PARTICULARITES BUB LE VŒU ET BUB LE BLASPHEME
jouir après cette \ ie d'un bonheur Bans lin : si Le coupable impénitent doit encourir un châtiment éternel, faut-il doue s'étonner que, dès ce monde el en ce monde. Le juste expie ses fautes dans la douleur: et qu'au contraire L'homme coupable reçoive, au moins ici-bas, La récompense de ses rares bienfaits?
Voilà pourquoi Ton rencontre fréquemment de saintes gens qui se sanctifient |>ar Les épreuves terrestres, héroïquement supportées; alors qu'à côté d'eux des hommes injustes jouissent de la fortune et des honneurs, comme paiement actuel de cjuelqiics bonnes actions isolées.
L'injustice n'est doue qu'apparente.
Cela est si vrai, que, n'était f épuration mystérieuse du Purgatoire, on pourrait, dès cette vie ce semble, préjuger des destinées éternelles de chacun.
Force est même de reconnaître que l'Equité s'accorde avec cette étonnante contradiction entre les mérites de certains hommes, et le sort qui leur est imparti sur cette terre : un verre d'eau donné aux pauvres méritant récompense, et toute faute d'autre pari voulant une expiation.
Autrement dit : grâce à Y appoint de souffrance ou de bonheur que chacun de nous fournit en cette vie, il se peut donc que l'âme humaine, au moment de la grande aventure de la mort, selon la belle expression de Bossuet, se trouve parfois avoir entièrement réglé ses comptes avec la justice d'En Haut, qui les acquittera par une éternité.
Les hommes à courte vue jugent en effet les choses de la vie, comme si tout finissait au tombeau ! De là les révoltes de leur esprit, quand, selon les cas, des prospérités ou des afflictions déconcertent les prévisions humaines.
En résumé : à ceux qui blasphèment et s'indignent parce qu'ils se sentent impuissants à comprendre les desseins mystérieux du Ciel et l'efficacité des œuvres méritoires, il convient de rappeler le mot de Jean-Jacques Rousseau, donnant aux impies de tous les âges cette magistrale leçon : « Tenez votre âme en état de ne pas craindre qu'ily ait une Justice divine; et, alors, loin de la blasphémer, vous n'en douterez jamais. »
La réponse à l'objection a été donnée, sous une autre forme des
plus heureuses, par un dramaturge1 qui fut un profond philosophe à ses heures : « Vous ne voyez pas que le Ciel soit juste, dites-vous?... C'est peut-être parce que vous ne regardez/?^ assez longtemps. »
Cette vérité devient souvent manifeste quand notre jugement peut porter sur le sort de plusieurs générations successives : alors la raison de bien des épisodes ou des particularités dont nous ne soupçonnions même pas la portée ni le sens, se révèle à nous peu à peu ; et nous nous expliquons enfin certains faits, qu'hier encore nous jugions inintelligibles ou contradictoires.
L'extraordinaire prétention des hommes en révolte contre la Providence est que tous les événements contemporains de leur vie, doivent être complétés, terminés, liquidés avant qu'ils descendent au tombeau : comme si en vérité rien ne les avait précédés ici-bas! comme si rien ne pouvait ni ne devait leur survivre! comme si enfin, avant de disparaître du monde, nous avions le droit de demander des comptes à Dieu et d'exiger l'explication claire, intégrale et dernière de toutes choses!