LIVRE VINGT-ÜMÈ.ME
chefs ne communiquaient pas toujours entre eux. On se rappelle comment les premières bandes des croisés et les troupes de Louis Vil et de Conrad périrent dans l’Asie Mineure; plus tai-d deux armées, celles de Jean de Brienne et de Louis IX, furent vaincues sur les bords du Nil , parce qu’on avait négligé d’entretenir des communications avec Damiette , d’où elles étaient parties.
Nous n’avons pas assez de notions positives pour faire la description exacte d’un camp au moyen âge et dans les guerres saintes. Un camp, suivant la position des lieux, devait avoir une forme carrée , triangulaire on demi-ronde ; la forme quadrangulaire oblongue était la plus propre à la défense. L’enceinte du camp était environnée d’un fossé de neuf pieds de large et de huit pieds de profondeur; on construisait autour du camp dos murs de terre, de trois pieds de hauteur, au-devant desquels étaient plantées des palissades faites avec des pieux. Pour asseoir un camp, on avait coutume d’éviter les bords des torrents, les plaines trop arides, le voisinage des montagnes. Louis VII et l’empereur Cx>nrad furent obligés de lever le siège de Damas, parce qu'ils avaient placé leurs tentes dans un lieu où ils manquaient d’eau. Les chroniqueurs de la troisième croisade parlent beaucoup du camp devant Ptolémaïs : il ressemblait à une vaste cité ; on y avait constniit tant de fortifications, que, selon l’expression d’un témoin oculaire, les oiseaux ne pouvaient y pénétrer.
Les batailles que nous avons décrites dans notre Histoire ont déjà pu donner une idée de la manière de combattre des croisés. Tout le monde sait que dans le moyen âge la cavalerie formait la véritable force des armées. Les chevaliers do la croix n’avaient plus de confiance dans leur bravoure, lorsqu’ils perdaient leurs chevaux; nous les avons vus quelquefois monter sur des chameaux , même sur des ânes et des bœufs, plutôt <jue de combattre à pied. La cavalerie chrétienne avait toujours à sa suite une foule considérable de fantassins, que les chroniques désignent par le mot latin vuUjus, et qu’on employait utilement dans les sièges.
Dans les grandes batailles, les guerriers de la croix ne distinguaient ni l'aile droite, ni l’aile gauche, ni le centre de l'armée; ils étaient le plus souvent divisés en plusieurs corps , et chaque corps était commandé par un chef qui suivait les instructions arrêtées dans un conseil. Robert le Moine nous apprend qu’à la bataille livrée à Kerbogath, l’armée chrétienne s’avança contre l’ennemi rangée en
forme pjTamidalc, ou plutôt en forme de coin. Raoul de Caen fait honneur à Tancrèdc de la victoire de Dorylée , et rapporte que le héros normand mit le désordre ]>armi les musulmans, en s’emparant des lieux élevés. Nous ne sommes point assez éclairé pour apprécier ' le talent militaire que déployèrent ceux qui commandaient dans les guerres saintes ; mais il nous semble que les batailles d'Antioche et d'.Asralon, celles de la troisième croisade, attestent la présence des chefs les plus exi>érimentés ; nous ne pouvons nous empêcher de dire qu’on ne reconnaît pas la même habileté dans les batailles malheureuses de Tibériade et de Mansourah.
I.ÆS imisulmans ne marchaient jamais à l’ennemi qu’en poussant des cris horribles, en frappant avec force leurs Ijoucliers, leurs tambours et leurs timbales. Les historiens disent que ce fracas, qui avait pour objet d’animer le courage des gueniers, leur inspirait l’i\Tesse ou plutôt la fureur de la victoire. Le sultan de Nicée, que les Francs avaient vaincu plusieurs fois, nous dit comment ceux-ci se itréparaient au combat, a Ils élevaient leurs lances, marchaient à la file, a et SC taisaient comme s’ils eussent été sans voix j lorsqu’ils approa chaient de l’ennemi (nous répétons les paroles du prince musul- 0 man), ils se préci[)itaient comme des lions poussés par la faim,
« grinçaient des dents, remplissaient l’air de leurs cris belliqueux'. » Quelquefois les musulmans ouvraient leurs rangs comme pour laisser passer l'ennemi , et pour l’accabler ensuite de leur multitude. D’antres fois, ils combattaient en fuyant , et s’efforçaient d’attirer les chrétiens dans des embuscades. La pensée d’une fuite, même simulée, réjuignait à la bravoure des Francs. « Il y a des gens , dit un de O leurs historiens, qui regardent cette tactique des Turcs comme une « habileté; mais cette habileté n’est au fond que de la perfidie »
Les croisés ignoraient les ruses ou les stratagèmes de la guerre , et Saladin lui -même leur reprochait d'avoir négligé ce moyen de vaincre. Se précipiter sur l’ennemi qu’ils avaient devant eux et l’attaquer à force ouverte, voilà toute leur tactique. Richard ayant ordonné, à la bataille d’.Arsur, d’itltendre un signal convenu pour fondre sur les ennemis , les chevaliers chrétiens se désolaient, et, lorsque l'année musulmane vint à menacer leurs rangs , o il n’y eut
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