IV. n
platl que le prince (de Morée) et les autres qui sont à Foggiaet ailleurs contre Liiccra, s’abstiennent de nouvelles attaques. Le roi les rejoindra dans la quinzaine, à ce que nous croyons, et exterminera les Sarrasins et les autres perfides. » En effet, au mois de mai Charles vint diriger les opérations du siège. Mais quand il apprit qut Conradin s’avançait vers les Abruzzes dans le but d’opérer sa jonction avec les Arabes, il se hâta de partir pour lui disputer l'entrée du royaume.
Les suites de sa victoire et le procès de Conradin détournèrent momentanément le roi du siège de Luccra : toutefois il avait laissé devant la place un corps de troupes sous la conduite de son camerier qui repoussa les Sarrasins dans une de leurs sorties et leur tua beaucoup d’hommes. Malgré ce succès. Clément IV écrivit à Charles d’attnidre de nouveaux renforts : « Des seigneurs qui ont pris la croix, lui disait-il, se sont adressés à moi pour me prier de t’avertir afin (|ue tu n’approches pas des Sarrasins sans eux et sans les nobles chevaliers qui viennent avec eux ‘ » Le roi se rendit à cet avis ; mais bientôt la mort du pai>e et l’interrègne qui en fut la suite attirèrent ailleurs l’attention d(! la cour romaine, et ce ne fut qu’au mois de fé\Tier 1 269 que Charles résolut d’en finir avec Lucera. Au moment de partir pour la croisade, il eût été dangereux de laisser subsister derrière lui un foyer de révolte et dans scs Etats une ville musulmane : nidus et cacea Sarraeenorum, comme l'appelle Malaspina. n convocpia donc tous scs vassaux, leur recommanda d’apporter les armes et les machines nécessaires pour un siège et leur donna rendez-vous à Troja. Ce fut comme un préliminaire de la croisade contre Tunis. L’histoire nous laisse ignorer les incidents de ce siège mémorable, qui dura six mois : on sait cependant que le roi lassé de l’inutilité de ses assauts convertit le siège en blocus. Bientôt la famine devint hoirible ; les Sarrasins furent réduits à se nourrir de feuilles et de racines, et si quelques maraudeurs se hasardaient dans la campagne ils étaient massacrés sans pitié ou vendus comme esclaves. La fureur des assiégeants était telle, au rapport de Malaspina, qu’ils se jetaient sur les cadavres, leur ouvTaient le ventre et, fouillant dans les entrailles sanglantes, s’étonnaient de n’y trouver que des herbes à peine digérées. Enfin, le 28 août, la ville ouvrit scs
* ixiire Ju pape, da SS octobre isr.8, la Tcille do joor où Conradm fut dcupitd à Naplca.
portes. Les Sarrasins, bâillonnés avec des lanières de cuir, vinrent se jeter aux pieds du roi pour solliciter sa clémence et lui apportèrent leurs étendards'. Charles leur laissa la vie en les condamnant à fournir chaque semaine une certaine quantité d'or à titre de tribut. Les plus influents furent dispersés en différents lieux du royaume. (Juelques-uns abjurèrent le mahométisme. Quant aux Gibelins qui avaient trouvé un refuge à l.ucera, le vainqueur irrité les livra au supplice.
Il est hors de doute que la majeure partie des Sarrasins qui ' avaient survécu continua de résider à Lucera, et il existe assez de renseignements positifs pour établir comme un fait ce que divers historiens n’ont donné que comme une conjecture. En effet, pendant le séjour de Charles d’Anjou en Afi-iquc, nous trouvons Lucera révoltée de nouteau. C’est que la citadelle sarrasine était redevenue l’asile de tous les proscrits à qui la haine ou la peur refusait un asile dans le royaume. Ce sont eux qui paraissent avoir entraîné les -Arabes. Du moins, lorsqu’au printemps de l’année 1271 Charles parut avec son armée , lorsqu’il lit jouer toutes ses machines de guerre, les musulmans de Lucera se montrèrent disposés à se rendie; mais les proscrits s'opposèrent à une capitulation qui les perdait et se défendirent avec le plus grand acharnement. Le roi , inslniit des dispositions des Sarrasins, traita avec eux et accepta leur soumission, à condition que tous ceux qu’il appelait des transfuges et des chrétiens perdus lui seraient livrés, que les Arabes paieraient désormais double tribut et maintiendraient leur ville dans l’obéissance des magistrats royaux. Du reste, il les traita avec douceur, releva celle de leurs tours qui avait le plus souffert et y fit graver l’inscription suivante : a L’an du Seigneur 1271, à la première lune de juillet, quatorzième indiction, Charles, roi de Sicile, fils du roi de France, fit faire cet ouvrage »
Cette indulgence si persévérante a lieu de surprendre dans un homme comme Charles d’Anjou et d’après l’idée qu’on se fait généralement de son caractère. Mais ce n’est pas le seul point par lequel il se rapprocha de la politique des princes dont il avait usurpé l’héritage, et dans sa conduite avec les Sarrasins les intérêts de son ambition l’emportèrent sur le préjugé religieux. C’est ainsi qu’il so
' Letires de Charles f, dans Giusiiniani el Davanzati.
' Dzqvics, 4iin. c€cl.t môme année. Albeuti, Ueterix. di luit» CItalia.
servit des milices arabes dans ses expéditions contre l’empire grec,
comme on en a la preuve par le rescrit suivant : « A Léon de Lu- en l
cera noire féal, salut. Ayant jugé à propos à cause de notre confiance « p.
dans ta fidélité et dans ton zèle , de te nommer capitaine des Sarra- sjgn
sins , que récemment nous avons fait lever parmi ceux de Lucera den
aussi bien que des autres Sarrasins qui sont déjà partis à Durazzo
pour notre service, nous enjoignons à ta fidélité de te transporter en pj
personne au pays de Durazzo avec les mêmes Sarrasins de Lucera et
d’y exercer fidèlement l’office de capitaine et la conduite de la toi
guerre dans ce pays, et voici que nous mandons par nos lettres aux pt^.
mêmes Sarrasins de te reconnaître comme leur capitaine nommé
par notre cour et de t’obéir selon l'honneur et la fidélité qu’ils
nous doivent. Donné à Trani le 30 avril 1273'. » La même an- tm
née, et sans doute pour combler les vides faits par la guerre dans y,,
la population de Lucera, il chercha à y attirer des colons proven- gp.
çaux moins hostiles aux musulmans que les indigènes. En 1278,
il fit de nouveau restaurer avec le plus grand soin la citadelle de
Lucera’, et après le massacre des vêpres siciliennes, il emmena
avec lui des Sarrasins dans l’armée, qu’il conduisait contre les re- Pt
belles. Mais, aigri par ses revers et voulant prévenir les désertions,
il donna l’ordre cruel de couper un pied à tout Sarrasin qui serait
soupçonné de vouloir fuir *. ^
Après la mort de Charles d’Anjou, son fils Charles II ne sortit de captivité qu’à la suite de longues négociations et se trouva engage dans une guerre onéreuse contre le roi Jayme. Les Arabes de Lucera g
servirent fidèlement leur nouveau maître, et au siège de Gaëte ils g
furent placés au premier rang et soutinrent courageusement le choc ^
de l’armée aragonaise’ (août 1289). A partir de cette époque, ils n’apparaissent plus que rarement dans les actes contemporains. On voit seulement le roi se plaindre que les Sarrasins aient cultivé à leur profit des terres qui appartenaient à l’évêque de Lucera*. Mais,
’ Cité par DaTantaii. On ignore généralement que dès l’an 4968, Charles d’Anjoo prenait le liire de roi f Albanie qal, dn reste, loi avait été conféré par nne grande partie de 1a populatioa de rÉpire.
Lettres-patentes dn mois de février iS79. 11 avooe cependant que tontes les terres de Duraxto et de rÉpire n'étaient pas encore en sa possession.
* Mandat dn 90 octobre 1973, cité par Papon et Vitale.
* Syllahu metnbntnanm, passim.
* Mandat du 7 août 1964. cité par Amari.
* BARTHéLEST tt Neocastro, daos Muralori, ton. XIII.
* Mandat du roi do 17 Juin 1294. ’ *
iâl
en 1300, l’année même de ce premier jubilé qui attira en Italie une si grande multitude de chrétiens , Charles II , jaloux sans doute de signaler sa piété et sa dévotion envers les saints apôtres, résolut de détruire dans scs États la secte mahométane. Il chargea de cette mission Giovanni Pipino de Barletta, maître des comptes de la grande cour, qui traita Luccra en ville prise d’assaut. Les Arabes , cernés et surpris, furent égorgés pour avoir cherché à se défendre ; le roi permit de tuer impunément quiconque ferait dans son royaume profession de l’islamisme, et récompensa le lieutenant qui avait s bien rempli ses intentions ; a En effet, écrit-il à scs ofliciers, comme un grave scandale menaçait notre royaume par suite de la turbulente perfidie des Sarrasins de Lucera , Pipino , notre envoyé , unissant la vigueur k la prudence, a apaisé ce scandale non sans un grand carnage de ces perfides; il a dépeuplé cette terre, véritable nid de pestilence pour toute la contrée voisine ; il en a fait une habitation profitable pour les fidèles et a assuré la sécurité du royaume. De plus, il a enrichi notre trésor par les dépouilles de ces Sarrasins et augmenté les revenus que nous tirions de Luccra, en sorte que les offrandes et les provenances sont maintenant plus considérables qu’auparavant *. » Les Arabes qui étaient dispersés à Melh, à Venosa et en d’autres lieux de la Basilicatc furent saisis et vendus comme esclaves avec leurs femmes et leurs enfants; leurs bestiaux, leurs instruments de labour, leurs biens de tous genres, furent confisqués et mis à l’enchère Quoiqu'un intérêt politique et fiscal eût dirigé la conduite de Charles II, cette odieuse expédition fut colorée des motifs respectables qu’on mettait en avant pendant les croisades, a Le devoir de l’autorité terrestre, dit ailleurs le roi angevin , est de poursuivre les crimes de ceux qui prévariquent ; mais sa fonction principale est de s’élever avec la plus grande sévérité contre les ennemis de la foi catholique. Considérant donc les obligations qui résultent pour nous tant du gouvernement que Dieu nous a confié que de l’illustre série d’aïeux dont nous descendons, nous avons conçu le ferme projet de détruire les Sarrasins de Lucera qui, dérogeant à la foi du Christ, nous importunaient par leur présence, et, avec l’aide du Seigneur, nous avons accompli cette louable résolution. Mais comme il ne convient pas qu’un lieu si fertile ait à souffrir
' Mandat da roi, do fO novembre 1300.
