‹ Histoire des croisadesChapitre 47 sur 213 · ESPRIT DES CROISÉS · texte numérisé non relu

ESPRIT DES CROISÉS

oüs avons souvent parlé de cet enthousiasme religieux et guerrier, de cette dévotion belliqueuse qui ébranla l’Occident. Nous parlerons ici des sentiments qui animaient la chrétienté en présence des guerres saintes. Il ne s’agissait pas de combattre pour les royaumes de la terre , mais pour le royaume du ciel ; les croisades n’étaient point l’affaire des hommes , mais celle de Dieu lui-même. On ne devait point, d’après cela, les juger comme les autres événements humains. Ce qui doit nous paraître étonnant , dans le siècle où nous sommes , c’est l’opinion qu’on avait alors de ces guerres lointaines , et la persuasion où l’on était que la gloire divine s’y trouvait intéressée : aussi nos bons aïeux , lorsque les expéditions d’Orient trompaient leur pieuse attente , n’osaient consulter leur faible raison , et ne pouvaient comprendre les triomphes des musulmans. Qu’on se rappelle le désespoir de cette multitude de pèlerins qui allaient rejoindre en Syrie les compagnons de Godefroy et qui apprirent tout à coup sur leur route que toute l’armée chrétienne allait périr dans les

iOi lIISTÜlUE DES CROISADES.

murs (i’Anlioclie. La cUiilc du monde aurait jeté moins de trouble et de désordre dans leur esprit. Nous avons peine à croire les ehroni(|ues du temps, lorsqu'elles nous l’eprésentent une foule de pieux chevaliers, des clercs et des évêques, suspendant durant plusieurs jours les cérémonies l'eligicuses , et n’osant ni prier ni interroger le Dieu des clu'étiens, qu'ils accusaient d'avoir abandonné sa propre causfi

Lorsrju’on apprit en Europe les malheiu-s de la seconde croisade , 1a France éplorée s'en prit à suint Bernard , qui avait prêché la guerre sainte. Dans une apologie adressée au saint-siège , l'abbé de Clairvaux exprime avec une chaleur éloquente la surprise et la douleur que lui causaient les revers des chrétiens. U lui semblait cpie Dieu avait jugé les hommes avant le temps, et qu'il s’était repenti, comme au premier Age du monde , de son propre ouvrage. l’ourquoi, disait-il, le Seigneur irrité n’avait-il point pardonné à son peuple? Pourquoi n’avait-il point épargné la gloire de son nom? Les nations infidèles qui avaient vu les enfants de l’Église dispersés sur des terres inconnues, moissonnés par le glaive ou par la faim, se disaient entre elles : Où est donc leur Dieu! La passion avec laquelle l’apôtre de la croisade croyait à la sainteté du ministère qu’il avait rempli , lui faisait demander à la justice divine si elle avait dédaigné ses jeûnes, si elle avait ignoré ses humiliations et ses prières. L’éloquent cénobite s’étonnait que Dieu ne fit point de miracles ]>our confondre les impies j et, dédaignant de répondre à ceux qui refusaient de croire à la vérité de sa mission : a Répondez jxtur moi, K. disait-il au souverain pontife , répondez pour vous et iwur Dieu a lui-même *. »

Nous retrouvons les mêmes sentiments dans plusieurs écrivains du moyeu Age qui ont parlé des croisades et qu’on doit regarder comme les fidèles interprètes de leurs contemporains. Quoi(pi’ils ne s’expriment point avec la même énergie et la même audace de conviction que l’abbé de Clairvaux, leur témoignage ne mérite pas moins d’être rapporté. L’auteur des Gestes de Louis VII, après avoir raconté la défaite des armées chrétiennes dans l’Asie Mineure , déclare que les jugements de Dieu ne doivent jamais être censurés , c mais que, néanmoins, il parait extraordin^re à la faible rai.son des

■ ToilelNMle, Rijnxmd d’Agilef, Rolwrtie Moine {BiWtlhiq»e du Crtitada).

* SaiA'sOmard. U«. CoiuideroiioMi,

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