‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 291 sur 323 · Ordonnance du 19 avril · texte numérisé non relu

Ordonnance du 19 avril

Parlons d'abord «les vertugadins ou sortes de crinolines.

Un poète comique grec, Alexis1, nous montre que l'usage en existait il y a vingt-deux siècles: le nom diffère, mais le procédé est le même, a Nos élégantes, <lil le poète, n'ont-elles pas

assez <le hanches? Elles t'ont coudre autour de leur taille de si volumineuses garnitures, que ceux qui les voient de loin se demandent si c'est une femme ou une tour qu'ils aperçoivent? »

Cet objet, importé d'Espagne au xe siècle, et connu en France Bous le nom de vertugadin, fut d'abord réservé aux personnes de condition. Sous Charles IX, Henri III et Henri IV, parurent divers édits le concernant.

On raconte qu'Henri IV dut la vie à un vertugadin... Rechercha par les égorgeurs de sa belle-mère Catherine, pourchassé dans le Louvre, il se tapit sous le vertugadin de sa jeune femme Marguerite de Valois; quand les soldats arrivèrent, ils se demandèrent, dit le chroniqueur, « comment il s'était envolé ». Et le Béarnais « riait sous cape ».

On fit allusion à cet épisode dans les médiocres vers suivants :

Fameux vertugadin d'une charmante reine,

Tu défendis un homme qui se défend sans peine;

.Mus ta gloire est plus grande en un plus noble emploi :

Tu sauvas un héros en recelant mon Roi.

Le vertugadin devint le « panier » du xvine siècle, en attendant que, changeant un peu de forme, il prit au xixe le nom de crinoline. Dans un discours sur la mode, écrit au commencement du xvne siècle2, on critiqua ainsi ces disgracieux appareils devenus populaires :

Le grand vertugadin est commun aux Françeoises Dont usent maintenant librement les bourgeoises, Tout de même que font les dames; si ce n'est Quavec un plus petit la bourgeoise parait.

1. Le poète Alexis vivait 290 ans avant J.-C; il fit, dit-on, deux cent quarante-cinq t. Ln Mode. 1613.

Car les dames ne sont pas bien accommodées Si leur vertugadin n'est large dix coudées.

En effet, sous Louis XIII les petites bourgeoises voulant se donner de l'importance, imitèrent les modes des personnes nobles; et les grandes dames pour se distinguer à leur tour, mirent des jupes d'une telle ampleur, que le Gouvernement d'alors s'en émut.

Les Édits n'étant pas exécutés, les Parlements durent sévir, à Paris et à Aix notamment. Un galant arrêt de cette dernière juridiction déclara même que « ces machines étaient déshonorantes pour la taille arlésienne, aux formes de la Vénus Callipyge »,

Les dames se soumirent, mais pas pour longtemps; et dès que la sévérité des Parlements sembla se relâcher un peu, la mode se généralisa plus que jamais.

Un jour, une femme Lacépède est citée devant la Cour. Elle se présente à la barre avec le corps du délit, croyait-on, c'est-àdire ornée d'une robe « séditieuse ment vaste ». La Cour s'indigne de cette audace et de ce défi. On interroge la coupable qui déclare humblement que l'exagération de sa corpulence est irréductible : « Sur quoi, dit le texte, la demoiselle est mise aussitôt hors de cause, sans vérification aultre. »

Un théologien1 a composé tout un traité contre les paniers, qu'il dénonce « pour dix raisons ». Et sa conclusion est que c'est là une parure contraire à la modestie et à toutes les bienséances.

Le Nouvelliste universel du 21 août 1724 a publié une « Instruction sur les paniers » , par demandes et par réponses 2. Donnons-en un court fragment :

« Dem. — Qu'est-ce que les paniers?

Rép. — Ce sont des cloches de toile, soutenues par des cercles de baleine, et dont les pieds des femmes semblent être les battants.

Dem. — Les paniers sont-ils commodes?

Rép. — Au contraire, ils sont désagréables en toute manière : dans les rues pour les passants, par le grand terrain qu'ils occupent dans les carrosses, puisque deux paniers remplissent un

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