* Mandat du roi, du 13 décembre 1300
42* HISTOIUE DES CUÜISADES.
faute d'Iiahitants, nous voulons y établir une nouvelle plantation de chrétiens fidèles, et comme dans rexterminalion des Sarrasins susdits s’est manifestée l’assistance de Notre-Dame, patrone du genre Inmiain, nous décidons que le nom de Liicera sera changé en celui de Sainte-Marie'. » Le pape Benoit XI, pendant son court pontiScat, s’associa à ces idées, et il écrivit au roi de Naples une lettre ainsi conçue : a Comme tu as une sincère et profonde dévotion envers le roi des rois, ainsi que le doit faire un prince catholique, tu poursuis avec un esprit vigilant les choses qui à les yeux intéressent la gloire de son nom et l’accroissement de la foi orthodoxe. Aussi nous serrons dans les bras d’une affection paternelle ta personne dévouée à nous et au siège apostolique, et nous l’honorons à juste titre par de gracieuses faveurs et des grâces apostoliques. En effet, considérant pieusement depuis longtemps que le séjour des Sarrasins dans la ville de Sainte-Marie, appelée alors Lucera, était une grave atteinte à la foi susdite, tu as fait exterminer les mêmes Sarrasins, conduit en cela par l’esprit de Dieu , pour que les chrétiens y habitassent désormais librement; et comme l’église cathédrale du voisinage était très-petite et située hors de l’enceinte de la même ville , dans un lieu peu décent, qu’elle avait des ressources si minces que notre vénérable frère l’évêque de Sainte-Marie ne pouvait avec cela se soutenir selon l’exigence de sa dignité pastorale, et que ladite église, à cause de l’insuffisance des provenances, éprouvait même le manque de ministres; toi, réfléchissant à ces choses dans une méditation salutaire, lu as eu soin de transférer cette église en un lieu convenable, à loi appartenant dans l’intérieur de ladite enceinte , et tu l’as dotée sur les biens royaux d’un revenu qui s’élève à la valeur annuelle de trois cents onces d’or. Sur ce revenu , plusieurs dignités ont été créées dans la même église. Avec ce qui reste , l’évêque aussi bien que les ministres de ladite église , peuvent se sustenter et supporter les charges qui pèsent sur eux.... Donné à Latran, le 16 novembre 1303. ’ »
Les Sarrasins qui voulurent échapper à la mort ou à l'esclavage reçurent le baptême; mais comme ou les soupçonna de rester musulmans dans le cœur, on leur appliqua l’épithète flétrissante de
' MaHitat de Charles II ^ Gautier de I.jmia, Justicier de Basilicate, en date du <6 mars 43QI. On 7 voit rexpeUdion aTiit été cemmencée le Jour de l'AssoispÜoo de l’année prccédeule.
* Ratnaut Ann. ceclctkitt.y ad ano.. § 5S.
tnarrani, et la plupart s’enfuirent en Afrique. Ainsi, au seizième siècle, les malheureux morisques furent persécutés par une aveugle haine jusqu'au jour où ils emportèrent avec eux l’industrie et la pros[>érité de l'Espagne. Le terrain de la citadelle fut abandonné aux troupeaux et aux choucas. Les habitants de la Calabre ruinés par la guerre furent appelés à venir prendre la place des proscrits dans la nouvelle ville de Sainte-Marie. Cependant , malgré le roi et malgré le pape, elle a continué de s’appeler Lucera, et la citadelle des Sarrasins a gardé son nom, comme elle a gardé ses ruines, qui font encore l’admiration du voyageur.
HOTICB COMPLKMEaTAIBB
ton LA PRIXCIPACTÉ FBAKÇAISe D'ACBAIB (OU HOBÉs)
ET 80B IBS DOUZE PAIBIE8.
On a pu voir dans V Histoire des Croisades' une note intéressante où l'auteur, suivant pas à pas la naïve narration de la Chronique grecque de Morée , indique la conquête de l’Achaïe par Guillaume de Champlitle, et les principaux événements du règne des trois Villehardouin : Geoffroi I, neveu du fameux maréchal de Champagne, mort vers 1219 ; Geoffroi II, son fils, mort en 1246; Guillaume I, frère de Geoffroi II, mort vers 1278. Il ne pousse pas ce récit au delà de la mort du jeune Louis d’Anjou , fiancé à Isabelle , fille et héritière de Guillaume , parce qu'en effet , à partir de cette époque , les annales de Morée se mêlent avec l’histoire des rois angevins de Naples, qui confondirent à dessein le droit de suzeraineté ou seigneurie directe , cédé en 1267 par l’empereur Baudouin, avec la seigneurie réelle qui ne devait appartenir qu'à la descendance d’Isabelle ou de Marguerite sa sœur cadette Des princes aragonais
* Tome II, page 417-461.
^ Il soffli ^'ludiqoer tommairenent ce que derint la poetérilé des VIIIebardoaiD. Isabelle, flanche mais DOS ouriee au jeune Louis d’Anjou, épousa, en 1991, Florent de Hainaut, grand connétable de Naples, qni fol Investi par Cbaries 11 de la prlncipinté d’Aclialc. Florent prit possession de ses Etats, mais mourut peu après laissant onc fille nommée Matbildo ou Mabaut. Isabelle se remaria en 4301, à Philippe de Savoie, auquel elle donna par acte de mariage la seigneniie de Coriotbc et le litre de prince héréditaire d’Acbale. Philippe eut beaocoup de peine h se faire reconnaître par les hauts barons do pajs, et il revint en Piémont 4 la fin de i’aa 4S04, avec sa femme Isabdie qui
de la branche de Majorque ou des princes français appartenant aux familles de Hainaut , de Bourgogne et de Savoie, n’curciit la plupart du temps qu’un titre nominal sur ce pays, où les Vénitiens et les Turcs SC disputèrent et exercèrent tour ii tour la puissance souveraine.
Mais l’histoire de ces vaillants Français qui , après la conquête de Constantinople, s’établirent dans les dépendances de l'empire grec et créèrent comme une nouvelle France ' dans les plus belles régions de la Méditerranée, ne se borne pas à celle des Villehardouin. Cette illustre famille sert de centre à d’autres qui rayonnent autour d’elle sur toute la surface du pays. Un savant moderne , enlevé trop tôt à des études auxquelles il avait consacré sa vie , a mis en lumière cette organisation féodale qui avait échappé à la vaste érudition de Ducange, et son travail nous servira de guide dans cette notice.
On sait que le premier des Villehardouin fit vérifier le livre de partage des terres qu’on avait dressé du temps de Guillaume de Champlittc. On trouva vingt-deux grands feudataires , savoir , douze laïcs , trois des ordres militaires et sept ecclésiastiques. La seconde espèce de fiefs se composait de fiefs simples de chevalerie , et la troisième de fiefs d’infanterie appelés aussi sergenteries; mais cette première prise de possession fut régularisée quelques années plus tard , lorsque Geotfroi I fit publier dans l’Achaïe , sous le nom d’assises de Romanie, un code général de lois’ dont le fonds était emprunté aux assises de Jérusalem , base commune de toutes les
oe reioornt plas en Norèe. Annl de partir. Isabelle avait marié an doe d'Atbènes sa fille Mabant, é^cc de douze ans. Cellc-d, ayant perdn son mari en 1308, passa en l-'r;iRce, où on la maria 3 Louis de Doorgogne. en loi taisant signer one cession entre vifs de la principamé d'Acbale à son nouvel époux. Louis de Bourgogne alla s’embarquer ù Venise pour la Horéc, où il irioiupba d’un compéli* tcur, Fernand de Majorque; mais 11 mourut peu après, et Mahaut sa venve se trouva seule et sans pouvoir an milieu d’une noblesse indiscipliné. Elle éponsa en secret on cbevaller français nomme Hugnes de U Palisse. Mais Robert . roi de Naples , l'ayant fait venir dans cette ville, déclara nulle cette union clandestine et la maria de force ù son frère Jonn de Gravina. Mahaut, enfermée au chlieau de l'OEuf, y mourut vers 1335, après huit ans de captivité, et Jean prit le titre de prince d’Acbale, qu’il revendit ensuite pour le duebé de Duras k son neveu , Robert , empereur titulaire de Constan* tinople. Une autre fille d’Isabelle de Villeltardooin. nommée Marguerite, née de son second mariage avec Philippe de Savoie, eut en partage les château de Carilena et de Boussoil, passa en Piémont avec scs {iarents et ne laissa point d'eufants de son mariage avec Renaud de Forez. En elle s’eteignii la branche aînée des Villehardouin. (Voir pour la brandtc cadette la baronnie de Matagrifon.)
* Ihique norittr qmni ntna Fronda eit crtata. — Lettre du pape Monorius k la reine de France, en date du 30 mai 1334, dans la Collection MSS de ta Porte du Theil, k la Bibliothèque nationale.
* On ne connaît pas de rédaction française de ces assises appliquées k la Romanie et k i'Achale. Canciani est le seul qui nous les ait fait connaître d'après la version faite par l’ordre dn gouvernement vénitien au quinziéme siècle pour File de Négreponl (Lepea Barbêf.^ lom. IV. Venise, 178)). Après nu examen approfondi des Ordonnances anriennes ci rintrodoctloB de qQeiqocs statuts aoaveaux, a* code fut pullio eu deux cent dU*&euf articles.
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législations françaises en Orient. Dans ce code, en effet, se dessine nettement la hiérarchie féodale introduite par les Français dans l’ancienne Grèce. « A l’imitation de la cour de France , dit Buchon, la principauté d’Achaïe avait son maréchal héréditaire, son connétable , son chancelier. Les forts furent confiés à des chAtelains : deux cours de justice furent établies à Andrulza et à Clarentza , et un hôtel des monnaies à Clarentza. Quant aux fiefs, ils furent classés suivant l’importance de leur territoire et celle de la famille qui les possédait. Ainsi il y eut au-dessus de tous , et à l’égal du prince, douze pairs. Puis vinrent les bers ou hauts barons , dont le territoire comprenait un évéché , et qui , comme les pairs, avaient droit de haute justice contre leurs sujets et de guerre entre eux , et avaient seuls en conséquence le privilège de bâtir des châteaux forts j puis les hannerets , puis les simples barons possesseurs de fiefs de cavalerie , et enfin les écuyers ou sergents de la conquête, possesseurs de fiefs d’infanterie* . »
Or, la mention expresse de ces douze pairs se trouve à l’article 43 des assises ainsi conçu : a La justice par le sang n’appartient qu’aux pairs du prince qui sont 1® le duc d’Athènes ; 2® le seigneur dé Naxos ; 3®, 4° et 5® les trois seigneurs de Négrepont ; 6® le seigneur de Bodonitza j 7® le comte de Céphalonie ; 8* le seigneur de Caritena ; 9® le seigneur de Fatras; 40'’ le seigneur de Matagrifon; 41® le maréchal héréditaire tant qu’il est en fonctions à l’armée ^ ; 42® le seigneur de Calavryta qui est de la famille des Tournay. » Il est probable que cette division des douze pairies s’établit après l’arrangement conclu en 4217 avec les Courtenay par Geoffroy de Villehardouin , et nous la retrouvons avec quelques variations à une époque bien postérieure, dans un document de 4391 rapporté par Guichenon^: les baronnies de Caritena, Matagrifon, Calavryta et Passava avaient alors été remplacées par le duché de Leucade, le comté de Soula, les baronnies d’Arcadia et de Chalandritza. Les huit autres pairies avaient conservé leurs noms.
1°. — Au premier rang, dans l’ordre des assises comme par son importance historique, figure la seigneurie d’Athènes fondée par Othon de la Roche , fils de Pons de la Roche en Franche-Comté. Dès 4205 on trouve ce seigneur établi à Athènes et à Thèbes avec le titre grec de
* Êelaireusementt sur la Uorèe française, p. 138.
* Cette diguitè jointe à la baronnie de Passava appartenait aux NeailI;-Sainl-Oiner.
> Ktat des fiefs présenté 8 Aniédée de Savoie, p. 137 et 138 des Preuves de l’kisloire de Satm.
megas-kyr {grand sire), en vertu d’une investiture de Boniface do Montfi'rrat, roi de Salonique, laquelle fut confirmée par Geoffroi de Vilicliardouin , quand il eut obtenu le titre supérieur de prince d'Acbaïe. Après d’assez longs démêlés avec le pape Innocent III av sujet des droits des églises, Othon de la Roche retourna en France en 12-2i, laissant la seigneurie d’Athènes il son neveu Guy, qui prit part au soulèvement des hauts feudataires contre le prince Guillaume. Les alliés furent vaincus à Carydi près de Mégai'C , et le seigneur d’Athènes, bloqué dans Thèbes, fut obligé de faire sa soumission. Guillaume lui ayant ordonné de se rendre en France auprès du roi saint Louis et de se soumettre à sa décision, Guy de la Roebe alla débarquer à Brindes , et de là chevauch.i jusqu’à Paris , où le roi le reçut avec distinction , et déclara qu’ayard porté les armes contre son suzerain avant de lui avoir prêté hommage, il n’avait pas encouru par ce fait la déchéance de son fief. Guy revint en Moréc en 1200 avec le titre de duc , que saint Louis l’avait autorisé à prendre au lieu de celui de sire, et mourut peu d’années après, laissant le duché à son fils aîné Jean qui soutint une guciTe malheureuse contre l'empereur grec. Jean eut pour successeur, en 1276, son frère Guillaume qui fut un moment bail de Morée au nom do Charles d’Anjou, épousa la fille du despote d’Arta et laissa un fils encore mineur, Guy U (I28S.)
