‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 44 sur 285 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'anthropologie a-t-elle découvert des idoles aux âges préhistoriques?— L'adoration, la prière et les offrandes chez les anciens Égyptiens. — Texte de l'hymne au Dieu Un. — Que signifiaient en Egypte le culte du soleil et celui des scarabées, clials, crocodiles...?

— Prétendue adoration des oignons. — Croyances diverses expliquées par l'écriture hiéroglyphique. — Idées des Égyptiens sur l'immortalité de l'âme. — Doctrines religieuses des Chaldéens, des Babyloniens, des Assyriens... — L'adoration du Dieu d'Israël.

— Sentiment religieux des Mèdes et des Perses. — Formes et rites originaux de la religion grecque. — L'unité divine dans les poèmes d'Homère; étude sur Zeus. — Détails sur l'idolâtrie à Rome. — Cicéron veut faire de sa fille une déesse. — Jupiter comparé aux autres dieux. — Recherches archéologiques sur l'attitude requise pour prier : le sens du mot adorer. — Registres de prières officielles. — Ruses et fraudes admises dans les sacrifices et les rites sacrés. — Le culte des Césars...

On vient de voir ce que l'humanité sauvage, ou peu s'en faut, pense des Esprits et de la Divinité, que maintes fois nous avons montrée se dégageant de superstitions invétérées. En môme temps, nous avons donné l'explication de beaucoup de cérémonies cultuelles ayant un sens défini, mais que l'Européen s'est habitué à prendre pour autant de divagations, toutes les fois que la signification de ces pratiques échappait à sa critique hâtive.

Nous tournant maintenant vers le passé, demandons-nous ce que fut, chez les anciens, le sentiment de Dieu, aussi bien que celui de l'adoration et de la prière, qui en est le corrélatif naturel.

Ici se dresse une question d'ordre scientifique.

Sait-on rien de la religion de l'époque protohistorique? A-t-on au moins quelques indices à cet égard, grâce aux découvertes de l'anthropologie?

Une école qui fait preuve d'un zèle excessif, dès qu'il s'agit de contredire la foi chrétienne, n'hésite pas à enseigner : que les premiers hommes étaient dénués de toute religion, parce qu'on n'a pas retrouvé de Fétiches préhistoriques.

Cette conclusion n'est pas plus légitime que celle qui, tout à L'heure, annonçail L'athéisme collectif «liez les non-civilisés.

C'est justement parce qu'on n'a pas découvert d'idoles dans la prime humanité, qu'on est autorisé à admettre un culte originaire purement spiritualiste, et non point idolâtrique.

L'objection se retourne donc, au contraire, contre ceux qui voudraient en tirer grief.

Les premiers hommes, disent Théophrastc et Porphyre, n'avaient ni temples, ni autels, ni prêtres, mais rendaient des hommages privés au Premier Principe, et élevaient vers le ciel Leurs mains pures, remplies d'oiïrandes non sanglantes.

Ainsi le peuple hébreu, qui se distinguait par une notion supérieure de la divinité, évitait de la représenter par le dessin ou par la statuaire, dans la crainte de la matérialiser en quelque sorte.

Comme il n'a laissé aucune statue de Jéhovah, devrait-il donc être considéré comme athée, faute d'images sacrées?...

I. Nous conformant à l'ordre chronologique généralement admis, commençons par esquisser le tableau si attachant et si instructif de la religion égyptienne^ d'après les plus récentes découvertes.

Lorsqu'on parcourt les recueils reproduisant les monuments égyptiens, dit un professeur au Collège de France, ce qui frappe tout d'abord, c'est l'abondance incroyable des scènes religieuses et des tableaux mystiques. Il n'y a presque pas de place où l'on ne retrouve une figure de la Divinité, recevant d'un air impassible les offrandes et les prières.

Les Égyptiens voyaient Dieu partout dans l'univers; leur esprit était plein de sa pensée, leur bouche pleine de ses louanges, leur Littérature tout inspirée par ses bienfaits.

<< Malgré l'étrangeté de certaines conceptions, cette religion ne manquait ni d'élévation ni de grandeur. Mais au cours des siècles elle s'altéra et se perdit. Dans les textes d'époque grecque et romaine, l'idée si haute de la divinité, que s'étaient faite les premiers théologiens de L'Egypte, perce encore par instants; on rencontre

parfois, tantôt des lambeaux de phrases, tantôt des épithètes qui prouvent que le principe de la religion n'était pas oublié. Mais le plus souvent, ce n'est pas au Dieu infini et insaisissable des anciens jours que nous avons affaire, c'est à un dieu de chair et d'os, qui vit sur la terre et s'est abaissé à n'être plus qu'un homme ou qu'un roi1. »

Quelle fut exactement la première théologie des Égyptiens?

Il est malaisé de répondre d'une façon précise : cependant la personnification exagérée des forces naturelles ou des phénomènes célestes, n'empêche pas que les textes de l'époque thébainene révèlent Ammon, qualifié de Dieu-Un, de Dieu-Unique et Éternel. Même le culte du soleil, grandiose manifestation de la divinité, synthétisait à un point de vue les croyances locales; car le soleil n'était pas seulement un astre, mais un Dieu, et peutêtre l'emblème de Dieu lui-même , comme on va le voir.

Cette tendance à l'unité , enfouie sous le polythéisme égyptien, n'est-elle pas justifiée par de sérieux documents?

La foi monothéiste, répondrons-nous, est affirmée jusqu'à l'évidence et popularisée dans les strophes de l'hymne de Boulaq 2, composée à Thèbes au temps où cette ville avait l'hégémonie de toute l'Egypte, strophes magnifiques qui s'adressent au Dieu caché , au Dieu Ammon. En voici quelques lignes :

Générateur unique qui as produit toute chose!

0 un, qui es seul! toi qui as fait les êtres,

Les hommes sont sortis de tes yeux,

Et les Dieux sont le fruit de ta parole !

Il a fait les pâturages qui nourrissent le bétail

Et les plantes nutritives qui alimentent les hommes.

Par lui vivent les poissons du fleuve

Et les oiseaux de fair, donnant le souffle à qui est dans lœuf.

C'est par lui que les oiseaux qui planent dans l'air,

Les insectes rampants et ceux qui volent, sont nourris.

C'est lui qui permet les provisions des rats dans leurs trous ,

Et celles des insectes qui sont enfermés dans le bois.

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