ERMENT DANS LES BOCIETÉS ANCIENNES
de la pari de celui qui jure, d'encourir des châtiments mérités s'il ne dit pas la vérité, ou s'il méconnaît sa promesse,
Toul serment s'analyse en définitive en une déclaration de ce genre : «J'affirme devant Dieu que les choses sont telles que je dis : ou bien : « Je promets que je ferai telle chose: et la preuve que j'en donne, c'est que moi-même je m'offre comme caution bénévole, el consens à encourir personnellement les vengeances divines, si ma parole est mensongère ».
Des lors il est de toute évidence qu'il n'y a serment qu'autant que Celui que nous attestons est plus grand, plus puissant que nous, et dispose des moyens de venger le parjure.
C'est ainsi que les Juifs ne se considéraient comme liés d'une façon définitive que si le serment avait été fait au nom de Jéhovah, le Dieu véritable, le Dieu d'Israël. C'est ainsi que les Romains ne se croyaient obligés sérieusement, que quand ils avaient juré par Jupiter, le maître de l'Univers1, ou par les divinités supérieures de la religion païenne, Junon, Mars, Neptune : de là vient le proverbe connu : Jurer ses Grands Dieux. La garantie était proportionnée à la dignité du dieu mis en cause.
In des serments solennels des Romains était celui fait par Jupiter-pierre : per Jovem /(///idem. La personne qui voulait jurer de cette manière prenait une pierre dans la main droite et la lançait en disant : « Si je me parjure, je consens à être maltraité ainsi par Jupiter1. » De môme, d'après le Coran, le mahométan ne ^'engage valablement qu'autant qu'il jure par le Dieu du ciel.
Et cela s'explique! Imaginons, en effet, qu'on prenne à témoin, par exemple, le tombeau de ses pères, ou encore les éléments, les étoiles, le fleuve de la Seine ou le mont Blanc : une semblable invocation si on pouvait en exclure l'idée du Créateur) seraitelle de nature à garantir la sincérité des dires et la bonne foi des promesses? Évidemment non!
Pourquoi cela? Parce que l'on se dit que, la déclaration fûtelle impudemment contraire à la vérité, les aïeux ne sortiront pas de leurs tombeaux, la Seine ne quittera pas son lit,
1. S fattOftum me Die*} urbe areeque boni» ejiciat, ut eg<> hune lapi-
dem. Pline. II, 7. — Plutarque. Sylla. — !'■
le mont Blanc ne s'ébranlera pas sur sa base, pour venir protester contre le parjure et le dénoncer.
Mais quand c'est à Dieu que s'adresse notre adjuration, ce n'est plus la môme chose, car nous ne pouvons pas nous bercer de l'illusion de l'impunité. De là vient la force particulière et l'autorité transcendante du serment; de là le rôle considérable qu'il joue dans les sociétés.
Il ne faudrait pas croire que, même dans notre serment, tel que nous le prêtons, il n'y ait qu'une simple invocation. Si la seconde partie (celle appelée imprécation) n'est pas exprimée dans la formule que nous prononçons, elle y est contenue d'une manière implicite; et d'elle encore, le serment tire sa valeur probante. C'est seulement à une époque assez rapprochée de la nôtre, que l'on a cru devoir, dans un but de célérité, omettre cette partie du serment, qui était bien de nature cependant à le faire respecter.
L'histoire nous a conservé un certain nombre de formules qui établissent de la façon la plus positive que l'imprécation, expresse ou sous-entendue, est de l'essence même du serment; nous en reproduirons bientôt de nombreux exemples.
A la fin du troisième livre de Y Iliade, Homère montre les Grecs et les Troyens prononçant la malédiction suivante, après avoir offert des libations propitiatoires : « Grand et puissant Jupiter! si, parmi nous tous, il était jamais des parjures, fais que leur cervelle et celle de leurs enfants se répandent sur la terre, comme ce vin, et que leurs épouses soient soumises à l'étranger1. »
Ailleurs Ménélas garantit sa parole en ces termes : « Si jamais j'abandonne les armes et le corps de Patrocle, que tous les maux fondent sur moi2! »
A Rome, les consuls prêtaient serment dans le temple de Jupiter, et se vouaient, eux et toute leur famille, à la colère céleste, s'ils reniaient leurs engagements.
Au vie siècle de notre ère, le serment se terminait par ce