Cet enfant, d’abord placé sous la tutelle de Hugues de Brienne, second mari de sa mère, parvint à l’âge d’homme, « devint chevalier et se conduisit en bon seigneur, dit la Chronique de Morée. 11 s’acquit une brillante renommée dans tous les royaumes ; mais malheureusement il tomba dans la débauche, et Dieu ne lui accorda aucun enfant pour lui succéder dans la souveraineté. » Po'ur faire valoir scs prétentions sur la principauté d’Achaïc qu’il réclamait du chef de sa femme Mahaut , fille d’Isabelle de Villohardouin , Guy prit à sa solde la troupe d’aventuriers catalans commandée par Fernand Ximenès, et ce furent ceux-ci qui ouvrirent la porte aux envahissements des autres; mais il mourut en 1308 sans avoir pu donner suite à scs projets, après avoir nommé Boniface de Vérone son exécuteur testamentaire jusqu’à l’arrivée de Gautier de Brienne, son cousin germain ît son successeur.
Gautier était fils de Hugues de Brienne et de sa première femme, isabelle de la Roche. Après avoir été longtemps prisonnier en Sicile, il se trouvait à la cour do Naples lorsqu’il reçut la nouvelle de la mort
de Guy II. Il partit sans délai, et vit, en arrivant, le duché menacé par l’invasion des compagnies catalanes qui, repoussées par la disette du pays do Gallipoli, s’étaient avancées jusqu’à la vallée de Tempé et aux frontières de ses États. Gautier les prit d’abord à son service contre le despote d’Artaet l’empereur, reconquit avec leur aide une partie de ses forteresses, attacha deux cents cavaliers et trois cents fantassins à sa maison en leur donnant dos fiefs, et signifia aux autres d’évacuer le pays. Les Catalans refusèrent, s'établirent près dcThèbes, avec leurs femmes et leurs enfants, dans une plaine défendue par des terrains marécageux, et qu’ils labourèrent et détrempèrent pour achever de la rendre inaccessible. Gautier de Brienne les ayant attaqués imprudemment, fut tué avec tous ses chevaliers , son armée fut poursuivie et détmite, et le duché tout entier tomba aux mains des Catalans (17 mars 1309).
Pendant que les seigneurs de Brienne continuaient de porter dans les cours étrangères le vain titre de ducs d’Athènes, les conquérants gouvernèrent le pays au nom des rois aragonais de Sicile , jusqu’au jour où Nerio Acciaiuoli, seigneur de Corinthe et possesseur de fiefs importants en Morée, conçut le projet de se rendre maître du duché d’Athènes. C’était le moment où le pape, les rois de France et de Naples, les républiques de Venise, de Gênes et de Florence, effrayés des progrès d’Amurath et de Bajazet, venaient de conclure une ligue et tournaient leurs efforts vers la Grèce. Nerio se fit donner par le roi de Naples Ladislas l’investiture du duché d’Athènes pour lui et ses héritiers (1394), et malgré la bataille de Nicopolis et les succès toujours croissants des Turcs, il parvint à faire reconnaître son auorité en Béotie et à Athènes. Mais scs faibles successeurs , après la prise de Corinthe par Mahomet II , ne furent guère que des jouets entre les mains des gouverneurs ottomans qui firent assassiner le dernier Acciaiuoli, François IL
2° Naxos. — Après le partage de l’empire grec, les seigneurs vénitiens rivalisèrent d’ardeur dans la conquête des îles de l’Archipel, et Marc Sanudo , l’un d’eux , devint maître de Naxos et de quelques autres des Cyclades, en 1207. En échange de l’abandon qu’il fit de ses prétentions sur Candie, la république lui fournit des secours avec lesquels il s’empara aisément des Iles de Paros, Antiparos, Sentorin, Nio, Anafi, Cinulo, Milo, Siphanto, Policandro. Avec l’agrément de l’empereur Henri et du roi de Saloniquc, il prit le titre de duc des
Cyclades (Dodecanèsc) , fut placé pâr l’empereur sous la æiçneurie supérieure des princes d’Achaïe, et devint le second des pairs de If principauté.
Son (ils Ange et son petit-fds Marc suivirent fidcicment la fortune dei princes d’Achaïe. Lorsque Guillaume de Villehardoiiin eut été fait prisonnier par les Grecs à Castoria , l'alliance étroite de l'empereur grec avec les Génois rendit fort difficile la position des Vénitiens dans l’Archipel. Les habitants de Milo se révoltèrent à l’instigation de Gênes, mais ils furent soumis par Marc Sanudo, qui mourut en 1263. Son fils Guillaume conseilla à Villehardouin de ne pas se soumettre aux conditions du traité conclu avec les Grecs, et la gueiTe ayant recommencé, il attaqua et vainquit la flotte ennemie. L’arrivée de Jean Paléologue avec des forces nombreuses put seule arrêter la déroule, cl Guillaume ramena dans son lie six des bâtiments qu’il avait pris. Nicolas, l’alné des trois fils de Guillaume Sanudo, prit une part active à la guerre entreprise par Venise eontre les établissements génois de Galata et de la mer Noire, et dont l’i.-sue fut malheureuse. Fait prisonnier, il survécut peu à sa délivrance. Jean, son frère, obtint le désistement de Marc, troisième fils de Guillaume Sanudo, en lui cédant en propriété l’tle de Milo, et fit reconnaître son gendre, Jean dalle Carceri , seigneur tiercier de Négrepont, pour son successeur. Ce dernier mourut vers 1311 , laissant un fils en bas fige, et sa veuve se remaria à son cousin Nicolas Sanudo, dit Spezzabanda, qui gouverna le duché de Naxos. Nicolas se distingua dans les expéditions contre les Turcs, et en 1330 il contribua à remporter sur eux une grande victoire sous les ordres de Jean de Chepois, amiral de France, qui commandait les galères françaises et papales. Une seconde campagne navale n’eut aucun succès. La flotte des croisés confédérés fut battue, le 17 janvier 1315, près de l’IIe de Scio, et Spezzabanda péril dans l’action. Après lui, Nicolas dalle Carceri, fils de Jean, qui possédait déjà Négrepont du chef de son père, devint duc de Naxos. Il prit part à la ligue de 1370 contre les Turcs et fut assassiné dans une partie de chasse, en 1372, par François Crispo, qui avait épousé une Sanudo, fille du seigneur de Milo.
Crispo fut reconnu duc de Naxos par les Vénitiens pour prix de la cession de Négrepont. Bajazet avait étendu scs conquêtes de ce cdté et menaçait l’ile d’une destruction prochaine , lorsqu’il fut fait prisonnier par Tamerlan. Cet événement facilita l’établissement des
Crispo dont l'histoire se confond désormais avec celle de Venise. Le seul fait nouveau qui dans cette période se rattache à l’histoire des croisades est la lettre écrite par Jean Crispo, en 1537, à Paul 111, à Charles-Quint , à son frère Ferdinand, et à François I, lorsqu’il eut été forcé de se reconnaître tributaire de Soliman. Après avoir expliqué longuement comment il fut obligé de céder devant la supériorité des forces turques , il essaie en ces termes d’intéresser les princes chrétiens à sa cause : « Faudra -t- il par notre faute qu’il n’y ait plus qu’un seul troupeau dans le monde, les mahométans, et qu’un seul pasteur, Mahomet?... Réveillez-vous donc, et renonçant à une inaction funeste , considérez les maux qui vous menacent , compatissez aux misères d’autmi ; ne soyez pas chrétiens de nom seulement, et pendant que notre ennemi est occupé parla guerre de Perse, prenez les armes, envahissez les provinces musulmanes, attaquez, détruisez sur terre et sur mer cette béte malfaisante. Puissiez-vous, avec l’aide de Dieu tout-puissant , lui arracher le saint sépulcre de notre Sauveur Jésus -Christ et toutes ces régions qui vous ont été enlevées... La Trinité, dans sa majesté céleste, vous appelle à cette louable entreprise ; la piété chrétienne, les intérêts de la confédération chrétienne vous y invitent. Les cris de tant de captifs chargés de fers, la désolation des États, votre liberté et votre vie menacées, tout vous y pousse. Déjà j’apprends que l'Ottoman a fait partir de Tbracc un héraut pour vous déclarer la guerre. Il n’est donc plus besoin de paroles, mais d’actions , et j’en ai dit assez '. » Mais ces exhortations ne pouvaient rallumer un enthousiasme depuis longtemps éteint , et la froide politique tenait désormais la première place dans les conseils de l’Europe.
3°, i*, 5’. — L’ile de Négrepont, qui compte pour trois pairies dans la division féodale du territoire, paraît avoir été occupée après la conquête de Constantinople par Jacques d’Avesnes et un chevalier nommé Guibert, dont les parts passèrent aux mains d’un Véronais , nommé Ravain dalle Carceri , vers 1210. De là le titre de seigneurs tierciers donné à cette famille. Ravain, avec l’autorisation du roi de Salonique , s’établit à Négrepont et transmit son autorité à son fils Guillaume, qui épousa Hélène, nièce de Démétrius, roi de Salonique. En vertu de ce mariage , Guillaume obtint de l’empereur Baudouin
' Noos induteons ce frifiuni d'aprt» Il corieate lelira npportfe nr BocIkib, Êclainàumetiê lar la Morte fra*(aite, p. 3<0-36S.
HISTOIIIE DES CROISADES.
l’investiture de ce royaume par un acte ainsi conçu : a Baudouin, empereur des Romains , toujours auguste, etc. , savoir faisons à tous que nous avons investi le noble homme Guillaume de Vérone, seigneur de Négrepont, mari de noble dame Hélène, nièce de feu Démétrius, roi de Tliessalonique , tous deux étant en notre présence, selon leur demande et désir, du droit au royaume de Thessaionique et à ses dépendances, lesquels ont fait retour par parenté à ladite dame Hélène , et nous le recevons pour notre féal et homme lige contre toute personne présente et future, etc. Donne l’an du Seigneur 1243, auxnonesde mai.» CeGiiillaume, avec un de ses parents quels chronique de Dandolo appelle Narzot dalle Carcori , prit part au soulèvement des feudataircs contre Guillaume de Villehardouin, en 1255, et ne dut la conservation de son fief qu’à la protection des Vénitiens.
Après la mort de Guillaume, on trouve de nouveau les baronnies de Négrepont divisées entre ses trois enfants : François obtint Chalcis, Conrad Lorea, et une fille, mariée depuis à Boniface de Vérone, eut Carystosen partage. L’histoire se lait sur le compte de François; mais nous avons vu que son fils Jean devint duc de Naxos par son mariage avec la fille unique de Jean Sanudo, et que Nicolas, fils de Jean , seigneur de Négrepont et duc de Naxos , fut assassiné par François Crispo. Il est prouvé que dès la fin du treizième siècle , les Vénitiens avaient un bailli dans file de Négrepont, et probablement ils s’étaient substitués aux branches cadettes des dalle Carceri. A l’extinction de la branche aînée par la mort de Nicolas , leur domination prit un grand accroissement et ne tarda pas à devenir définitive. Négrepont fut conquis sur les Vénitiens par les Turcs et est resté entre leurs mains jusqu’à la révolution de 1821.
