Septembre
(Mi face la résidence des pp. du Saint-Esprit. On dut même garder huit jours dura ni les tombes du cimetière, pour empêcher 1rs indigènes d'eu déterrer les morts. 11 parait (pic les femmes N'asakaras, notamment, sont for! habiles à dépecer les corps, et I en griller et accommoder les Lambeaux, qui sont pour elles un régal des plus appréciés.
Terminons par quelques Lignes extraites d'une publication du P. A liai iv Mii- Le Congo : « .le ne décrirai pas le spectacle sans nom dont j'ai dû être, hélas! le témoin impuissant, quand j'arrivais trop tard dans les villages surpris par l'ennemi : des kêtes humaines séparées de Leur tronc, des membres habilement découpés, gisaient ça <'l là. Les infâmes vainqueurs se sauvaient chacun avec le morceau préféré, m'engageant à taire de même et s'étonnant de mon dégoût pour la chair de mes semblables : • Tu as tort! me répétaient-ils souvent, tu devrais y goûter; « après, tu en voudrais toujours, c'est si bon! — Tu vois cette « tète, me disait un de ces hommes, en caressant un crâne en- « core tout sanglant qu'il avait mis comme trophée au bout « d'une pique, devant sa case; c'est celle d'un tel que tu as bien « connu; nous l'avons rôti il y a trois jours; il était excellent...! « Tu aurais dû venir plus tôt pour en goûter. »
« Personnellement, ajoute le missionnaire, j'ai été plus d'une fois l'objet de la très inquiétante convoitise des cannibales. »
Faisons une importante remarque. L'anthropophagie n'a pas seulement pour cause un goût dépravé ou un sentiment de vengeance : en s'assimilant leur victime par la nutrition, les sauvages s'imaginent s'approprier du même coup ses qualités et ses tertus.
Cette idée contredit-elle celle que nous exprimions tout à l'heure, en ce qui concerne le désir de représailles guerrières...? Nullement! elle ne fait que la confirmer; car boire le sang de l'ennemi, c'est non seulement assouvir la haine qu'il inspire, mais c'est encore, pour le vainqueur, faire sienne la valeur martiale d'un combattant qui compte parmi l'élite des hommes de la tribu belligérante.
Rien de plus conforme à la rudimentaire psychologie des sauvages, que la croyance à cette virtualité et à cette transfu-
sion directe. Ainsi les Néo-Zélandais recherchaient avidement Y œil (/anche des vaincus; là, d'après eux, résidait l'âme du défunt (vaidoua) : « S'en nourrir, disaient-ils, c'est doubler son être. )>
Chez les Marquisiens, un officier de marine1 vit le roi, sur le conseil des féticheurs, avaler la chair d'un robuste indigène, accommodée avec du piment et des patates farcies, « afin de faire passer dans son corps décrépit et débile la souplesse et la vigueur de la jeune victime ». Chez ces insulaires les yeux humains étaient aussi réservés aux guerriers; et, à raison de la même superstition, le cœur devait être mangé cru, à la différence du reste du corps...
Ne serait-ce point sous l'empire d'idées analogues que, dans certains endroits des Abruzzes et ailleurs, les bergers, après avoir coupé l'extrémité des oreilles des chiens du troupeau, la font frire et avaler par leurs fidèles gardiens, pour les rendre désormais encore plus attentifs et plus vigilants?
Boire de l'alcool stimule les forces; absorber de l'opium les engourdit : donc, au regard de l'infime logique de l'homme grossier, manger un cœur doit donner du courage, et avaler une oreille, rendre l'ouïe plus fine.
Nous conformant au système que nous avons adopté, c'est-àdire cherchant à éclairer le passé à la lumière du présent , nous arrivons à cette conclusion : c'est que plus d'un peuple ancien 2 signalé comme cannibale (Scythes, Sarmates, Scandinaves) cherchait bien plutôt peut-être à s'assimiler les qualités de ses ennemis, dans un rite sanguinaire, qu'à se sustenter habituellement de leur chair.
Pour compléter cette étude, demandons à un missionnaire des plus autorisés, son sentiment intime sur le crime de l'anthropophagie qu'il a pu étudier sur place durant de longues années. Son témoignage, compétent entre tous, a plus de poids que les raisonnements de théoriciens et de philosophes qui n'ont jamais