LIVRE VINGT-DNIEME
tenait lieu des lois cllcs-nièmcs. Celte opinion-était, en quelque soi-te, comme une providence qui veillait au maintien de l’ordre public, présidait aux préparatifs de la guerre et conduisait les événements.
Dans la seconde croisade, la prédication de l’abbé de Clairvaiix et les plaintes des chrétiens d’Orient excitèrent encore un vif enthousiasme parmi les Qdèles ; mais cet enthousiasme eut quelque chose de plus régulier que dans la première expédition. Les conseils de suint Bernard et son refus de conduire en Asie les guerriers de la croix, furent mt véritable hommage rendu à l’autorité de l’expérience comme à l’autorité des princes. Les croisés d'Allemagne et de France se rangèrent sans trouble et sans désordre sous l'étendard de Louis VII et de l'empereur Conrad. En parlant des députés que Louis le Jeune envoya à l’empereur de Constantinople, Odon de Deuil dit qu’il ignore les noms de ces ambassadeurs, parce qu’ils n’ont point été écrits sur le livre de route. Nous voyons par là qu’il existait dans la seconde croisade un registre, ou, comme on l’appelait alors, un rôle sur lequel étaient inscrits les noms de tous les croisés, ou du moins de ceux qui portaient les armes. Dans la troisième croisade, les grands donnèrent l’exemple de leur dévouement à la cause de Jésus-Christ, et de toutes parts la multitude des pèlerins se présenta pour les suivre. L’Europe semblait attendre des chefs pour se précipiter sur l’Orient, et les princes se trouvèrent dès lors en possession de diriger les armées de la croix. La défense faite en Allemagne de recevoir dans l'armée chrétienne les pèlerins qui n’emportaient pas avec eux la valeur de trois marcs d'argent, prouve d’une part qu’on prenait des précautions, de l’autre, qu’on reconnaissait une autorité à laquelle les pèlerins devaient obéir ' . En France et en Angleterre, les serfs, les laboureurs, les bourgeois des villes, ne pouvaient prendre la croix sans la ]>ermission de leurs seigneurs Tous les croisés qui n’obtenaient pas cette permission étaient condamnés à payer la dlmc saladine comme ceux qui restaient en Occident, preuve évidente que les chemins du pèlerinage n'étaient pas ouverts à tout le monde comme dans la première guerre sainte, et que le grand mouvement des croisades commençait à se régler par les lois et les usages établis. Plus tard le cardinal de Courçon, qui prêcha en France la guerre sacrée, voulut faire des règlements au nom de la croix, et cette conduite du légal fut
' OilOD de Saint-Bbise [ ItibiûAkéqw des Crsisadss ].
' Cervaii, CoU. des chroniqDcs an(biie< ^BMiothégiu du Croisada).
regardée comme une véritable usurpation des droits du prince Il nous reste à ce sujet une correspondance entre le saint-siège et Philippe-Auguste, qui nous représente le roi de France suspendant le départ des croisés et le pape obligé de recourir à la prière pour que la croisade ne souiTre ni obstacle ni retard L’histoire contemporaine ajoute que les prédications du légat romain ne portèrent que peu de fruits pour la guerre sainte, et qu’en donnant la croix à tous ceux (]ui se présentaient, il mécontenta les chevaliers et les barons ’, ce qui achève de démontrer que les croisades dépendaient chaque jour davantage de l’autorité des grands et des monarques.
On sait que la plupart des croisés allemands partirent avec Frédéric Barberoussc, et que, quand Frédéric expira, l’armée victorieuse qu’il conduisait se dispersa et disparut avec son illustre chef. L’empereur Henri VI se fit reconnaître pour chef de la quatrième croisade, en prenant l’engagement de donner à chaque croisé trois onces d’or, et des vivres pour un an ; quand ce prince mourut dans la Fouille, tous les pèlerins qu’il avait envoyés en Orient se hâtèrent de revenir en Europe, malgré les efforts que fit le saint-siège pour les retenir sous les drapeaux de la croix *.
Nous trouvons dans une chronique d'Italie un état des soldats que devaient fournir tous les prélats du pays de Naples à la croisade de Frédéric II Dans une chronique de Brème, il est dit que le pape, de concert avec l’empereur d’Allemagne, arrêta que les ducs, les archevêques et évêques, les comtes et les barons, fourniraient un certain nombre de guerriers pour secourir la terre sainte. La ville de Brême fournit son contingent, qui fut conduit en Asie par deux consuls, et reçut de l’empereur des armoiries particulières pour les services rendus pendant le siège et la prise de Sidon. Après la conquête de Damiette au temps de Jean de Bricnne, la ville de Harlem obtint aussi quelques privilèges du chef de l'Empire comme prix des exploits par lesquels ses citoyens s’étaient distingués en liigyi)te ’.
On doit conclure des faits qui viennent d’être rapportés qu’on avait appliqué aux guerres saintes les usages du système féodal. De mémo
> M. da Tbeil, Notices des rnsBOScrits, t. VI.
’ Spicilcge de d'Adier; [BiMolkèque de* Croisades).
* M. da ThcH, Notices des nianosails, t. VI.
* hèsumé des actes des papes dans les croisades {BiNiofkèfW des Croisades )•
* Chronique de Nèriio ( Bihliolhè^ue des Croisades),
* Grande Cbrooiqoe de Btèïoe [Biblio/hiqne des Croisades),