6". — Les lettres d’innocent 111 de l’année 1207 font mention d’im Maione, comte de Céphalonie et de Zante, qui menait depuis quelques années la vie d’un pirate et demandait à rentrer dans la voie du pardon. Il est probable que c’était quelque chef de corsaires italiens, comme cet Henri Pescatore, comte de Malle , qui à la môme époque s’empara de la Crète avec l’aide des Génois, et en fut chassé par les Vénitiens. Ix; groupe d’iles situé entre le continent italien , l’Épire et la Morée, inspirant une égale convoitise aux Vénitiens, aux despotes d’Fpire et aux princes français de Morée, Venise commença par s’emparer de Corfou, pendant que les despotes prenaient Céphalonie, Zante, Leucade et les autres îles. Mais à la suite du mai-iage de Guil-
laume de Villehardouin avec une fiiie du despote d’Arta, vers 1258, ces îles furent placées sous la suzeraineté du prince d’Achaïe et devinrent la sixième dos pairies. Elles furent alors possédées par un comte français que la chronique de Morée appelle Richard , nous laissant ignorer son nom de famille. Richard eut pour fils et pour successeur Jean , qui épousa Marie , fille de Nicéphore , despote d’Arta. Dans un acte du mois d’avril 1304, ce Jean , qui prend le titre de comte Palatin, sire de Céphalonie et Zante, parle de son frère Engilbcrt, grand connétable de Morée sous Isabelle de Villehardouin et Philippe de Savoie. Thomas, l’alné des fils de Jean, eut de violents débats avec, son oncle nommé comme lui Thomas, fils et successeur de Nicéphore au despotat. Il le tua en 1313, éjK)usa sa veuve Anne, et prit le titre de despote d’.Acamanie et d'Étolie. Mais il fut tué lui-même par son frère Jean qui à son tour périt empoisonné par sa femme. L’empereur Michel Paléologuc mit fin à cette série de crimes en s'emparant de l’Acarnanie et en emmenannt avec lui à Constantinople le fils du dernier comte français de Céphalonie.
Ce fut dans ces circonstances que l’empereur titulaire Robert , fils de Philippe de Tarente , disposa de l’ile de Céphalonie ainsi abandonnée à elle-même, et en fit passer la seigneurie dans la famille des Tocco, dont il avait reçu des services signalés. LesTocco, originaires de Bénévent et devenus puissants à Naples sous les princes souabes et ai’agonais , avaient alors à leur tête trois frères dont le dernier, Léonard, obtint en 1333 le comté de Céphalonie avec le titre de duc de Leucade. Mais riiisloire de cette famille italienne, qui no se rattache à la principauté d’Achaïe qu’au moment où les liens do suzeraineté tendaient à s’affaiblir, parait étrangère à notre sujet.
7°. — Raoul de Tournay obtint dans le premier partage de 1206 la seigneurie de Calavryta avec douze fiefs. Celte baronnie se conserva longtemps dans la même famille, comme on peut le voir par l’article des assises d’Achaîe que nous avons cité. La Chronique de Morée est le seul monument qui nous fournisse des indications sur les Tournay. On y trouve un Jean de Tournay, fils ou petit-fils de Raoul , accompagnant Guillaume de Villehardouin dans la guerre de Charles d’Anjou contre Conradin , en 1208. Dans une autre occasion, un Geoffroi de Tournay est cité parmi les hauts barons qui aidèrent Florent de Hainaut de leurs conseils à son entrée en Morée, en 1291.
8°. — A l’arrivée des Français en Grèce , Jean de Neuilly reçut la
m HISTOIRE DES CROISADES.
seigneurie de Passava avec quatre fiels et le titre de maréchal héréditaire de la principauté , pour ses descendants mâles et femelles. Cette dignité était distincte de l’emploi de maréchal ordinaire. Jean de Ncuilly épousa la fille unique do Gautier de Ronchères , seigneur d’Akova, et n’en eut qu’une fille, Marguerite , qui hérita de ces deux seigneuries et de la dignité héréditaire de grand maréchal. Le fief d’Akova passa à une fille issue du premier mariage de Marguerite. La baronnie de Passava revint à Nicolas , né du second mariage de Marguerite de Neuilly avec Jean de Saint-Omer. Nicolas fut ainsi seigneur de Passava et maréchal héréditaire d'Achaïe du droit de sa mère, tandis que du droit de son père, il était seigneur de Thèbes.
Cette branche de Saint-Omer , célèbre dans l’histoire de la croisade de 1204, avait pour tige Guillaume châtelain de Saint-Omer , beaufrère de ce Jacques d’Avesnes , que nous avons vu établi à Négrepont. Nicolas , le dernier des fils de Guillaume , est mentionné en 1210 par Innocent III comme un homme puissant dans le diocèse de Thèbes , et il y épousa la sœur de Guy I de la Roche, seigneur d’Athènes. l/i fils aine de Nicolas , nommé Bêla ou Abel , eut de son mariage avec Marie de Hongrie trois fils , dont l’alné , Nicolas , fut vers l’année 1291 bail de Morée, et fit construire pendant son administration le beau château de Saint-Omer à Thèbes et la forteresse de Navarin. On ne sait rien d’Othon le second fils. Quant à Jean le dernier , son union avec Marguerite de Neuilly enjoignant la seigneurie de Thèbes à celle de Passava dans la personne de leur fils Nicolas de Saint- Omer , donna un nouveau lustre à cette famille. Nicolas figure en qnalité de grand maréchal dans plusieiu-s actes de Philippe de Savoie, notamment en 1304; mais après lui on ne trouve plus de renseignements sur les Saint-Omer.
9*.— On ignore également le nom de la famille du premier possesseur du marquisat de Bodonitza situé en Thessalie près des Thermopyles. Cette seigneurie dépendait d’abord du royaume de Salonique , et le seigneur de Bodonitza est toujours compris parmi les hauts feudataires de ce royaume dans les lettres fréquentes qui leur sont adressées par Innocent III. La seigneurie supérieure du marquisat fut cédée par Boniface, roi de Salonique, aux princes d’Achaic, et il continua depuis ce temps à figurer au nombre des douze pairies. Une lettre d’Honorius III , à l’année 1221 , mentionne un Guillaume, marquis de Bodonitza, comme bail ou régent de Salonique, sans doute après la
mort du comte de Blandras. Zurita et Jauna parlent également en 1372 et 1375, d’un François-Georges, marquis de Bodonitza, qui lut gouverneur du duché d'Âthènes et de Néopatras au nom du roi de Sicile.
10° — Hugues de Brières obtint, au moment du partage, la seigneurie de Caritcna avec vingt-deux fiefs de chevalier. Cette seigneurie devint une des douze pairies , mais elle resta peu de temps attachée à la descendance directe de Hugues de Brières. Soit qu’il fût retourne en Champagne, soit qu'il fût mort en Grèce sans enfants , son fief passa au neveu des princes Geoffroi et Guillaume de Villehardouin , issu du mariage de leur sœur avec Geoffroi , seigneur de Cicon en Franche- Comté. Ce Geoffroi était probablement fils d’une sœur de Hugues de Brières, et le fils que lui donna la sœur des Villehardouin fut le successeur naturel des droits de sa grand’mère, faute d’héritier plus prochain.
Le nouveau seigneur de Caritena , nommé Geoffroi , comme son père, épousa Isabelle de la Roche, sœur de Guy I", seigneurd’Athènes, et s’attacha à la fortune de son beau-frère dans le soulèvement des hauts feudataires contre le prince Guillaume. II fut puni par la perte de sa seigneurie, qui ne lui fut rendue par son oncle que comme un simple lief non transmissible aux collatéraux ; et comme il mourut sans héritier direct, le fief fit retour au domaine du prince. Nous en avons la preuve dans un fait raconté par la chronique de Morée. Vers 1288 , avant l'arrivée de Florent de Hainaut , et pendant le baïlat do Nicolas de Saint-Omer, un descendant des Brières, du nom de Geoffroi , ayant appris que le seigneur de Caritena était mort sans descendance, partit aussitôt de Champagne avec ses titres de famille, et se rendit d'abord auprès du roi de Naples, seigneur direct d'Achaïe, pour réclamer son héritage. D'après l’inspection de ses titres , le roi l’adressa à la haute cour féodale de Morée pour statuer sur la justice de ses réclamations. Ce fut alors qu’il apprit la révolte du seigneur de Caritena, et la décision qui excluait tous les collatéraux de la succession ; mais on donna en dédommagement à Geoffroi de Brières le fief de Morena , et sa descendance se conserva longtemps dans la principauté française de Morée.
11'— Nous savons, par l’article Odes assises d’Achaïe, que les seigneurs dePatras étaient au nombre des douze pairs, et la chronique de Morée nous apprend que Fatras fut donné dès 1206 à Guillaume Alaman . Cette famille Alaman joua un rôle important au treizième siècle IT. 2s
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en Chypre , en Sicile et en Morée , et on la voit figurer encore longtemps après parmi la noblesse d’Aragon et de Majorque; mais aucun renseignement n’établissant la filiation de Guillaume , on ignore si la baronnie do Fatras resta dans cette famille. Il est probable qu’elle fit retour au domaine du prince, qui en réunit une partie à d’antres démetnbrcmenls de fiefs pour en constituer une seigneurie particulière,
12” — Matagrifon n’étaitautre chose que la forteresse deChlomoutzi, bàiie par Geoffroi de Villehardonin pour tenir les Grecs en respect, d’où lui vint parmi les Français le nom de Mata-Griffon. On ne trouve pas ce fief constitué en baronnie avant l’époque où le prince Guillaume , en mariant sa seconde fille Marguerite, à peine Agée de deux ans , à un seigneur de la maison des Gaux, lui donna les deux tiers de la seigneurie d’Akova en fief héréditaire, et lui constitua d’autres possessions au nord de la Morée sous le nom de Matagrifon (1207.) Far son testament il laissa la principauté d’Achaïe à sa fille aînée, et la baronnie de Matagrifon à sa fille cadette , avec cette clause que si l’une d’elles mourait sans enfants , sa part reviendrait à la survivante ou à ses enfants.
Marguerite de Villehardouin eut en 1298 une fille nommée Isabelle, et perdit son mari peu de temps après. Elle refusa de se remarier; mais à la mort de la princesse d’Achaïe sa sœur , elle comprit qu’elle avait besoin de chercher un appui pour sa fille , et jeta les yeux sur Fernand de Majorque, auquel la part qu’il avait prise dans les aventures des Catalans avait fait une réputation brillante. Fernand vivait alors en Sicile auprès de son ami le roi Frédéric ; il accéda de grand cœur à cette union qui fut célébrée à Messine au mois de février 1311, et Marguerite donna en dot à sa fille la baronnie de Matagrifon et dépendances, ses droits sur la totalité, ou au moins la cinquième partie de la principauté d’Achaïe , sur la terre de Calamata et sur une partie de la province de Clarentza , avec une forte somme d’argent et la revendication de diverses créances. Mais quand Marguerite revint en Morée, les barons français s’indignèrent de cette alliance avec les Catalans , dont l’établissement dans le duché d’Athènes leur était si incommode. Le comte de Céphalonie , l’évôque d’Olène et Nicolas Mavros, seigneur d’Arcadia, mirent ses biens sous le séquestre et la retinrent prisonnière. Elle mourut au mois de mars de l’année suivante, et sa fille Isabelle, après être accouchée d’un fils , la suivit de près au tonbeuu. Fernand envoya l’enfant en Catalogne , passa en
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Morée avec une petite armée , se fit reconnaître par plusieurs feudataires , puis fut vaincu et tué par son compétiteur , Louis de Bourgogne (1316). Quant au fils qu’il avait eu d’Isabelle, ce prince du nom de Jacques , d’abord roi de Majortpie , puis dépouillé par Pierre IV, roi d’Aragon, ne songea pas à revendiquer sérieusement scs droits sur la principauté de Morée et sur la baronnie de Matagrifon , bien qu’il y eût été invité par une ambassade des barons du pays en 1311. Dès loi-s la branche cadette des Villehardouin resta tout à fait étrangère à la destinée des établissements français en Grèce.
