Ex terminis
CEREMONIAL DU SERMENT. 3:59
Sans doute, en basse latinité, et par extension, le mol ^< exter-
minare » employé sans complément, a voulu dire : mettre à
mort1. Mais ici, le contexte même : exterminare hereticos de
terra [chasser du sol du royaume . montre exactement qu'il s'a-
gissail de bannir les hérétiques réputés ennemis de l'État,
bmme on a vu fréquemment rois ou empereurs rejeter au delà
le leurs frontières les Juifs turbulents. Bref, ou pouvait figurer
sur une liste d1 exterminât i , tout en se portant à merveille! et
l'autre part, un exterminator était très souvent un simple ex-
ulseur . et non point nécessairement un homicide. On voit, par l'exemple tiré du « serment d'asile », quelles peuvent être les conséquences d'un mot mal compris3.
Kn résumé : si le souvenir d'exterminations, sanglantes celleslà ! est évoqué par les noms de Dreux, Nîmes, La Rochelle, Ivry, Nantes, du moins ne faut-il point, par une généralisation injuste. et par le t'ait d'un gros contresens de traduction, voir des actes de violence,- là où il n'y a rien de semblable : tel est uniquement la portée de la démonstration qui précède; car nous n'entendons dans aucune mesure justifier l'intolérance.
Le Christ a commandé à la petite armée pacifique de ses Apôtres, non point de frapper, mais d'enseigner, c'est-à-dire de persuader; et quand l'un d'entre eux, obéissant à un mouvement d'indignation, a levé l'épée contre la cohorte païenne, Jésus lui a commandé de remettre l'arme au fourreau.
Ce n'est pas en faisant couler le sang des autres qu'on prouve sa foi. mais en répandant le sien : ainsi tirent le Christ sur le calvaire, et les martyrs dans les arènes romaines.
Revenons à notre enquête sur les divers serments.
Avant d'entrer en lice, le combattant qui devait figurer dans un tournoi était astreint à cette attestation sacrée.
1. Mettre à mort, en bon latin, se dit : interficere, occidere, necare. Si donc les mots exterminer et exterminare ont le : ils nront pas le même sens.
•'. Dans Cicéron comme dans le Digeste, extenninatio a le sens formel de bannissement.
Qui ne connaît, par exemple, ce contresens d'un illustre politicien moderne, traduiregimen Ecclesiœ (l'administration, la direction ecclésiastique) par : le régiment de l'Église!
Non seulement le but de cette solennité était d'empêcher toute ruse ou fraude pendant l'engagement projeté; mais le tournoi lui-même, d'après l'opinion populaire, était une chose sainte, car l'idée admise alors, était que le vainqueur devait, à n'en pas douter, être favorisé du ciel. Et l'on s'ingéniait à trouver des raisons, bonnes ou médiocres, pour concilier, à tout prix, le résultat de la lutte avec le bon droit, attribué au combattant victorieux.
« Le tournoyeur, disent les textes du temps, la main dextre levée vers les Saints, jurait de ne point frapper d'estoc (delà pointe) , ni par derrière , ni si le heaume (casque) de l'adversaire tombait à terre; et ainsi le promettait et jurait en répondant :
oy! oy1'
Quelles que soient les critiques que la Chevalerie ait motivées, on ne saurait méconnaître le caractère élevé qui a présidé à son institution et à son premier développement.
Le récipiendaire avant d'être armé chevalier se liait toujours par un engagement solennel, dont le libellé difiérait un peu selon le temps et selon les régions; mais entre tous, il n'en est point de plus complet que celui inséré dans ce que l'on appelait le Code d'Honneur, résumé des principaux devoirs qui incombaient au nouvel élu.
Celui-ci j lirait :
1° De craindre, révérer et servir Dieu religieusement; de combattre pour la foi de toutes ses forces; et de souffrir plutôt mille morts que de renoncer jamais au christianisme;
2° De servir le Prince souverain, fidèlement, et de combattre pour lui et la patrie très valeureusement;
3° De soutenir le bon droit des plus faibles (veuves, damoiselles ou orphelins), en bonne querelle, en s'exposant pour eux, selon que la nécessité le requerrait; pourvu que ce ne fût pas contre l'honneur ni contre le roi ou prince naturel;
k° De n'offenser jamais aucune personne par malice, ni usurper le bien d'autrui; mais bien plutôt combattre ceux qui s'en rendraient coupables;