‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 228 sur 323 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'intempérance, l'ivrognerie, la gourmandise. les triomphes des vertus contraires.

Préceptes de l'Ecclésiasle sur la tempérance. — La gourmandise chez les païens. — Les sepl cuisiniers fameux d'après Athénée, leurs spécialités. — Comment les anciens portaient des toasts : philotésie et chansons « obliques ». — Détails sur le brouet des Grecs, et la table des Romains. — Cicéron et la bonne chère. — Opinion d'Horace et de Sénèque. — Folles prodigalités des empereurs romains. — Ce qu'était le « garum » des gourmets. — La gourmandise en Chine, au Japon... —L'ivresse dans l'antiquité. — L'alcoolisme moderne en Europe : faits remarquables. — Les boissons enivrantes actuelles chez les divers peuples. — Histoire du jeûne et de l'abstinence depuis les Hébreux. — Recherches sur les agapes des premiers chrétiens. — Durée du jeûne d'après les anciens canons. — De la collation et des règlements concernant l'abstinence. — Édits relatifs à la vente de chair en temps prohibé. — Ce qu'on entendait par « lard de carême ». — Projet de carême laïc sous la première République. — Modalités du jeûne des schismatiques russes. — Description du ramadan : curieux textes des prescriptions musulmanes. — Jeûne légal chez les anciens Irlandais. — Abstinences héroïques des saints. — Ascétisme et mortifications extraordinaires...

Un philosophe grec disant un jour à l'un de ses amis : « On ferait un excellent ouvrage de ce que tu n'as pas su mettre dans ton livre. — « On en composerait un bien mauvais avec tout ce que tu as écrit! » repartit l'interlocuteur...

Comme nous ne voudrions pas encourir ce dernier reproche, on ne s'étonnera pas qu'ayant à faire ici une étude morale, nous écartions délibérément le spectacle du mal, pour nous occuper des « chemins » qui y conduisent d'une façon détournée; ear, selon la remarque de Bossuet, il n'est point utile de montrer en combien de manières on peut manquer à la vertu et à l'honneur.

En effet, par la description complaisante des fautes qu'ils

hl A ment et des vices qu'ils signalent, maints auteurs attirent, fixent l'attention du lecteur sur les actes, les épisodes et les méfaits qu'ils se proposent de dénoncer à sa réprobation ; et par là même, sans le vouloir, ils les gravent dans son esprit d'une manière aussi profonde que durable.

C'est ainsi que ceux qui assistent à l'horrible spectacle d'une exécution capitale, sont parfois moins impressionnés par la vue du châtiment que par l'idée du crime, idée saisissante, dont l'obsession tenace fait bientôt surgir des imitateurs résolus, parmi ceux-là mêmes qu'on espérait terrifier.

Dans Tordre moral, on doit distinguer plusieurs sortes de coupables.

D'abord, il est des gens à l'instinct dépravé qui, par goût, se précipitent dans le mal, comme il y en a qui se jettent dans un gouffre ou dans le vide, de propos délibéré.

D'autres préféreraient éviter la chute, mais aiment le danger : il ne leur déplaît pas de s'approcher, en curieux, des abîmes qui longent le chemin de la vie, se jugeant capables de contourner tous les obstacles sans nul encombre. Ils savent bien qu'il y a des pierres d'achoppement qui font choir; des ronces qui retiennent et déchirent le voyageur; des tempêtes qui le saisissent, l'enveloppent, et l'emportent parfois vers de redoutables barathres. Ils savent tout cela!... pourtant, dans leur forfanterie, ils veulent courir ces risques.

Mais (et c'est ici que nous entrons au cœur même de notre étude), il existe une pente insensible dont les abords sont aussi attirants que fleuris; la déclivité de la route est si peu accentuée que l'honnête homme s'y engage sans défiance. .. Il suit donc sans secousse, sans heurt comme sans inquiétude, les cavées de ces méandres séduisants, sans s'apercevoir qu'il descend peu à peu jusqu'en bas, et que bientôt il ne lui sera plus possible de résister à un entraînement, devenu irrésistible en quelque sorte, par une série de concessions délibérément consenties.

Voilà où mène souvent ce que l'on a appelé avec raison les chemins glissants... Pour être plus long, le sentier n'en a pas moins conduit le téméraire dans les fanges qui souillent toujours, et même enlizent quelquefois.

En résumé, nous analyserons et critiquerons seulement les influences de divers ordres qui, d'après Les philosophes e1 les moralistes, sonl L'occasion fréquente de défaillances, <>u y prédisposent d'une manière plus ou moins directe, c'est-à-dire : V intempérance, Vivrognerte, le théâtre, le roman, la danse, et le luxe.

1. V intempérance y ou recherche immodérée des satisfactions du goût, est l'un des plus grossiers, l'un des plus matériels des appétits, et celui qui rapproche le plus l'homme de l'animalité même. C'esl une passion dégradante en tout cas, qu'elle se produise sous la forme de la gourmandise qui alourdit et ruine l'organisme, ou de Y ivrognerie qui abrutit et abolit même l'intelligence.

L'amour de la bonne chère revêt des aspects différents :

Le « gourmand », proprement dit, est celui qui mange au delà du besoin naturel.

Le « gourmet », expert en fait de gastronomie, possède la délicatesse du goût qui lui permet de se prononcer sur les mets et les vins.

Le « friand » mange peu, recherchant plutôt les sucreries raffinées : c'est le poète de la gourmandise.

Le « goulu » absorbe avec avidité.

Le « glouton », lui, dévore sans apprécier.

Les premiers hommes vivant d'une manière très frugale, ignorèrent le stimulant des savantes préparations culinaires; quoi de plus simple que la nourriture des patriarches !

L'Ecclésiastique l contient de sages préceptes relatifs aux repas et à la tempérance : « Es-tu assis à un banquet, n'ouvre pas le premier la bouche. — Ne dis pas : Qu'ils sont nombreux les mets servis sur cette table I — Ne te presse pas trop ; use comme un homme modéré de ce qui t'est servi, de peur qu'en mangeant avidement tu ne t'exposes au mépris. — ...Si tu es assis an milieu d'un grande quantité de personnes, n'étends pas le premier la main sur la table; ne demande pas le premier à

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