Tels sont les faits principaux qui se rattachent à l’histoire des douze pairies. Celle des principaux bannercts qui venaient apri;s les pairs est loin d’avoir la même importance et la même certitude. Quelquesuns d’entre eux sont indiqués dans la note à laquelle celle-ci sert de complément.
tCLAIRCISSEMEST SIIB LES BOIS DE CHYPRE DB LA MAISOS DE LL'SleKAS.
L’histoire de la famille française de Lusignan, qui prit possession de Tilc de Chypre û la suite de la troisième croisade, et s’y maintint |)cndant près de trois siècles, peut donner lieu à d’intéressantes recherches; et l’ouvrage préparé sur ce sujet par M. de Maslatrie tiendra sans nul doute tout ce que promet le nom de l’auteur. Notre seul but, dans cette courte notice, est d’établir la succession des rois de Chypre qui reparaissent de temps en temps dans l'Histoire des Croisades de Michaud, sans que le lecteur puisse renouer aisément le fil interrompu de ses souvenirs , et de présenter ici avec suite les faits principaux par lesquels ce royaume se relie aux autres établissements chrétiens de l’Orient.
Après la conquête de l’ile de Chypre par Richard Cœur-de-Lion, ce prince l’avait donnée en garde aux templiers, qui eurent à lutter contre la révolte des Grecs indigènes. Presque tous les Latins faillirent être égorgés dans une conjuration formée par eux, et les templiers voyant qu’ils s’épuiseraient à vouloir conserver cette onéreuse acquisition, la rendirent à Richard qui 1a donna h Guy de Lusignan, en échange des droits que celui-ci tenait de sa femme Sybille sur le royaume de Jérusalem. Mais il fallut que Guy remboursât les vingt- cinq mille marcs d’argent avancés par les templiers, et qu’il
repeuplât un pays devenu presque désert par les ravages de la guerre et la fuite des habitants. Aussi distribua-t-il des fiefs aux trois cents chevaliers français qui l’avaient suivi de Palestine en Chypre. Il répartit aussi dans les endroits les plus dépeuplés les deux cents hommes de cavalerie et toute l’infanterie qu’il avait amenés, en leur distribuant des terres et des maisons et en les mariant aux veuves et aux filles desFrançais morts en Syrie. Il fit, de jiUis, appel à tous les étrangers, et promit de laisser liberté à chacun , arménien , copte, maronite, jacobite, nestorien, latin ou grec, d’y professer son eulle et d’y posséder une église; et en même temps ii détermina un bon nombre de Chypriotes h revenir habiter leurs maisons, en les menaçant de donner aux étrangers tout ce qui resterait abandonné. Il déclara ensuite sa volonté de gouverner le pays conformément aux lois établies dans son ancien royaume de Jérusalem, sous le nom d’assises, en déférant l'administration à deux cours : la haute cour présidée par lui-inémc, la cour inférieure présidée par un vicomte et chargée uniquement des affaires civiles ou de police. Il établit un archevêque latin à Nicosie, capitale de file, et des évéqiics à Famagouste, à Paphos et à Amathontc *. Ce dernier siège fut transféré à Liinisso (fancienne Néapolis) qu’il avait fondé ou plutôt agrandi sur la côte méridionale.
Guy de Lusignan mourut, en 1194, à l'âge de soixante-cinq ans, sans laisser d’enfants. Son frère Amaury, connétable de Jérusalem, puis de Chypre, lui succéda, mais il refusa de porter le litre de roi jusqu’à ce que l’autorisation lui en eût été donnée par rcmpercur Henri \'I. Encore mal affermi dans ses États, sur lesf(uels l’empereur de Constantinople élevait des prétentions, Amaury voulait se ménager la protection d’un prince puissant, qui faisait â cette époque même de grands préparatifs pour la croisade, et d'ailleurs il se conformait à l’opinion générale qui attribuait à l’empereur d’Allemagne, comme chef de la république chrétienne, le droit de conférer les royaumes. Samari, archevêque de Trani , lui porta l’investiture et le sceptre de Chypre*, et Conrad , évêque d'Hildesheim , chancelier de l’Empire, à son passage en Palestine, plaça la couronne
' Hais les conleslalioiu aoiqnelles cet élabUssemenl donna Heu entre les clergds grec et lai!» ne furent déOnillYcnicDt réglées qu’au eoiicite de Latran. en 1215.
* Dipldme du mois de mai 1 126, en favear des hahitanis de Trani, c\\é par DavaDtali, mais atirr* 2aè sans dôme par erreur % Goy de Lasignau.
APPENDICE ni.
royale sur la tête d’Amaury, dans la cathcdi'nle de Nicosie. Mais les libéralités de Guy de Lusignan avaient tellement épuisé le trésor royal, que le roi pouvait à peine entretenir à son service vingt chevaliers. Amaury convoqua tous les hommes du pays, et leur dit: «Seigneurs, le roi Guy, mon frère, vous a tant donné qu'il ne lui est rien demeuré. Le pays m’est échu et j’en suis sire tant qu’il plaira à Dieu. Vous êtes mes hommes et je n’ai point de terres. 11 y a tels de vous qui en ont plus que moi. Comment se pourra-t-il que je sois pauvre et vous puissants et riches, et que je n’aie pas de quoi dépenser? Cela ne convient point. Prenez conseil entre vous et que chacun me rende assez pour que je puisse être entre vous comme votre sire, et vous puisse aider comme mes hommes. # Ils prirent conseil, et chacun lui donna de sa terre autant que le cœur lui en dit. Amaury fit tant par force ou par amour, que quand il mourut, ses terres de Chypre valaient deux cent mille Lésants'.
Sa première femme. Esquive d’Ibelin, était morte peu de temps avant son couronnement, lui laissant six enfants. Isabelle, reine de Jérusalem, avait de son côté perdu son troisième mari, Henri de Champagne. Les barons de Palestine, voyant le mauvais succès de la croisade des Allemands et le danger de la terre sainte, envoyèrent proposer à Amaury la main d’Isabelle et la couronne de Jérusalem. .Amaury accepta cette royauté si pénible, mais si haute dans l’estime des chrétiens, et se décida à aller promptement au secours de son nouveau royaume. Toutefois, avant de quitter l’ile de Chypre il s’occupa de régler d’une manière plus stable l’administration du pays pendant son absence. Il calma l’animosité qui divisait le clergé grec et le clergé latin , organisa la défense des côtes qu’il confia à des compagnies albanaises (Stradiots), affranchit les colons vénitiens établis depuis longtemps dans l’ile, nomma douze gouverneurs pour les douze cantons^, et donna au vicomte de Nicosie président de la cour inférieure, une juridiction particulière sur cette ville et sur trois lieues de territoire autour du château. Il fixa aussi les droits respectifs des nobles, bourgeois, affranchis ou francomates et serfs ou pariqttes. Jusque-là on avait fait usage des assises telles qu’elles se conservaient dans le souvenir des chevaliers-juges qui les avaient appliquées dans
' Beriurd le Trésorier, dans b coUeciion des Mémcirei relatifs i l'histoire de France, tom. XIX«
* Savoir: Famagoasie, UafTo (Papbos\ Limisso, Orbes, Salines, Massarie, Carpasso, Mazato. Ardlmo, Crisolioa, Solie ei Pentab. Tels sont, dn moins, les noms donnés par Jaana.
HISTOinE DES CROISADES.
le royaume de Jérusalem. Amaury voulut donner une base plus sûre à leurs interprétations, et réunit les hommes pourvus de la mémoire la plus fidèle; et d'après les décisions d’un conseil d’hommes choisis par lui et auxrpiels il s'adjoignit lui-méme, il fit faire une rédaction particulière des assises à l’usage du royaume de Chypre. Cette nidaction paraît être celle qui nous a été exmservée, et qui fut introduite peu de temps après dans l’empire français de Constantinople et dans la principauté française de Moréc *.
Amaury partit ensuite pour Ptolémaïs où il fit célébrer son mariage et son couronnement (H98); à dater de cette époque, il adopta exclusivement le titre de roi de Jérusalem, et se consacra à la défense de ses nouveaux Étals, comme on l’a pu voir dans V Histoire des Croisades, sans pourtant perdre de vue son royaume de Chypre. Une lettre d’innocent III, adressée à Geoffroi le Rat, grand maître des Hospitaliers, lui recommande d’avoir égard aux sollicitations d’Amaiiry en envoyant en Chypre un certain nombre de chevaliers et de soldats pour y tenir garnison : « Vous devez vous souvenir, vous et votre couvent , lui dit-il, que vous avez concouru avec tous les seigneurs de la terre sainte il lui faire quitter ce pays pour l’attirer dans la Palestine, d’où il ne peut plus s’éloigner sans risquer de la peixlre entièrement. » Les Hospitaliers entretinrent en effet dans Pile un corps de troupes jusqu’à la mort d'Amaury, qui expira à Ptolémaïs, lef" avril 1203, et fut enterre à Nicosie. Il laissait de son premier mariage trois fils : Hugues, Jean et Guy, et deux filles, dont l’alnée, Bourgogne, avait épousé en secondes noces Gautier de Montlx-liard ; et de son second mariage deux autres filles, Sybille et Mélissende.
Hugues était encore mineur à la mort de son père et fut placé par la haute cour sous la tutelle de son beau-frère Gautier de Montbéliard, homme hautain, violent et avare. Cinq ans après, Hugues, ayant atteint sa majorité, s’empressa de déposséder Gautier de tout pouvoir, lui demanda un compte sévère de son administration , et l’obligea de s’enfuir en Syrie. Fidèle à rengagement qu’avait contracté son père, il épousa Alix, fille du troisième mariage d’Isabelle de Jérusalem, sa belle-mère, avec Henri de Champagne, et prit une part glorieuse à la croisade de 1217. Mais, bientôt découragé par les dissensions des croisés et par le mauvais succès du siège du mont
' Bvcaon, ieiêtrcUstmeiüM 4ur la Morèe françoU<t P* 39a.
Tlmbor, il se retira à Tripoli de Syrie, où il mourut de maladie dans les premiers mois de l’année suivante.
On a de ce prince une monnaie d’or conservée au cabinet de Gotha, qui prouve que les Lusignan de Chypre , dans les premiers temps de leur établissement , adoptèrent le type monétaire usité à Constantinople et généralement répandu dans tout l’Orient. Au droit, un roi debout revêtu d’une dalmatique ornée de perles, la tête couverte d’une couronne à quatre perles et à trois fleurons. De sa main droite, il s’appuie sur un sceptre surmonté d’une croix; dans la gauche, il soutient un globe surmonté d’une autre croix semblable. Autour on lit : HVGO REX CYPRI. Au revers, un Christ nimbé assis sur un trêne à dos élevé, et donnant la bénédiction de la main droite. Dans le champ, on lit du cAté gauche de la tête du Christ XC, dernière partie du nom de Jesus-Christus : les lettres IC qui se trouvaient certainement dans l’autre champ sont presque entièrement effacées. La forme de cette monnaie est concave, comme le sont les monnaies byzantines de la môme époque, api^lées nummi Scyphati. Le costume qu’y porte le roi est le môme que portaient les empereurs de Constantinople. Quant au Christ assis, on le retrouve aussi sur les monnaies des Comnène et sur celles des dynasties impériales plus récentes avec la légende IC XC. Ce môme type fut transporté de Constantinople dans d’autres pays , et on le voit fréquemment sur les monnaies des doges de Venise , des rois d'Arménie, et des rois de Servie, Vrosc et Étienne '.
