DISCIPLINE DES CROISÉS
AUDRi et Robert, historiens de la première croisade, nous disent qu’après le siège d’Archas et pendant que les croisés s’avançaient vers Jérusalem, on punissait ceux qui manquaient aux lois de la discipline, et qu’on les enseignait à ceux qui ne les connaissaient pas’ ; voiKi tout ce qu’ils nous apprennent de la discipline des soldats de la croix.
On a pu remarquer dans rhistoire des croisades que les guerriers chrétiens s’instruisaient surtout h l’école de l’adversité. Lorsqu’ils éprouvaient des revers, ils revenaient tout à la fois à la crainte de Dieu et à la crainte de leurs chefs, à l’Évangile et à la discipline. Odon de Deuil se plaît à décrire l’ordre qui régnait dans l’armée de Louis VII, après qu’elle eut été surprise et vaincue près de Laodicée. On avait assigné à chacun son poste, qu’il ne quittait point; personne ne sortait de son rang, pas môme pour repousser ratta(|uo des Turcs; beaucoup de nobles qui avaient perdu leurs chevaux, s’étaient armés de l’arc et se rangeaient parmi les pèlerins à pied. Le roi lui-môme, maitre des lois, se soumettait à la discipline comme les soldats, et, suivi d'une troupe valeureuse, se portait partout où l’appelait le danger de ses compagnons d’armes.
' Voyez le Ht IV de noire Histoire.
Souvent il s’élevait des divisions entre les chevaliers ou les guerriers à cheval et les croisés à pied. Les travaux auxquels l’infanterie était employée, surtout dans les sièges, les combats qu’elle soutenait avec avantage, la remplissaient d’une confiance aveugle, et l’orgueil la disposait à mépriser ses chefs. Nous avons vu qu’au siège de Ptolémaïs, une foule indisciplinée sortit tout à coup du camp, malgré l’ordre des comtes et des barons, contre lesquels on avait excité sa jalousie; elle méprisa l’excommunication des évêques, et se précipita en tumulte vers l’armée musulmane, qui tua cinq mille de ces agresseurs imprudents’. Un chroniqueur fait à ce sujet une réflexion qui peint fort bien la multitude de tous les temps et de tous les pays : « La fureur, dit-il, l’emporta sur la prudence, l’impétuosité sur la « raison, le nombre sur l’autorité. Toutes les fois, ajoute le même « historien, que le peuple est entraîné par une passion, il prend la « témérité pour du courage, et ne voit pas de meilleur parti que celui « <(u’il adopte. Dans son imprévoyance, il évite celui qui veut l’arrê- « ter, et méprise celui qui veut le conduire^. » Au siège de Damiette, où commandait Jean de Brienne, la foule des croisés à pied se plaignit de l’inaction des chevaliers, et s’attribua la gloire de tous les coiubals livrés aux musulmans; les nobles et les chevaliers, tous les guerriers qui combattaient à cheval, ne purent supporter les plaintes et les prétentions injurieuses des fantassins. A la fin les esprits s'échauflent, et, pour terminer la querelle, les fantassins et les cavaliers sortent du camp, tous impatients de signaler leur valeur et de vaincre les musulmans. On marche à reniiemi dans le plus grand désordre; la bataille est commencée, lorsque les chefs délibèrent encore. Mais bientôt la plus horrible confusion s’introduit dans les rangs, et l’aveugle confiance se change tout à coup en une terreur panique. Le roi de Jénisalem, qui cherchait à rallier les combattants, faillit être briïlé par le feu grégeois; un grand nombre de cavaliers et de piétons perdirent la vie ou la liberté, et les tètes de cinq cents guerriers de la croix, séparées de leur tronc, remplies de sel, furent envoyées au sultan du Caire. « C’est ainsi, dit un chroniqueur, que Dieu fit jus- « tice des croisés, qui étaient sortis du camp non i>ar l’amour pour « lui, mais par le sentiment d’une vaine gloire’. »
' Gaulhter Vinisauf, Coll, des chroniqaes angliiisos {Bibliolhèquc des Croisades),
» Gauthier Vinisauf ( Bibliothèque des Croisades ).
> Mèni'jrial des podestats de Reggio, Coll, de Muratori [Bibliolhique des Croisades ).