‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 5 sur 285 · ET LES NON-CIVILISÉS · texte numérisé non relu

ET LES NON-CIVILISÉS

Plan général. — Coup d'oeil sur le naturisme, l'animisme, le fétichisme et l'idolâtrie — Croj - s peuples Bauvages au surnaturel. — Y a-t-il des peuples dépourvus de notions spiritualistes? — Existe-i-ii des sauvages professant L'athéisme collectif ? — Recherches sur les amulettes, les talismans, les gris-gris. — La médecine chez les noncivilisés : esprits des maladies, et esprits guérisseurs; les sorciers médecins. — Le fétichisme est-il une religion? — Ce qu'on entend par un objet ou un animal fétiche.— L'adoration des non-civilisés s'adressc-t-elle à l'objet lui-même'.' — De 1;» locution : ■ faire fétiche ». — Détails curieux sur le culte des esprits : manitous, totems, chemis, tikis, korwars, kobongs, etc. — Les trois âmes chez les Caraïbes. — Idées spiritualistes des Malgaches, des anciens Finnois, etc..

Si les preuves de l'existence de Dieu tirées, soit de la métaphysique, soit de l'ordonnance et des harmonies de la nature, n'ont point logiquement leur place dans cet ouvrage historique , il n'en est point de même de la démonstration qui se fonde sur la croyance universelle des peuples en des Puissances surhumaines, et sur la notion transcendante et générale d'un Être Suprême, tantôt clairement désigné, tantôt voilé sous les vocables et les signes les plus bizarres, les plus extraordinaires.

Nous rendant compte, en effet, de l'esprit à la fois curieux et positif de notre temps, qui est troublé par trop d'audacieuses négations retentissantes pour n'en point ressentir un vague scepticisme; sachant aussi que Les arguments de sentiment, ou d'es- ■ philosophique pure sont peu prisés de beaucoup de nos temporains, nous nous proposons, dans ce travail, d'esquisser

une démonstration d'ordre scientifique , c'est-à-dire se réclamant de faits constants et vérifiables, dont seuls les sectaires avérés, ces aveugles volontaires! comme les appelle Leibnitz, pourraient contester l'autorité décisive.

Sans doute, au point de vue religieux, la doctrine de la Révélation tranche la question pour les croyants : Dieu s'est révélé à l'humanité...

Mais , nous plaçant en présence de l'histoire des hommes et des choses, nous entendons rechercher d'abord si, dans les documents humains, nous ne découvririons point la confirmation directe d'une croyance générale en un Dieu unique, croyance ferme, dont le sentiment intime aurait émergé jadis, même au sein du polythéisme le plus complexe, comme, de nos jours, l'observateur attentif peut la dégager du fétichisme le plus infime.

Oui! sous toutes les latitudes, du Levant au Ponant, dans les terres australes aussi bien que dans les régions hyperboréennes, le genre humain, consciencieusement observé à tous les degrés de l'échelle des races , est religieux.

Et aux heures solennelles d'angoisse, de terreur ou d'espérance, une prière vers le Dieu caché, innomé, s'élève des jurtes glacées de la Sibérie, du carbet ensoleillé au continent noir, du chétif wigwam de l'américain, de la hutte des Todas1, aussi bien que des plus beaux temples de nos cités florissantes, pour monter vers le Ciel comme un pieux encens, dont les brumes de la plus grossière superstition ne sauraient quand même entraver l'essor.

Le fait est si manifeste , si perpétuel , si constant , qu'il apparaît en vérité comme répondant à un profond et impérieux besoin de notre esprit et de notre nature : sauvage ou policé , l'homme ne peut pas plus vivre en dehors de l'atmosphère du divin, que respirer sans l'air généreux qui, a chaque instant, le soutient et le vivifie.

Certes ! il faut que ce sentiment soit inné au cœur de nos sem-

1. Les Todas, que l'on a dit athées, sont peut-être les plus anciens habitants du mont Nilgheries dans l'Inde. <( Hommes et femmes, après avoir fait des libations de lait, murmurent matin et soir des formules pieuses, telles que celles-ci : Que tout soit bien! » (Les relig. act.) N'est-ce point là une excellente prière dans sa concision?

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