Henri, fils et successeur de Hugues>dc Lusignan, n’avait que neuf mois à la mort de son père. Alix de Champagne, sa mère, fut chargée des fonctions de régente, et s’adjoignit les seigneurs de Baruth, Jean et Philippe d’Ibelin, oncles du feu roi, qui justifièrent ce choix par leur valeur et leur prudence. Ils envoyèrent quelques secours aux croisés, qui assiégeaient Damiette, mais ils ne purent empêcher les galères des Sarrasins de croiser devant Limisso et de faire un tort immense aux pèlerins qui allaient rejoindre l’armée. Ils eurent aussi à lutter contre l’animosité réciproque des clergés grec et latin, que le cardinal Pélage è son retour de la terre sainte parvint avec peine à pacifier. Bientôt la mésintelligence éclata entre eux et la reine, qui se retira à Ptolémaïs avec son favori Camerino Barlas. La haute
* Rcikrard, Cesch. wn Cypem. — Mcvtlb, cm Fronkerui mynter OrUnfn.
iiO
cour, irritée de la conduite d’Alix et des intrigues qu’elle cherchait à nouer avec le comte de Tripoli , déféra toute l’autorité aux seigneurs d'fbelin, qui se placèrent, eux et le jeune roi, sous la protection du pape Honorius A la mort de Philippe d’Ibelin, la reine revint en Chypre, et chercha à réparer le mal qu’elle avait causé. Mais cette querelle avait fait naître des ferments de discorde dont l’empereur Frédéric II, à son passage en Chypre, essaya de profiter.
A peine débarqué à Limisso, au mois d'août 1228, il cita Jean d'ibelin à comparaître devant lui, demanda en son nom et au nom de son tils Conrad , héritier du royaume de Jérusalem , qu’il lui fit hommage pour la ville de Baruth, se réservant de lui faire d'autres réclamations devant la haute cour de Jérusalem^, et prétendit percevoir les revenus du royaume de Chypre, jusqu’il ce que Henri de Lusignan eût atteint l’âge de vingt-cinq ans Il poussa même l’exigence au point de vouloir garder en otages le jeune roi et les deux fils de Jean d'ibelin. Mais cette conduite, que rien ne justifiait, excita un mécontentement général, et Frédéric fut obligé de renoncer à son projet ou d’en ajourner l’exécution. En parlant , il laissa le gouvernement de l’ile aux principaux seigneurs chypriotes mécontents, Camerino Barlas, Amaury de Bessan, Gavano de Rossi, Guillaume de Rivet et Hugues de Gibict, qui déclarèrent Jean d’Ibelin déchu de la tutelle, et prirent le titre de baïls. Jean , ayant ramené de Syrie une petite armée , défit ses ennemis à Nicosie et assiégea les baïls dans Dieud’amour, forteresse où ils s’étaient renfermés avec le roi. Philippe de Navarre *, blessé à ce siège, dut la vie à Balian d’Ibelin, fils aîné du sire de Baruth. Cependant une pacification inteiTint ; mais la guerre ne tarda pas à se rallumer lorsque après la paix de San Germano, Frédéric II envoya en Syrie, sous le commandement de son maréchal Riccardo Filangieri, vingt-deux galères et trente-huit vaisseaux de transport, avec une nombreuse / troupe de chevaliers, de fantassins et de matelots.
Au rapport de Philippe de Navarre, cette armée avait été composée de gens suspects dont l’empereur voulait se délivrer, en sorte
' Lettre aux bospiuliers. datée de Latnn, 19 férrier 1199.
* Jean d’ibelin exerçait aD5$i la totelle do royaume de Jérosalem en verlo de la délégation de U reine Alix, qai comme tante d’iolande de Brienoe «e tronvaii U Hb* proche parente de Conrad.
^ Saimt., ap. Doxcaii», Geit. dnytr Fnineof, II, 919.
* Celui qoi a uissé un tnTail si initorlant sur la législation do royanioe de Jérusalem. Voir 1a Notice de U. Dcugnoi, dans la BiUiotbéque de l'BcoIe des Cbarlee.
qu’il déclara à son lieutenant que si les Chypriotes étt.ient vaincus il se tiendrait pour satisfait, mais que si ses troupes étaient défaites il n’en aurait aucune peine, parce qu’il souhaitait aussi bien la ruine des uns que des autres. La suite des affaires prouva en effet que cette expédition, loin d’ôtre dirigée dans l’intérêt de la terre sainte, n’avait d’autre but que de satisfaire les vues personnelles de l’empereur. En arrivant au cap dclle Gattc , devant Limisso , les Impériaux envoyèrent sommer le jeune roi Henri de renvoyer de ses États Jean d’ibelin, ses fils et ses parents, comme traîtres envers leur seigneur. Sur le refus du conseil de régence, ils allèrent aussitôt attaquer Baruth dont la ville leur fut livrée par l’évêque, et ils mirent le siège devant le château où s’élait renfermée la garnison dévouée à Jean d’ibelin. Filangieri les ayant rejoints avec le reste de l’armée, poussa vivement les opérations du siège, occupa Tyr, et convoqua à Ptolémaïs le grand conseil des barons, pour leur exposer les demandes et les griefs de l’empereur. Ceux-ci n’hésitèrent pas à prendre parti pour les Ibelins, et s’engagèrent les uns envers les autres en entrant dans la confrérie de Saint-Adrien, et en se promettant mutuellement aide et secours.
En apprenant ce qui se passait , Jean d’ibelin demanda justice et protection au roi Henri et à la noblesse chypriote , qui résolurent d’aller délivrer le château de Baruth. Tous ensemble partirent de Famagouste; mais, à leur arrivée en Palestine, Cainerino Barlas, Amaury de Bessan et Hugues de Giblel quittèrent furtivement l’armée et allèrent rejoindre Filangieri devant Baruth. Une partie des barons de la terre sainte, entraînés par Balian de Sidon et par Jean de Césarée, neveux de Jean d’ibelin, vinrent renforcer l’armée chypriote, pendant que le patriarche de Jérusalem, les grands maîtres du Temple et de l’Hôpital, le bailli de Venise, les consuls de Pise et de Gênes s'interposaient inutilement entre les deux partis. Après avoir essayé, mais sans succès, de faire lever le siège de Baruth, Jean d’ibelin emmena le roi à Sidon, puis, se portant à Ptolémaïs, il se saisit d’une partie de la flotte impériale qui hivernait dans le port. Quand il eut enfin rassemblé toutes ses forces, il résolut, avec l’aide des habitants de Ptolémaïs et des Génois, de faire une puissante diversion en assiégeant Tyr, et vint camper à Casai Imbert.
A cette nouvelle, Filangieri leva le siège du château de Baruth, mit le feu à la ville en se retirant, et se rendit à Tyr, pendant qu’il
envoy.'iit en Chypre, avec une partie de ses troupes, les rebelles Chypriotes chargés de réduire l’ile sous l’obéissance de l’empereur. Lui-même, profitant de l’absence de Jean d’ibelin, surprit au point du iour le camp des Chypriotes, le pilla, et força le jeune roi à se sauver en désordre avec les siens jusqu’à Ptolémaïs (3 mai 1233). Jean d’ibelin arriva trop tard pour couper la retraite aux Impériaux, et il ne songea plus qu’à réorganiser l’armée et à délivTer Chypre , où les baïls impériaux s’étaient emparés de Famagouste, de Cérines, de Cantara. La position était d’autant plus critique que Filangieri, laissant à Tyr une faible garnison, avait repassé en Chypre , et avait soumis file entière, à l’exception du château de Buffavento et de celui de Dieud’arnour où étaient renfermées les deux sœurs du roi et le reste des troupes fidèles.
Lorsque Jean d’ibelin et le roi Henri de Lusignan arrivèrent devant Famagouste, Filangieri venait de retourner en Italie en promettant aux baïls do leur envoyer de prompts renforts, et en confiant à deux comtes lombards le commandement des Impériaux. Mais ceux-ci, n’ayant pu empêcher le débarquement de l’armée royale, se replièrent sur Nicosie, qu’ils ne lardèrent pas à évacuer pour prendre position dans la plaine qui s’étend entre celte ville et Cérines. Jean d’ibelin rentra sans peine en possession de Cantara et de Nicosie, et livra aux Impériaux une sanglante bataille où il les mit en déroute. Les débris de leur armée, poursuivis jusqu’à Gastria, furent pris et détenus à Nicosie. Dieud’amour fut ravitaillé , et l’armée royale concentra tous ses efforts contre Cérines, où s’étaient renfermés les rebelles et les étrangers. Le siège de cette place dura jusqu’après les fêtes de Pâques de l’année suivante (1234), et il fut enfin convenu par capitulation que Philippe Cinard et Gautier d’Aquaviva, lieutenants de l’empereur , la remettraient au roi dans l’état où elle se trouvait, que les prisonniers seraient rendus de part et d’autre, que le roi fournirait des bâtiments à ses frais pour transporter à 'Tyr la garnison et tout son bagage. Quant aux rebelles chypnotes, ils furent exclus du traité et se condamnèrent à un exil volontaire *.
Au milieu de tous ces démêlés, la reine-mère Alix s’était rendue en France pour y réclamer le comté de Champagne, qui avait été adjugé à son cousin Thibaut IV, depuis roi de Navarre, par un arrêt
* Nous avons insUté avec quclqaes déuUs sor toa$ ces événcmculs, qui n'ODt pas (roové place dans VHiiWre it* Cntitaitê»
de la cour des pairs, siégeant à Melun. Mais elle fut contrainte de renoncer à ses prétentions, moyennant une forte indemnité ', et pvint en Chypre avec un nouvel époux, Raoul de Soissons, auquel elle voulut donner une part dans le gouvernement du royaume. Le roi et Jean d'ibelin, redoutant son ambition et ses intrigues, réussirent à l’éloigner de Chypre , en lui conseillant de fiiii'e valoir les droits qu’elle tenait de son grand-père Amaury sur le royaume de Jérusalem. Mais ses efforts et ceux de son mari eurent pou de succès; et les barons de la terre sainte, qui reconnaissaient à peine l’autorité lointaine de Conrad , fils de Frédéric II , n’étaient point disposés à admettre les prétentions contestables d’une princesse qui se présentait sans armée et sans trésors.
Déli\Té de tous ces embairas , Henri de Lusignan s’occupa exclusivement de r.administration de ses États, dont il accrut la richesse par des traités de commerce conclus avec les principales cités maritimes de la Méditerranée. On a pu voir dans Y Histoire des Croisades l’accueil (pi’il fil à saint Louis pendant le séjour de ce prince en Chypre, et la part qu'il prit à la malheureuse croisade de I2M0. Fait prisonnier, puis délivré en même temps que le roi de France, il revint en Chyjire et mourut peu après à Nicosie, le 8 janvier 1253, laissant un fils en bas fige de Plaisance d’Antioche, sa seconde femme, fille de BohémondV, qu’il avait épousée en 1230. Cet enfant, nommé Hugues II , lui succéda sous la tutelle de la reine Plaisance , qui tint d’une main ferme les rênes de l’État, et obtint du pape Alexandre IV une bulle dont l’objet était de placer le clergé grec sous la dépendance du clergé latin. Elle se remaria à Balian d’ibelin, et en 1238 alla fixer sa demeure à Tripoli avec son fils. Mais quand la terre sainte fut sérieusement menacée par les armes victorieuses des soudans d’Égypte, elle revint en Chypre, d’où elle envoya au secours des Latins un corps de troupes commandé par le prince Hugues d’Antioche , héritier présomptif de la couronne. Hugues ne put signaler qu’une valeur stérile dans ce malheureux pays épuisé par les dissensions de scs défenseurs, et bientôt il fut rappelé en Chypre par la maladie du jeune roi qui mourut au mois de novembre 1267 , à l’âge de quatorze ans.
