LF SERMENT DANS LES SOCIETES ANCIENNES
I. Nature du serment. — De l'invocation obligatoire; par qui on jurait. — L'Écriture Sainte et les serments par lahvch. — Ces adjurations du paganisme : Jupiter, Styx, Enfers... Serments des dieux de l'Olympe. — De l'imprécation exprimée ou sousentendue : nombreux exemples. — Ce que les juristes appelaient « réticences vengciset ». — Le serment prétendu injurieux pour Dieu et inutile : réfutation. — Est-il défendu par l'Évangile? Explications de S. Augustin. — IL Formes diverses du serinent, dans Homère, Sophocle, Platon, Isocrate, Escliine, Démosthène, Cicéron et Plutarque : mictions et malédictions. — Texte du serment civique à Athènes. — Formules des serments politiques, judiciaires ou professionnels en Grèce et à Rome. — Cérémonial du serment gaulois. — Le serment irlandais : un texte curieux. — De l'adjuration ctiez les peuples germains. — Premier serment connu en langue romane....
I. Dès l'origine des sociétés, l'homme a éprouvé le besoin de rechercher en dehors de lui un témoin de sa propre conscience. L'expérience de ses faiblesses personnelles, la vue des défaillances des autres lui avaient appris à se mettre en garde contre la parole humaine, devenue un instrument d'erreur et de mensonge. Alors s'est formulé d'une façon naturelle et logique le serment; c'est-à-dire ce mode particulier et solennel d'affirmation ou de promesse, qui communique à la parol^ un caractère sacré, une vertu surhumaine.
Les anciens lui attribuaient une force incomparable, capable de lier la divinité aussi bien que les hommes. Ainsi pour Pythagore, l'univers était le produit mystérieux du serment que Dieu se serait fait de tirer les êtres du néant. Et si, des traditions païennes, nous passons au récit de la Genèse, nous y voyons
Jcliovah donner lui-môme l'exemple du serment, en jurant de multiplier à l'infini, comme les étoiles du firmament, la postérité de son serviteur Abraham l.
Dans l'ordre politique, dans la vie professionnelle aussi bien que dans la vie religieuse, partout le serinent apparaît comme étant le lien énergique de tous les contrats, le ciment qui agrège d'une façon durable les institutions. Enfin, il n'est personne qui ne soit susceptible d'être appelé un jour devant les tribunaux pour coopérer à l'œuvre de la Justice , et rendre à la société ce service qu'elle demande de notre conscience : faire punir le coupable ou, au contraire, préparer l'acquittement de l'innocent.
Le serment est ainsi défini : l'acte par lequel nous prenons Dieu à témoin de la vérité de notre affirmation ou de la sincérité de notre promesse; acte mixte, à la fois religieux et civil : religieux, par son origine et son caractère, comme l'indique clairement son étymologie sacramentum , chose sacrée; acte civil, par la place importante qu'il occupe dans les législations.
Tel est le serment de tous les peuples civilisés.
Le sauvage, qui n'a qu'une notion confuse de la divinité, invoque ce qu'il a de plus cher, de plus précieux au monde : le tombeau de ses pères, la tête de son enfant, ou encore les grandes forces de la nature, la mer, les fleuves, les montagnes, le vent de la vallée, le soleil, les étoiles du firmament. Mais dès que l'homme connaît une certaine civilisation, il va plus loin : il rend sa parole plus sainte et plus respectable ; il lui donne une force irrécusable en appelant en témoignage l'auteur de toutes ces choses, Celui qui a créé mer, fleuves, montagnes, astres et firmament , Dieu lui-même !
Et, à proprement parler, il ne saurait y avoir serment qu'autant que la divinité est mise en cause.
En effet , le serment se décompose nécessairement en deux éléments.
D'abord, Y invocation àe la divinité comme garantie de notre parole.
Et en second lieu, Y imprécation, c'est-à-dire le consentement,