‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 306 sur 323 · Diodore de Sicile, liv. V et XX · texte numérisé non relu

Diodore de Sicile, liv. V et XX

BISTOIRE AM'.i DOTIQUE DU LUXE. 535

chez nous, recourenl à une certaine eau acidulée qui a la propriété de blanchir les cheveux* .

Dans certaines parties de la Chine, les femmes ont sur la tête une planche légère de près d'un pied de long, et large de 5 à 6 pouces, qu'elles couvrent de leurs cheveux, et affermissent avec de la cire en forme de roue de paon ou de large éventail. Elles ne peinent ni se coucher, ni s'appuyer sans tenir la tète très élevée; et lorsqu'elles veulent par hasard se peigner, elles se trouvent dans la nécessité de faire fondre devant un brasier ardent la cire, qui fait intimement corps avec leurs cheveux : aussi ne prennent-elles ce soin qu'une ou deux fois par an.

A .lava, les femmes ornent leur chevelure de nombreux bijoux; les enfants, entièrement rasés, ne conservent qu'une mèche sur chaque oreille.

Les peuples qui vont pieds nus ne manquent pas de les orner. Plusieurs anneaux aux jambes ne sont pas rares, ainsi que des bagues aux doigts de pieds; et les négresses des environs du Sénégal attachent de petites coquilles à la hauteur de leurs chevilles. Quoique les jambes des Juives fussent d'ordinaire couvertes, elles y tixaient jadis comme ornement, une sorte de grelot qui résonnait à la cadence de leur marche 2.

On sait qu'en France, il fut une époque où l'on appréciait particulièrement les grands pieds; et la longueur des souliers, vers le xive siècle, témoignait du degré de distinction des seigneurs.

Telle était l'exagération des « poulaines », que l'extrémité devait en être relevée au moyen d'une chaîne de métal fixée au genou.

Il y avait même une mesure prévue : les chaussures d'une prince, par exemple, devaient avoir deux pieds de long; celles d'un baron, un peu moins. C'est incontestablement de là que sont venues ces expressions : « Être sur un grand pied dans le monde...; vivre sur un grand pied... »

De nos jours en France, pour être belle, dit un auteur humoristique, il faut trois choses blanches : la peau, les dents, les mains;

1. Hist. des Iles Mariannes du Pore Gobion. It des Usages, II, 203.

— trois choses noires : les yeux, les sourcils, les cils ; — trois choses longues : la taille, les cheveux, les mains; — trois choses courtes : les dents, les oreilles, la langue; — trois choses petites : le nez, la tête, les pieds; — trois choses rondes : le bras, la jambe, et la dot.

La Chine et le Pérou infligent à l'enfance de cruelles tortures pour mettre obstacle au développement naturel des pieds, surtout à l'égard des filles dont la suprême coquetterie est d'avoir un pied « de lis », difformité enviée que les bons parents chinois prennent soin d'assurer, par des moyens tortionnaires auxquels ils recourent dans un but d'élégance; car ce sont les riches surtout qui se rendent infirmes de cette manière. En comprimant les doigts de pieds avec un bandage très serré qui replie sous la plante quatre doigts sur cinq, tout en laissant libre l'orteil seul, on arrive à obtenir la forme désirée. Il en résulte que la femme du Céleste Empire est incapable de fournir une marche quelque peu prolongée : obligée, faute de base suffisante, de se tenir en équilibre sur les talons, grâce au balancement de ses bras, elle se meut dans un piétinement aussi indécis que précipité, « comme l'oiseau léger qui court en battant des ailes, pour saisir l'insecte d'or qui passe devant lui », selon la description qu'en font les poètes de l'Empire du Milieu.

Une tradition veut qu'un prince jaloux ait imaginé cette mode pour empêcher sa femme de s'éloigner de son palais, transformé pour elle en prison dorée... Il n'y a là rien d'invraisemblable.

— Si le tatouage, comme on l'a vu au livre premier, est souvent un signe religieux, il est regardé également comme une parure, ainsi que les simples enduits que, par vanité, le sauvage aime à rehausser de couleurs éclatantes.

Aux îles Marquises, les insulaires ont la peau couverte d'une sorte de damasquinage; et les Birmans Font toute bariolée de lignes aux tons variés.

Les hommes et les femmes de la Nouvelle-Zélande appliquent sur leur visage de l'ocre rouge et de l'huile, tandis que les nègres de la baie de Saldana s'oignent d'une teinture de jus d'herbe.

Les Indiens de la province de Cumana, ainsi que les sauvages du Canada se couvraient le corps d'une gomme gluante, qui

leur permettait d'y fixer du duvet et même de fines plumes d'oiseaux multicolores.

Le luxe existe donc partout, sous toutes les latitudes : il ne fait que changer de forme. Toutefois, comme celui des sauvages, loin de nous attirer, loin de nous charmer, lions inspirerait plutôt un sentiment de répulsion et d'horreur, ce n'est pas contre celui-là qu'il faut nous mettre en garde, mais contre celui qui nous entoure, nous pénètre, et nous séduit.

Et s'il nous fallait formuler un jugement sur cette question, nous dirions :

Pour les heureux du monde, le luxe crée des besoins factices, et amollit par l'excès du bien-être en émoussant les générosités du cœur. On se persuade qu'on a le droit de s'accorder sans remords tout ce qu'on peut se payer!

Dans les classes indigentes, l'amour du luxe est une prédisposition dangereuse, et la cause directe de la plupart des défaillances chez la femme du peuple.

...Maintes fois nous avons vu, dans nos faubourgs parisiens, la pauvre fille de l'ouvrier portant au cou un ruban fané, au bras une chaînette de chrysocale, et nous avons senti une immense pitié nous envahir et une profonde tristesse nous serrer le cœur. C'est qu'il n'est rien de plus navrant que la misère décorée, rien de plus lamentable que les haillons endimanchés.

« La pire pauvreté, la misère profonde

« Est celle qu'on promène en gants blancs dans le monde, »

a dit Ponsard l.

Oui! souvent nous avons rencontré ces pauvresses ornées d'oripeaux fripés et défraîchis; et alors nous avons pensé à la jeune hirondelle que l'oiseleur habile et trompeur a su prendre un moment..., pour l'abandonner ensuite. Le ruban de soie ou la petite chaîne qu'elle porte prouve qu'elle a connu la servitude : c'est le signe du déshonneur, la livrée de la déchéance.

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