‘ CoosoUcr 8or celle affaire le Trésor de» charUit h 433, ot se ironve aussi la cession faite par Henri i son neveu Jean de Bricnne de tous ses droits sur le comlé de Champagne, dat«e de Mcosie 1947 ifiù français).
Hugues ni se trouvait le légitime héritier de la couronne par la mort du prince mineur , son cousin germain. En effet , il était fils d’Isabelle de Lusignan , sœur du roi Henri , de son premier mariage avec Henri d'Antioche fils de Bohémond IV. Hugues prit aussitôt le nom de Lusignan, et fut couronné roi dans l’église de Sainte-Sophie de Nicosie par Guillaume , patriarche de Jérusalem. La mort de Conradin , condamné à l’échafaud par Charles d’Anjou , lui ouvrit bientôt une nouvelle carrière d'ambition. Conradin était le dernier héritier d'Iolandc , fille de Marie de Jérusalem et petite-nièce de Baudouin le Meseaii. Avec lui s'éteignait la branche des rois de Jérusalem issus de Marie, et la descendance de sa sœur cadette Alix était appelée à la succession. Hugues III , petit-fils d’Alix par sa mère Isabelle , réclama cet héritage qui lui fut disputé par Marie d’Antioche, petite-fille il'.Amaury par les femmes. Mais le besoin d’un roi guerrier détruisit facilement toute opposition , et Hugues III, sans perdre de temps, débar(|ua à 'l'yr où il fut couronné roi de Jérusalem.
Cependant il eut pour concurrent à la couronne de Jérusalem Charles d’Anjou , roi de Naples , auquel Marie d’Antioche avait cédé ses prétentions, a la persuasion des Templiers ennemis du nouveau roi. Charles envoya quelques troupes en Palestine sous le commandement de Roger de San-Severino ; mais il fut obligé de les rappeler pour les tourner contre les Siciliens à la suite des vêpres siciliennes. Les efforts de Hugues contre les Sarrasins qui désolaient la terre sainte se trouvant paralysés par le mauvais vouloir des Templiers ', il donna presque tous ses soins à son royaume de Chypre, où il bAtit de beaux monuments , entre autres la célèbre abbaye de la Paix, et attira les hommes illustres et les savants. C’est à lui que saint Thomas d'Aquin a dédié son livre De regimine principum. Hugues III, qui a mérité le surnom de Grand, mourut le 7 mars 1284, laissant six fils; Jean et Henri qui lui succédèrent ; Amaury, prince de Tyr; Guy, connétable de Jénisalem, Camerino et Bohémond, et plusieurs filles qui prirent alliance dans les maisons royales d’Aragon et d’Arménie ou dans l’illustre famille d’Ibelin.
Le règne de Jean I" ne dura que deux ans. Après s’êlre fait reconnaitre comme roi de Chypre et s’étre fait couronner roi de
■ A l'époqae de l’cipMUIon de prince Ëdoiurd ea Terre ninte, U coarial, erec Blbare. le SI avril < 373, une irévc de dix ans par laqoelle k rojattine de Jérosalen se iroarait redaU k la ville de rtokmals cl aa cbemia de Naaareib.
APPENDICE IIL
HZ
Jétiisalem à Ptolémaïs, il mourut à Nicosie à trente-trois ans , sans avoir été marié. Son second frère Henri II lui succéda aux deux couronnes. A peine sacré à Nicosie il passa en Palestine, se fit rendre le château de Ptolémaïs occupé par Hugues Pelichin qui y commandait pour Charles H, roi de Naples, et alla recevoir à Tyr la couronne de .lénisalcm (15 août 1286); mais les ambassades qu'il envoya en Europe pour réclamer les secours des chrétiens furent infructueuses. Kélaoun s’empara de Tripoli , qu’il détruisit de fond en comble, et son fils Chain vint assiéger Ptolémaïs avec toutes les forces de l'Orient. Le roi de Chypre se jeta dans la place avec sept cents hommes d’armes et contribua vaillamment à la défense; mais voyant que la ville ne pourrait tenir longtemps , il prit une résolution qui lui a été vivement reprochée par les historiens des croisades , celle de se retirer en Chypre avec ses troupes et ceux des habitants qui voulurent l’accompagner. Dix jours après son départ, la ville fut emportée d’assaut, et tous ses défenseurs passés au fil de l’épée ( 1 8 mai 1291 . ) Après la prise de cette ville qui entraîna celle de Tyr, de Baruth et de Sidon , Henri donna aux Francs de la Syrie un refuge dans son lie, établit à Limisso les chevaliers de l’Hôpital, et afin que la perte de Ptolémaïs fût moins sensible pour le commerce, il fit agrandir et fortifier Famagouste sur le modèle de Ptolémaïs. 11 décida qu'à l’avenir ses successeurs , après avoir reçu la couronne de Chypre à Nicosie, iraient à Famagouste prendre celle de Jérusalem.
Son règne fut troublé par les intrigues de son frère Amaury , qui , après avoir entraîné dans son parti les principaux seigneurs cypriotes, s’empara du gouvernement de l’Ile, et ne laissa à Henri II que le titre de roi (1304). La retraite et l’isolement où vivait le prince déchu ne purent satisfaire Amaury, qui s’empara pendant la nuit de la personne de son frère et l’envoya prisonnier en Arménie. Le roi de ce pays dévoué à Amaury , qui avait épousé sa sœur, retint Henri dans une captivité rigoureuse au château de Lambron , et servit aussi de geôlier à tous ceux qui avaient encouru les soupçons jaloux d’Amaury ; mais la domination de ce dernier dura peu. Il fut assassiné en 1309 par un de ses favoris, Simon de Monte Olympo, et l'année suivante Henri sortit de captivité par les soins du pape Clément 'V , et remonta facilement sur le trône. Il punit sévèrement l’obstination do son frère Camérino, connétable de Chypre, qui, après avoir été le complice d’Amaury, avait tenté un nouveau soulèvement, et il le fit mourir de
m HISTOIRE DES CROISADES.
faim dans son cachot. Los autres chefs de la révolte furent exécutés ou exilés ; mais il récompensa généreusement ceux qui lui étaient restés fidèles, et particuliérement les llvilins. Il maria Anne d'ilieün, tille du sénéchal , avec Fernand de Majorque* en 1316, et donna à Balian d’Ibelin la principauté de Galilée , en faisant épouser la fille de Balian à son propre neveu , depuis Hugues IV.
Ce fut sous son régne que les chevaliers de l’Hôpital quittèrent file de Chypre, où ils étaient perpétuellement en discussion avec les barons français de file, pour aller fixer leur résidence à Rhodes , dont ils avaien* obtenu la concession du pape et de l’empereur grec Andronic. Foulques de Villaret , grand maître des Hospitaliers , s’empara aisément de Rhodes sur les Grecs et les Sarrasins rpii y dominaient , et entra triomphant dans la capitale le 15 août 1309.
Henri n mourut après trente-huit ans de régne, à l’âge de cinquantesept ans, en 1321, sans laisser d’enfants de sa femme Constance, fille de Frédéric, roi de Sicile, qu’il avait épousée six ans auparavant. On a de ce prince des monnaies d'argent à légende française ; il est assis sur un siège bas dont les côtés sont terminés par des têtes de lion ou de loup ; il tient de la main gauche le globe avec la croix , de la main droite un sceptre fleurdelisé; sur le revers les armes de Jérusalem , c’est-à-dire la croix potencée cantonnée de quatre croisettes simples.
Ia: prince qui succéda à Henri H, sous le nom de Hugues IV, était le fils de son frère Guy, mort trop jeune pour avoir été mêlé aux dls.sensions intestines du dernier régne. Hugues fut reconnu sans opposition par la haute cour, et il reçut la couronne de Chypre à Nicosie le 13 avril, et celle de Jénisalem à Famagouste le 13 mai. Son régne de trente-quatre ans fut paisible sans être brillant, a Des négociations habilement conduites avec les peuples navigateurs de l’Occident qui fréquentaient les ports de Chypre, et des traités qui portèrent à un haut point de prospérité le commerce du royaume, un voyage en Europe entrepris par le roi lui-même pour déterminer le roi de France à secourir les États chrétiens d’Orient, enfin les désastres occasionnés tour à tour par une effroyable inondation et par plusieurs invasions de sauterelles en occupèrent la plus grande partie. Le fait le plus remarquable que rapportent les historiens est une ligue
' Celai qai avait épousé co premières noces Isabelle de MaUfrifon, peüie-QUe de Guillaume de liUebardooin. Voir p. 494.
DicÜi'cd by
contre les Turcs que le roi de Chypre réussit enfin à conclure avec le pape , la république de Venise et les Hospitaliers établis dans l'ile de llhodes (1313). Les flottes confédérées s’emparèrent de Smyrne; puis on traîna la guerre en longueur, et l’expédition n’eut pas d’autre résultat. L’esprit des croisades était mort chez les peuples d’Occident, et l’ordre de Saint-Jean lui-nicmc commençait à n’en être plus animé*. » Les dernières années du règne de Hugues IV furent troublées par les folios d’un de ses fils, Pierre, comte de Tripoli, qu’il châtia avec une grande rigueur. Mais revenu à des sentiments plus doux et fatigué de l’exercice du pouvoir, il le fit sortir de prison et abdiqua môme en sa faveur.
Pierre I fut couronné roi de Chypre à Nicosie le 21 novembre 1 358 ; mais il voulut attendre la mort de son père i>our recevoir la couronne do Jérusalem , et cette cérémonie n’eut lieu que dans les premiers mois de l’année 1360. Le nouveau roi triompha aisément des prétentions du fils d’un frère aîné mort du vivant de Hugues IV, et manifesta tout d’abord un désir indomptable de gloire et d’aventures. Le coup de main hardi qui le rendit maître de Satalie de Caramanie entraîna la soumission de tous les petits princes turcs de la province, lesquels devinrent ses tributaires ( 1 36 1 ) ; il résolut alors de se rendre lui-mème en Europe pour engager les souverains à une croisade contre les infidèles. Il visita successivement Venise et Gènes, rencontra à Avignon le pape et le roi de France qui parurent entrer dans ses vues, eut une conférence avec l’empereur d’Allemagne à Prague, avec le duc d’Autriche à Vienne, avec les rois de Hongrie et de Pologne à Cracovie ; puis revenant sur ses pas il se rendit à Paris, vit le roi de Navarre à Cherbourg , le roi d’Angleterre à Londres, et regagna Venise où il attendit le résultat de ses efforts. Pendant son voyage on avait admiré sa bravoure et sa bonne grâce ; on avait multiplié en son honneur les festins, les carrousels et les tournois j mais la sympathie des rois se borna là, et Pierre se vit réduit à équiper à ses frais une flotte qui reçut quelques renforts des chevaliers de Uhodes. U se dirigea alors vers Alexandrie qu’il emporta d’assaut, et voulut poursuivre la conquête de l’Égypte ; mais le pillage de la ville et dedésir qu’avaient ses soldats de mettre leur butin en sûreté, amenèrent des désertions qui forcèrent Pierre à revenir en Chypre.
* Di SUcuT, Nitmimâliqiit de» Croieode», p. 91
irrité, mais non découragé, il s'adressa de nouveau aux souverains d’Occident, fit quelque temps la course contre les villes maritimes de Caramanie et de Syrie, et se décida à un second voyage qui devait être aussi infructueux que le premier. Il vint à Naples, puis à Rome oü le pape était trop absorbé par les affaires d’Italie pour lui donner des secours, et bientôt la nouvelle des désordres de sa femme Éléonore d'Aragon le rappela précipitamment dans ses États. 11 traduisit la reine avec le comte de Rochas, son complice, devant la haute cour; mais l’indulgence dont les juges usèrent envers les coupables excita dans l’Ame de Pierre un ressentiment implacable qu’il essaya de satisfaire en déshonorant les filles ou en persécutant les fils des barons chypriotes. Une conspiration fut tramée contre sa vie, et Pierre tomba sous les coups des conjurés le IC janvier 1369.
