‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 107 sur 323 · Dans l'Océan Indien · texte numérisé non relu

Dans l'Océan Indien

chirent La peau jusqu'au sang. Los (Maintiennes aussi avaient recours à des moyens pareils pour témoigner leurs regrets; mais comme elles tenaient à ne se point enlaidir, elles ne s'attaquaient pas à leur visage, et se bornaient à s'inciser la peau de la tète.

Plusieurs des usages rapportés sont moins violents, mais des plus touchants : c'est ainsi que les orphelins recueillent sur un morceau d'étoffe les larmes qu'ils versent, et les offrent comme ex-voto à l'esprit envolé.

Les femmes, dit le même voyageur, s enfoncent dans la peau de la tête des dents acérées de requin et étanchent le sang avec des linges qu'elles déposent sur le défunt : ainsi firent à peu près les Huns quand, à la mort d'Attila, ils coupèrent la moitié de leurs cheveux « et tirèrent du sang de leur visage », afin de mieux honorer ce guerrier fameux. Quand on porte en terre un Circassien, les parents se font sur le corps des incisions avec des cailloux tranchants. Les insulaires de Mindanao et les Géorgiens se contentent de se raser la barbe et les sourcils.

Les usages du deuil veulent aussi que le fils australien, au décès de son père, s'enlève une phalange, se blesse d'une arme tranchante, ou au moins s'arrache une ou deux dents. Quant aux femmes, elles se peignent le visage avec une terre blanche, appelée tarar, et chantent sur un ton plaintif les lamentations suivantes : « Pourquoi avoir enlevé à cet homme ce qu'il avait de plus cher au monde, la vie? » — « Quel crime avait-il commis pour être puni si sévèrement? » — « Qui donc lui a causé un si grand dommage?... »

Assises autour de la couche funèbre, chacune en signe de douleur appuie sa tête sur l'épaule de sa voisine. Puis on songe à donner la sépulture ; parents et amis concourent à creuser la fosse. La tranchée, dirigée du levant au couchant, est profonde d'environ cinq pieds, et de forme ovale. Ils dégagent la terre avec Yuana et d'autres outils fourchus; pour l'extraire, ils emploient un court morceau de bois concave appelé mircal, qui leur sert tout ensemble d'assiette, de récipient pour boire, et d'outil.

La fosse étant disposée, les indigènes y allument un petit feu, comme sorte de purification de la tombe; ils approchent un

tison ardent de l'extrémité des doigts du défunt, et lui arrachent les ongles, qu'ils déposent dans un petit trou près de la fosse. « Cette opération, écrit le Père dom Déranger, doit servir à reconnaître le mort lorsqu'il reviendrai, ce monde [ » . Ensuite avec les feuilles du pataca, herbe filamenteuse, ils lui lient fortement les poignets, de manière que les deux pouces se touchent , et ils lui attachent les jambes au-dessus du genou. Ainsi préparé le cadavre est revêtu de peaux de kangourous, et placé avec d'infinies précautions au centre de la tombe, la tête tournée vers l'orient ; enfin les membres inférieurs sont ramenés en arrière de façon que les talons touchent le bas du dos. Dans cette posture, et selon la belle expression des indigènes : le mort attend...

En résumé, la touchante vénération des hommes à toutes les époques pour les tombeaux, le culte constant dont ils entourent la dépouille ou les cendres de leurs ancêtres, est une preuve directe, et en quelque sorte scientifique, de la croijance générale à ï existence de rame.

En effet, pratiques avant tout, égoïstes par nécessité et ignorants des conventions sociales, les hommes protohistoriques (aussi bien que les sauvages du continent noir) n'eussent ressenti certes nul souci de leurs morts, s'ils n'avaient eu au cœur cette notion formelle de la survivance de l'Esprit, triomphant du néant par l'Immortalité!

« La bête connait-elle le cercueil et s'inquiète -t-elle de ses cendres? Que lui font les ossements de son père, ou plutôt saitelle quel est son père, après que les besoins de l'enfance sont passés? D'où nous vient donc la puissante idée que nous avons du trépas? Quelques grains de poussière mériteraient -ils nos hommages...? Non sans doute! Si nous respectons les cendres de nos ancêtres, c'est parce qu'une voix nous dit que tout n'est pas éteint en eux. Et c'est cette voix qui consacre le culte funèbre dans toutes les nations de la terre, car toutes sont également persuadées que le sommeil n'est pas éternel, même au tombeau, et que la mort n'est qu'une transfiguration glorieuse 2. »

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