M. Man
LA CROYANCE Al' GRAND ESPRIT. 43
Voici ce (;iit' les Mincopies d'un rang supérieur disent du Dieu suprême el unique ' :
— Quoiqu'il ressemble à du feu, il esi invisible.
— 11 n'est jamais né et esi immortel.
— Par lui, tout a été créé excepté le mal. — - Il connaît jusqu'aux pensées dos cœurs.
— 11 s'irrite quand ou commet des fautes.
— Il est plein de pitié pour les malheureux et daigne quelquefois 1rs secourir.
— Il juge les âmes après la mort, et prononce pour chacune d'elles la sentence.
Quand les païens contemporains sont étrangers à toute civilisation, ils n'éprouvent nulle répugnance adonner des marques de respect religieux à des êtres absolument inférieurs, du moment qu'une Fable sacrée s'y rattache d'une manière quelconque.
Ainsi, quoi de plus repoussant qu'une grenouille ou qu'un crapaud? quoi de plus invraisemblable que des hommages accordés à ces affreux batraciens?
Toutefois, pour qui connaît le rôle que divers mythes sur l'origine du monde font jouer à des grenouilles fantastiques, l'affirmation paraîtra moins inacceptable. En effet, au regard des peuples qui attribuent à l'eau le principe de toutes choses, la G renouille gigantesque qui tantôt avale les fleuves, tantôt vomit des cours d'eau, est l'objet de légendes multiples. Chez les Algonquins de la famille des Peaux-Uouges, comme chez les Andamans et les Australiens, grenouille et crapaud figurent partout dans la théorie de la formation primitive des eaux.
Que l'on prenne dans cet ordre d'idées les conceptions les plus ineptes en apparence; qu'on les analyse de près au lieu d'en plaisanter, et l'on éprouvera une stupéfaction véritable, en y reconnaissant une tradition des plus imprévues.
A titre de spécimen, voici comment, d'après M. Brough Smyth, les aborigènes du lac Tyers- racontent le déluge : « Les eaux étaient contenues dans le corps d'une énorme grenouille... Les
1. D'après M. de Quatrcfage-;, qui déclare garantir l'exactitude de ces croyances.