logique que j'intitulai l'impérial. Non loin de la ville que j'habitais (probablement Foggia) se trouvait la ville de Lucera. Elle était entièrement peuplée de musulmans, et l’islamisme s’y montrait à découvert. La plupart des officiers de Manfred étaient musulmans, son camp retentissait des cris des muezzins, et notre religion y pouvait être publiquement professée. ' »
Aussi, quand Charles d’Anjou appelé en Italie par les papes fut venu avec une armée de croisés disputer la couronne à Manfred et que celui-ci essaya de négocier, le comte de Provence rompit brus*
‘ AncLrisA diiis U BlUMhiiu itt Crciaâu, lom. Vit, p. MT
qucment la confèrent en s’écriant dans son vieux langage : « Allés et dit moi a le sultam de Locere, oje mettrai lui en et^feme o il mettra moi en paradis. » A la bataille de Bénévent, les dix mille archers sarrasins de Manfred soutinrent vaillamment le choc de la gendarmerie française, et périrent tous dans cette sanglante journée qui décida du sort de l'Italie méridionale.
Dans le premier moment de la consternation générale, les Arabes de Lucera n’essayèrent pas de résister au vainqueur. Dès la fin de mars 1366, ils traitèrent avec Charles d'Anjou, mais en hommes qui sentent leur force, et le nouveau roi assailli d'embarras de tout genre leur accorda des conditions avantageuses ; ils donnèrent des présents, s’engagèrent à détruire leurs remparts, à combler leurs fossés, à payer tribut. Charles, de son côté, leur accorda la vie sauve, leur permit de conserver leurs mœurs, leurs lois, leur foi religieuse, en stipulant seulement que les Sarrasins ne refuseraient pas d'écouter la parole de Dieu. Soit que les conditions n'eussent pas été observées des deux parts, soit que les démarches des Gibelins auprès du jeune Conradin, petit-fils de Frédéric 11, eussent relevé les espérances des Sarrasins, nous les retrouvons en armes au commencement de l’année suivante. Le pape Clément IV, qui désapprouvait le traité, prit sur lui le soin de cette guerre en l’absence de Charles d’Anjou, et envoya contre Luceral'abbé du Mont-Cassin avec deux cents chevaliers campaniens; mais malgré les subsides qu’il leur fournit, les soldats pontificaux ne purent réprimer les dévastations des infidèles dont une foule de transfuges et de mécontents grossissaient sans cesse le nombre. La nouvelle de l’arrivée de Conradin h Vérone remplit d’ardeur les Sarrasins et leurs alliés, qui portèrent le fer et la flamme dans les environs. Clément IV eut alors recours au moyen ordinaire; il fit prêcher une croisade contre ces maudits rebelles qui avaient obtenu du roi Charles un traitement si doux et dont ils étaient si peu dignes '.
Guillaume de Villehardouin , prince de Morée, était en Italie depuis le mois de décembre 1367. Il fut mis à la tête des troupes destinées à commencer le siège de Lucera; mais la force de la place et la difilculté de pousser un siège en hiver dans ces régions montagneuses rendirent scs efforts inutiles. Le pape, espérant mieux de la présence de Charles d’Anjou, écrivait le 13 avril 1368 : a II nous
* Lettre du pape, du (9 février iS68. — Voir aussi la bulle d'cxcommonkalion centre ConratUia cl ses adhérents, dans Raynaldi, mime auoce.