Loc. cit
ENQUÊTE BUB LES BUPEBSTITIONS 805
Fermons ici le cycle de nos recherches sur les aberrations superstitieuses, car il faut nous borner dans ce sujet si vaste, et demandons-nous queljugemenl La philosophie peul formulera leur égard.
Dans sou très remarquable Traité de la superstition, le biographe grec Plutarque s'élève contre les fausses croyances. Pour lui. L'athéisme et la superstition sont les deux aspects de l'ignorance : les hommes durs et méchants se montrent impies; les hommes faibles, eux, laissent troubler leur âme par le découragement et la frayeur. Le Dieu que ralliée nie est pour le superstitieux un être redoutable. Pareille défaillance pousse les mortels aux dernières extrémités.
A seize siècles de distance. Voltaire, malgré sa haine avérée pour ce qu'il appelle « le monstre, le serpent de la superstition . dénoncera pourtant L'athéisme comme élant un fléau pire encore : « Vous craignez qu'en adorant Dieu, on ne redevienne si] erstitieux et fanatique, écrit-il; mais n'est-il pas à craindre qu'en le niant on ne s'abandonne aux passions les plus atroces, aux crimes les plus affreux. »
« La superstition, a écrit de son côté J. de Maistre, est un ouvrage avancé de la religion, qu'il ne faut pas détruire. »
Ce jugement semble doublement critiquable. En effet, loin que la superstition soit un produit de la religion, elle en est plutôt le pire ennemi, en ce qu'elle remplace la foi par l'idolâtrie, l'amour par l'effroi, la raison par la sottise, et la conscience par de puériles pratiques.
Incrédules, les plus crédules! redirons-nous avec Pascal.
Oui, ce prétendu « ouvrai;»' avancé » est bien plutôt l'œuvre rétrograde des esprits attardés.
Et cependant, la superstition a ses adeptes, ses fanatiques, d'autant plus acharnés et tenaces , que les folles croyances qu'ils professent échappent à tout contrôle, comme à toute direction.
Kn résumé nous dirons :
Tandis (pie le croyant a foi en la puissance divine, qu'il sait capable de lui venir en aide sous certaines conditions pieuses; le superstitieux, au contraire, attribue des vertus imaginaires à des actes ou à des objets qui, sans motif, séduisent sa confiance.