M. Chevé
2. Nous ne parlons, bien entendu, ni des Lestrigons, ni des Cyclopes de V Odyssée, non plus que de l'histoire de Lycaon, ou de celle du fils de Tantale, tout cela appartenant au domaine de la mythologie.
vu de sauvages que dans leur imagination, ou dans les livres de voyageurs souvent fantaisistes; aussi mérite-t-il d'être rapporté textuellement.
S'expliquant au sujet dos pratiques qui nous occupent, et dont il a été le témoin attristé, le missionnaire n'hésite pas à, les qualifier « d'actes de dévotion farouche » inspirés surtout par une déviai ion du culte des ancêtres.
« Les tribus anthropophages, du moins celles que je connais, écrit-il. voient dans cette coutume sanglante un sacrifice qu'elles jugent agréable aux mânes de leurs aïeux; elles s'en acquittent avec un zèle féroce qui nous épouvante; mais enfin le mobile premier est bien celui-là1. »
Voilà certes un point de vue nouveau qui mérite d'être signalé.
Mais alors ! c'est donc la commisération qui doit prévaloir au récit des scènes horribles de cannibalisme, et non point la haine et le mépris pour ces pauvres égarés, dont il serait téméraire de juger la conscience avec les lumières de la Civilisation et le sentiment épuré de la Charité chrétienne, dont nos esprits ainsi que nos mœurs restent, malgré tout, imprégnés comme d'une sève généreuse et féconde.
Oui, si cette opinion est fondée, et comment en douter? on comprend le dévouement héroïque de nos missionnaires et le peu de cas qu'ils font de leurs jours quand il s'agit d'arracher les sauvages à ces aberrations odieuses! on comprend qu'au lieu de ressentir uniquement l'horreur qui, dans les salons, nous fait tressaillir d'indignation, le prêtre zélé, l'apôtre de l'Évangile, éprouve, lui, un attrait irrésistible, un ardent amour pour ces malheureux qui commettent d'effroyables forfaits, en obéissant docilement au fanatisme aveugle qui les inspire.
Et voilà pourquoi le missionnaire, brûlant d'une ardeur généreuse pour « ses frères du désert », sacrifie sa vie avec joie, avec enthousiasme même, en se disant que chaque goutte de son sang répandu sur le sol africain conjure peut-être une immolation humaine : œuvre de double rédemption! car en venant sauver les âmes au nom d'un Dieu bony il sauvegarde aussi en