Juin
seyante, la qualifia de couleur « puce » ; et aussitôt on vit à tous les étalages du taffetas de ce nom pour les habillements de luxe.
L'excentricité de certaines modes n'est donc pas inspirée par la seule fantaisie : en remontant à l'origine, on se rend compte presque toujours du motif qui l'explique. En voici encore quelques preuves.
Les filles de Louis IX avaient des pieds énormes : elles inventèrent les robes à traîne.
La femme de Philippe III était affligée d'un cou démesurément long, « long à humilier une cigogne » : elle imagina la mode des guimpes montantes.
Vers 1385, quelques hommes de la Cour se firent voir ornés de maheutres ou fausses épaules, pour dissimuler la difformité de leur buste, et ils cachèrent leurs pieds plats dans des bottes à bouts larges et arrondis.
La belle Ferronnière ayant une brûlure juste au milieu du front, fixa sur la cicatrice un bijou retenu par un fin lacet de soie.
Sous Henri II les princesses, atteintes d'un goitre, couvrirent de hautes fraises tuyautées leur infirmité repoussante.
Sous François II, la Cour étant peuplée de seigneurs obèses, on adopta pour les flatter, la mode de ventres postiches.
Les manches bouffantes furent imaginées pour atténuer la déviation des épaules; au contraire, la reine Anne d'Autriche en voulut de courtes, afin de laisser voir ses bras qui étaient d'un modelé remarquable.
Louis XIV avait, parait-il, une loupe sur la tête : voilà pourquoi on ne le vit jamais sans sa perruque; on la lui passait entre les rideaux avant qu'il sortit de son lit ; et aux courtisans venus pour le saluer à son petit lever, il ne se montrait que couvert de sa royale coiffure. A Versailles existait « le cabinet des perruques du roi ».
Mme de Pompadour étant de très petite taille, mit en faveur les mules à hauts talons1.
1. Mme de Pompadour dépensa en parfums jusqu'à 500.000 francs par an, l'étiquette sous Louis XV voulait qu'on en eût un nouveau chaque jour.
HISTOIRi: ANIVDOTIQUE DU LUXE. 527
L'impératrice Joséphine, gênée par la Laideur et l'irrégularité
de ses dents, lit admettre par la Cour L'usage d'un mouchoir de dentelle, qu'on tenait constamment sur la bouche, etc..
Les élégants, qui sont de tous les temps, ont porté successivement des noms divers.
Chez les Grecs et les Romains, on les appelait : Baplcs1, Sybarites, Voluptueux, Inutiles, Efféminés,
Au moyen âge, ils furent qualifiés damoiseaux ou damoisels, du moins quand on voulait critiquer les goûts prétentieux des gens de petite condition; car ce mot, pris en lui-même, désignait les fds de princes, les enfants de rois. On trouve en effet dans l'histoire, des appellations comme celles-ci : Damoisel Pépin, Damoisel Louis le Gros, I ta moi sel le Prince Richard,.,
Plus tard, les hommes coquets brillèrent sous les dénominations de Frisés, Maniérés, Poupins, Petits-Maîtres; les Prétentieux, les Fats} les Dorés leur succédèrent. On les vit ensuite sous les noms de Muscadins, de M irli flores et dé Incroyables, assister au drame sanglant de la Révolution.
Pendant la durée du premier Empire, les préoccupations belliqueuses laissèrent peu de place aux Damerets qui, lors de la Restauration, reparurent transformés en Dandys, puis en Fashionables.
A partir de 1830, vinrent les Lions, auxquels ont succédé les Gandins, les Cocodès, les Crevés, les Gommeux, les Pschutleux, le Smart...
Au xvie et au xvne siècle on avait vu un déluge de lois somptuaires2. Vingt-trois mesures législatives, plus restrictives, plus sévères les unes que les autres, prouvent par leur nombre même, leur absolue impuissance; et comme le remarque judicieusement Montaigne : « Par là qu'il n'y aura que les princes autorisés à porter velours et tresse d'or, ou à manger du turbot, qu'est-ce autre chose que de mettre en crédit ces choses, et faire croître