C. Améro, J. des V
Le berceau réservé au jeune Patagon Lien constitué, consiste en une planche sur laquelle il est lié par des courroies; les mères peuvent ainsi le porter aisément sur leur dos.
A quatre ans, l'enfant conquiert sa place dans la tribu p;ir une sorte d'initiation. Un personnage important lui perce les oreilles, et fait à chacun des convives une incision à la première phalange de l'index : les quelques gouttes de sang qui en sortent sont offertes à une divinité. De ce jour, le jeune Patagon sort des mains des femmes pour passer dans celles des guerriers. On lui apprend à monter à cheval. A cinq ans, il se tient assez bien en selle pour suivre la tribu dans les razzias lointaines. Bientôt son père lui montre à manier diverses armes de chasse et de guerre : le lasso ou lacet de cuir qu'on jette pour saisir, au moyen d'un nœud coulant, un ennemi ou un cheval; les boules, pierres arrondies fixées à l'extrémité d'une longue courroie, et qu'on lance avec force comme un projectile, la fronde, et l'arc... Là se borne l'éducation du jeune Patagon.
En Océanie, le fils creuse à coups de hache un tronc d'arbre, ou dispose de grosses écorces en forme de canot grossier pour y enfermer le cadavre de son père ; et au lieu de le dresser devant sa demeure comme le faisaient les anciens Saxons, il confie à la mer ce cercueil d'un genre particulier, que le courant entraine vers le large où il se perd à l'horizon.
Si le sauvage de ces îles agit ainsi, c'est qu'il professe la croyance que le pays des ancêtres, la source de l'humanité est une région de l'Océan d'où ses pères sont venus pour occuper les terres de l'Océanie; et il veut que le défunt, poussé par des vagues propices, puisse regagner « au delà de l'Océan » les rivages de la mère patrie. Dans certaines lies de la Polynésie et de la Mélanésie, comme dans la Patagonie, on rencontre ce mode de funérailles : le fils porte, non pas en terre mais « en mer », la dépouille paternelle; et l'expression pittoresque « être mis à la voile » est devenue synonyme de trépasser.
Aux iles Sandwich, on n'embarque pas en fait les morts, mais on place près des tombes un débris de canot; dans la Nouvelle-
Zélande Le corps est logé dans une bière affectant la forme d'un bateau, bien qu'on Le garde à terre.
Mettre en barque ses défunts pour Les envoyer rejoindre les aïeux, est un fait considérable en faveur de l'unité de L'espèce humaine, remarque d'autant plus intéressante que, dans bien des endroits de l'Amérique, l'inhumation semble aussi avoir été précédée de rembarquement comme rite originaire. On peut citer notamment les Chonos de Patagonie qui 7 dans cette pensée, enterrent leurs morts dans des canaux près du rivage; les Araucans qui ensevelissent leurs chefs dans des bateaux, et les Peaux- Rouges qui placent les corps dans des pirogues attachées à deux arbres. Mais, entre tous, les habitants de la Polynésie se considèrent comme des exilés, comme des colons venus p a?* mer, à une date inconnue et d'une terre qu'ils ignorent, alors que l'on voit au contraire les peuples des continents attacher un intérêt capital à se dire autochtones1, à se créer une antiquité fabuleuse et à n'admettre, presque tous, que la restitution au sol natal des éléments en provenant, « le cadavre étant comme une semence, enterrée pour renaître à une vie nouvelle ».
Aux premiers âges de l'histoire les défunts, avons-nous vu, étaient déposés dans la terre , cachés dans des monuments ou momifiés, pour les préserver le plus possible de la destruction. Or dans quelques parties de la Polynésie, on suspend les morts aux arbres des forets et on en laisse dévorer la chair par les oiseaux de proie, comme jadis faisaient les Ibériens, au rapport de Slrabon.
N'y a-t-il pas là contradiction avec l'idée de conservation, pleinement justifiée d'ailleurs par la foi spiritualiste des peuples?
On répondra avec plusieurs auteurs, que les sauvages considèrent le squelette, la charpente humaine, comme étant le seul élément indispensable de l'être, les chairs, accessoire sans consistance, devant d'après eux se reformer facilement, si l'âme veut un jour ranimer son ancien habitacle. Souvent même les oiseaux qui décharnent les corps exposés, passent à leurs yeux
1. On appelle indigène l'individu né dans un pays, comme les créoles des Antilles; et par aborigène ou par autochtone, on indique l'homme du pays même , qui n'y est pas venu par immigration.
pour être des « messagers divins »>. En cela leur croyance rappelle celle des anciens Perses, qui réputaient maudite, en tant qu'appartenant à un méchant, à un corrompu, la dépouille humaine dont avaient refusé de se repaître les oiseaux carnassiers.
Dans la tribu des Belep, en Nouvelle-Calédonie , dès que le moribond a fermé les yeux, la famille paternelle prépare un paquet de peines-monnaie , qu'elle envoie aux parents maternels. « C'est ce qu'ils appellent ba mabout (perles des yeux fermés). Ceux-ci accourent sans retard et offrent un présent qui a reçu le nom de ba mandien nont (perles de la natte), c'est-à-dire le prix du linceul1. » Réunis autour de la triste couche, ils pleurent ensemble, pendant que les ensevelisseurs enroulent le cadavre dans la natte servant de suaire ; ensuite la famille se partage les richesses du défunt, c'est-à-dire les perles-monnaie. Les Tonkinois, eux, mettent dans la bouche du mort des pièces d'argent pour le cas où il en aurait besoin dans l'autre vie.
Une coutume qui n'est pas observée uniquement chez les Nouveaux-Zélandais, mais qui, nulle part n'est plus suivie, consiste à se faire des blessures au corps et même au visage, pour témoigner la douleur ressentie au moment de la perte de ses parents.
« A peine, écrit Cook2, avons-nous vu dans cette île quelques personnes dont le corps ne portât point de cicatrices par suite de cet usage singulier. Les blessures étaient quelquefois très larges et très profondes, et il y avait des individus qui en étaient comme défigurés. »
Ces mutilations des survivants, qui paraissent être assez générales dans la Polynésie, sont inspirées par un vrai culte filial. On raconte que les naturels des îles Yiti, à la mort du roi ou de leur père, sont tenus de se couper un doigt, soit aux pieds, soit à la main gauche ; ceux qui ne rempliraient pas ce devoir seraient considérés comme des lâches, et méprisés de tout le monde.
Les habitants de Ticou 3, quand meurent leurs parents, se dé-