Avec Pierre I disparait la grandeur des Lusignans. Dès lors commence une période de divisions intestines et d’invasions étrangères qui finiront par faire tomber le sceptre des mains de celte illustre famille.
La minorité de Pierre II, fils de Pierre I, fut troublée par les intrigues de sa mère qui s’irritait qu’on lui eût préféré pour la régence Jean, prince titulaire d’Antioche, frère du feu roi. Devenu majeur, Pierre II, nommé aussi Pierrin par les historiens d’Italie, fut couronné roi de Chypre à Nicosie et roi de Jérusalem à Famagoiiste (13 janvier, 2 octobre 1372). Le jour mémo de ce second couronnement, une rixe survenue entre les Génois et les Vénitiens entraîna la mort de plusieurs Génois et le pillage de leurs magasins. Le roi lui-méme ayant pris parti pour les Vénitiens, Gênes mit en mer une flotte redoutable qui s’empara de Famagouste et de Nicosie et y exerça de terribles représailles. Pierre II tomba entre les mains des vainqueurs; mais ses deux oncles, Jean et Jacques s’enfermèrent dans les châteaux de Saint-Iiilarion et de Cérines, et repoussèrent toutes les attaques pendant que les paysans et les esclaves armés harcelaient les Génois dans la campagne. L’amiral Frégose eut alors recours aux négociations, et le roi, pour recouvrer la liberté, consentit à payer une rançon considérable en laissant Famagouste en gage entre les mains des Génois et en leur donnant pour otages les deux fils du prince Jean et plusieurs seigneurs de haut rang. Les Génois non contents de traiter les otages comme des prisonniers, saisirent en pleine mer le prince Jacques qui se rendait en Europe et le jetèrent dans un cachot. Les der-
nières années du règne de Pierre 11 furent marquées par l’assassinat du prince Jean que le roi sacrifia à la haine de la reine mère, par de vaines tentatives pour reprendre Famagouste, et par les succès des Turcs qui rentrèrent à Satalic et menacèrent Chypre. Le 17 octobre 1382, Pierre II mourut sans enfants et à la fleur de l’ftge.
Le successeur naturel de Pierre était son oncle Jacques alors prisonnier des Génois. La haute cour le reconnut , mais seulement en qualité de sénéchal, et déféra la régence à un baron nommé Jean de Bries. Jacques , impatient de sortir de prison , souscrivit aux conditions onéreuses que les Génois lui imposèrent. Outre le paiement des sommes stipulées pour la rançon de Pierre II , ils exigèrent la cession pure et simple de Famagouste et la fermeture presque complète des autres ports du royaume. A ce prix Jacques recouvra la liberté; il débarqua à Cérines le 23 avril 1383 et fut couronné en grande pompe à Nicosie. La cérémonie de son couronnement comme roi de Jérusalem fut retardée de plusieurs années par la vaine espérance de reprendre un jour Famagouste. Bientôt la mort de Livon , dernier roi chrétien d’Arménie, vint placer une troisième couronne sur la tête de Jacques I { 1393); mais ce nouveau titre que les rois de Chypre prirent dans leurs actes officiels était aussi illusoire que celui de rois de Jérusalem; car la forteresse de Gorhigos, la seule que les chrétiens possédassent encore en Arménie , ne tarda pas ii tomber entre les mains des musulmans. Aucun événement important ne signala du reste le règne de Jacques I,*qui en 1398 laissa sa triple couronne à son fils Janus, né pendant sa captivité à Gènes.
Ce dernier prince est appelé indifféremment par les historiens Jean ou Janus; mais les documents authentiques et les monnaies' éUr blissent évidemment que le nom de Janus est le seul qui soit exact A peine ftgé de vingt-cinq ans à la mort de son père, le nouveau roi annonçait un brillant courage qui faisait augurer un règne prospère, et pourtant il n’y en eut pas de plus malheureux. Aussitôt après son couronnement , il s’occupa de chasser les Génois de Famagouste ; mais le maréchal de Boucicaut , qui commandait toutes les forces de la république depuis que les Génois s'étaient mis sous la protection
' An droil lAN... PA. Le rcii assis sur un irSne, la li'le fontenc d’nnc contonne i trois (leorons («iiaDt de la main droUe un seeptre fleurdelisé, de U gaoebe uo gkibe croeigère; an revers + Il LA GRACE DE DIE ROI. Croix potcncéc de Jérusalem, ctnlonnée de quatre croisillons. (Motiunic d'ar* gent do cabinet de M. Borell, b Sicjrne, décrite par M. de Sanlcy, Nmimattqu éft eroituüct,
de la France , accourut au secours de la ville , mit les Cliypriotes en déroute, et se serait même emparé de Nicosie sans l’intervention du grand maître de Rhodes qui fit conclure une paix précaire (1403). Les hostilités recommencèrent bientôt et durèrent sans résultats décisifs Jusqu’en 1414, époque où Janus fut obligé de conclure un traité pins onéreux que le premier.
Un nouvel ennemi vint alors fondre sur l’ile de Chypre. Le Soudan d’Égypte, irrité des dévastations que commettaient sur ses côtes les pirates génois et catalans , se plaignit du secours qu’ils trouvaient dans les ports de Chypre, et demanda au roi une satisfaction que celui-ci ne voulut ou ne put pas lui accorder. Rompant aussitôt la paix conclue précédemment avec Janus, il envoya en Chypre une armée nombreuse qui s’empara de Limisso et marcha sur Nicosie. Janus essaya d’arrêter la marche des Égyptiens; mais il fut battu et fait prisonnier près du Vasilipotamo (1426), et Nicosie sans défense fut prise et horriblement saccagée. Telle fut, après le départ des Égyptiens , la détresse du royaume qu’on ne put réunir les vingt mille ducats exigés par le Soudan pour la rançon du roi, et Janns ne dut sa liberté qu’au dévouement d’un riche baron qui sacrifia toute sa fortune. De retour à Nicosie , il tomba dans une mélancolie profonde et ne s’occupa plus qu’à recueillir à force d’économie l’argent nécessaire pour racheter ses compagnons de captivité.
Son fils Jean II, qui lui succéda en 1432, était un prince d’un esprit borné , incapable de relever un Ajyaume appauvri et chancelant. Sa mère, Charlotte de Bourbon, gouverna d’abord avec habileté et énergie; mais, à la mort de cette princesse, le roi s’abandonna entièrement aux conseils de sa femme, Hélène Paléologue , qui remplit la cour de favoris grecs et protégea le clergé grec aux dépens du clergé latin ; aussi la noblesse chypriote vit avec joie le mariage de Charlotte, fille unique de Jean, avec le prince Jean de Portugal dont 'a sagesse et la bravoure faisaient espérer un gouvernement plus .lational ( 1 4.^3 ). En efiiet Jean obtint un grand ascendant sur l’esprit de son beau-père ; mais fl mourut bientôt empoisonné par les amis de la reine, et celle-ci reprit tout son empire dont elle se servit pour persécuter un b&tard du roi nommé Jacques. Ce jeune prince ambitieux et remuant avait été forcé d’entrer dans les ordres et avait reçu à dix-sept ans le titre d’archevêque de Nicosie; mais le caractère sacré dont il était revêtu ne l’arrêta pas dans ses projets; il
iSI
chercha à se créer des partisans, et ses démêlés avec la reine préparèrent les malheurs du règne suivant.
Quelques jours après que Charlotte fut devenue reine de Chypre par la mort de son père (IA58), ses partisans prirent les armes et pillèrent la maison du bâtard , tandis que celui-ci cherchait à s’emparer du palais. Instruit que la haute cour voulait s’assurer de sa personne, Jacques se sauva de Nicosie , gagna le port des Salines, et de là se rendit en Égypte où il mit dans ses intérêts le Soudan du Caire qui lui confia une flotte et une armée. Cependant Charlotte s’était remariée à Louis de Savoie, comte de Genève; mais ce nouvel epoux, aussi faible d’esprit que de corps, ne sut prendre aucune mesure définitive. Abandonné au milieu de l’épouvante générale , il se retira avec la reine dans le château de Cérincs, pendant que Jacques s'emparait sans résistance de Bafib, de Limisso et de Nicosie (1460). Charlotte, qui conservait dans son âme l’ancien courage des Lusignans, se défendit avec énergie ; on la vit aller demander des secours à Rhodes , en Savoie , à Mantoue où se trouvait le pape, ramener à Cérincs des renforts et des vivres, et reprendre Bafib; mais la trahison rendit ses efiorts inutiles. Cérines fut livré aux assiégeants pendant qu’elle était retournée à Rhodes, et la malheureuse reine fut réduite à traîner un vain titre dans un exil aussi long que sa vie' (1464).
Jacques, libre possesseur du trône sous le nom de Jacques O, chercha à faire oublier les moyens qu’il avait pris pour y parvenir et à efiacer par sa conduite le reproche ou le soupçon d’apostasie*. Profitant des divisions intestines qui affaiblissaient les ressources des Génois, il reprit Famagouste que ceux-ci possédaient depuis quatrevingt-dix ans, et rendit ainsi au royaume de Chypre son intégrité. Par son mariage avec Catherine Cornaro, fille d’un patricien de Venise, il eut probablement pour but de trouver un point d’appui au dehors en se conciliant l’éternelle rivale de Gênes, mais il ne prévit prs qu’il ouvrait ainsi la porte à de nouveaux envahisseurs. Au retour d’une partie de chasse, Jacques fut pris d’une fièvre violente qui
■ Elle Onit pir se retirer il Rome, oii elle mourut en U88. Deux uns ixant sa mon, elle c^la tous s«5 (droits aa duc Charles de Savoie, et c'est depuis ce temps qae les souverains do Pièmoni ont ajoaié a leors litres ceux de rois de Jérasaleœ, de Chypre et d’Anuéiile.
’ Voir, poor son coorotiDement an Caire et poar le sermefll qo'U prêta cotre les mains des Namdacks, VIlisMre da croimia, t. IV, p. 27, 28.
lllSïOlUE DES CROISADES.
l'cniporla à l'Age de trente-trois ans (5 juin 4473), au moment où son aiituriiû solidement affermie semblait promettre un règne long et brillant. Catherine alors enceinte fut reconnue régente, et l’enfant dont elle accoucha quelques mois après fut proclamé roi et nommé Jacques 111. Aussitôt on vit renaître les troubles inséparables d’une V>nguc minorité. Pendant que les anciens partisans de Charlotte l’excitaient à reprendre scs États, Fabrice, archevêque de Nicosie, entreprenait de faire passer la couronne sur la tête du roi de Naples, s’emparait de Nicosie et menaçait la reine dans le palais de Famagouste. Catherine ne fut délivrée que par les galères vénitiennes j mais le petit roi étant mort sur ces entrefaites avant d’avoir atteint sa deuxième année, les Vénitiens s’opposèrent à ce que l’on choisit un souvierain dans la famille des Lusignan , maintinrent Catherine sur le trône ou plutôt régnèrent en son nom et surveillèrent rigoureusement toutes ses démarches. Lorsque enfin ils pensèrent que le peuple était sulbsammeat préparé à leur domination, ils firent signifier à Catherine, par son frère Geoi'gc Comaro, qu’elle eût à abdiquer. Celle-ci, pressée de se soustraire à une tutelle humiliante, s’embarqua pour Venise, et en arrivant remit entre les mains du doge, dans l’église de Saint-Marc, l’acte authentique par lequel elle cédait le royaume de Chypre à la République (mars 1489). Dès lors l’ile resta entre les mains des Vénitiens jusqu’à sa conquête par les Turcs.
Ainsi fut consommée cette usurpation ; ainsi s’éteignit la dernière famille française qui rappelât encore dans les mers de l’Orient les glorieux souvenirs des croisades.
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