M. Hue, loc. cit
2. Village construit par les Anglais sur les contreforts de l'Himalaya.
\ iMYlV.Ti; BT LA PRIERE : RELIGIONS ACTUELLES. 189
de prière, et qui ont pour but de préserver les demeures de L'atteinte des mauvais esprits.
L'ingéniosité venant en aide à l'indolence, Les bouddhistes on1 imaginé d'établir dos mécaniques, même dans les ruisseaux e1 les rivières. Mis en mouvement par le courant, ces moulins à eau prient . nuit et jour, au bénéfice de celui qui en a fait les frais. Les Tartares aussi suspendent au-dessus de leur loyer des tourniquets qui, sous l'influence du courant d'air chaud, marchent pour la paix el la prospérité de la famille.
D'autres installent dans les champs, des moulins à vent sacrés que la brise met en action et qui « prient sans cesse pour le groupe d'habitants qui l'a construit dans son voisinage ». Ces moulins sont une des formes de la prière collective et publique.
... Est-ce là une prière véritable, une aspiration sainte, une élévation de l'âme vers la divinité, selon le langage théologique?
Non certes.
Cependant cet appareil cultuel, cette pieuse machine obéissant docilement à L'élément subtil, n'est pourtant pas sans poésie ni sans grandeur ! elle évoque même la pensée de la touchante indulgence promise aux hommes simples, aux hommes de volonté droite, borne voluntatis.
Et pourquoi sourire, en eii'et ? pourquoi se moquer...? N'est-ce donc pas un bonheur de pouvoir respecter l'humanité, même dans ses erreurs, du moment qu'à travers ses excentricités, il est possible de distinguer le désir de bien faire.
Pauvres frères d'Orient î
nui sait si le « Maître des vents du ciel », comme vous le nommez dans vos hymnes, ne charge point ses anges d'alimenter de continuels zéphyrs l'instrument bizarre, inventé par votre foi primitive! Ou pour mieux dire : qui sait si le Dieu bon, que vous êtes trop portés à prendre pour un Dieu jaloux, ne veut pas voir, dans les ailes de ce naïf moulin, seulement l'ébauche d'une croix,... encore mal faite.
hine actuelle compte trois religions principales : le
Taôisme, se combinant avec le spiritualisme du philosophe Laô- Tseu; le Confucianisme, religion de la Cour et des Lettrés; et enfin le Bouddhisme, importé dès le milieu du 11e siècle avant J.-C. Dégagé des superstitions qui l'ont enveloppé peu à peu, le dieu principal des Chinois, le Tout-Puissant, Chang-ti ou Tien, que Laô-Tse1 désigne ordinairement sous le nom de Taô, est adoré comme le principe de toutes choses :
« C'est le Créateur de ce qui existe2. Il est indépendant et toutce puissant; il connaît jusqu'aux plus intimes secrets du cœur; il « veille sur l'univers , où rien n'arrive sans son ordre ; il est saint. Il « exerce des punitions signalées sur les méchants, sans épargner les « rois, qu'il dépose dans sa colère. Les calamités publiques sont des « avertissements qu'il emploie pour exciter les hommes à la reformate tion des mœurs, sûre voie pour apaiser son indignation. »
Les anciens Empereurs de Chine sacrifiaient tous les trois ans, au nom de leur peuple, « à l'Esprit Trinité-et- Unité », expression d'une clarté surprenante 3. Et l'illustre Laô-tse, parlant de l'Être primordial, emploie les expressions suivantes dont l'importance est incomparable : « Tao est un par nature.
« Le premier a engendré le second,
« Les deux ont produit le troisième.
« Les trois ont fait toutes choses 4. »
Et il ajoute pour préciser plus encore sa pensée :
« En vain vous interrogez vos sens sur tous trois. — Votre raison « seule peut vous en parler, et elle vous dira qu'ils ne font qu'im. — <v Au-dessus, il n'y a point de lumière; au-dessous, il n'y a point de « ténèbres. — Il est éternel. — Il n'y a pas de nom qu'on puisse