K. P. Van den Gheyn, S. des relig
LA PRIERE l.T L'ADORATION DANS L'ANTIQUITÉ.
« De tous [es anciens souvenirs que nous livre la religion rao- Baïque, aucun n'est plus irrécusable que celui-ci : Le Dieu que Moïse propose à L'adoration des Hébreux est le même que le Dieu de Leurs ancêtres. » C'est, non pas une prescription nouvelle,
mais un simple rappel à la Loi originaire que Moïse adresse â Israël, notamment dans celte formule du décalogue : « Souvenez-vous de sanctifier le sabbat... ; le septième jour est le sabbat du Seigneur votre Dieu. »
Pour prétendre que les Hébreux ont d'abord été polythéistes, et ne sont arrives au culte d'un seul Dieu que vers l'époque des Prophètes, la critique s'appuie, par exemple, sur l'argument suivant : dans la Bible hébraïque, le Dieu des Hébreux est appelé, non pas Kl ou Elôah, au singulier, mais sous la forme plurielle : Elôhlm; il y aurait donc eu, a-t-on allégué, pluralité divine, et non pas monothéisme originaire. C'est-à-dire Jéhovah ou Iahvêh n'aurait été pour les Hébreux que l'un des dieux, l'un des Elôhlm.
On peut répondre d'abord qu'un roi, un empereur, parlant de lui-même, dira : « Nous voulons, nous ordonnons... » et non point : « Je veux... j'ordonne... » c'est ce qu'on appelle « le pluriel de majesté. » De même encore, dans plusieurs langues, on emploie, par déférence, la forme du pluriel, bien qu'on ne s'adresse qu'à une seule personne. Ainsi, dans l'Oraison Dominicale nous disons: « Do?inez-nous notre p&m..., pardonnez-nous nos offenses » ; et non point : Donne-nous, pardonne-nous1.
Le Pater pourrait-il donc jamais passer pour une prière polythéiste? Qui sait si, aux antipodes, ne se trouvera pas, d'aventure, un « lettré » tirant argument de cette formule, pour contester, un jour, l'unité du Dieu des chrétiens de France!
Elôhtm, pluriel d'abstraction, s'appliquantau vrai Dieu comme aux taux, correspond exactement au mot divinité. iMais les Hébreux avaient un nom propre pour désigner Dieu, Iahvêh, qui se retrouve près de 6000 fois dans la Bible. De plus, quand, dans une phrase, la Bible use du pluriel pour écrire le nom
1. Ne semble-t-il point que c'est, non certes par familiarité, mais pour mieux accentuer l'unité divine, qu'en anglais, en allemand..., le fidèle tutoie Dieu dans la prière?
divin, le texte alors met le verbe au singulier, antithèse extraordinaire! qui souligne d'autant mieux l'unité de Celui qui agit; ou bien il ajoute un complément rendant toute équivoque impossible.
Et puis, quoi de plus explicite que les textes suivants de la Bible, au sujet du Dieu des Hébreux : « Je suis le Seigneur ton Dieu... Tu n'auras pas d'autre dieu devant moi. » Et ailleurs : « Qui est Dieu, sinon Jéhovah1? » ou encore : « Il n'y a point de Dieu, si ce n'est Toi2. » Et quand, en fait, des Hébreux retournaient à l'idolâtrie, ils violaient la loi, et leur conduite était qualifiée « adultère et criminelle. »
« Les croyances israélites formaient contraste avec les religions chananéennes, remarque M. Maspéro3. En réalité, les Hébreux sont monothéistes. Ils n'ont qu'un seul Dieu qui, lui, ne se confond jamais avec l'univers. La nature est l'œuvre de ses mains : les lois qui la régissent ne sont pas des puissances divinisées, mais restent toujours les effets voulus de sa divinité. Le tonnerre est sa voix, l'éclair sa lumière, l'orage son arme; mais tonnerre, éclair, orage ne deviennent jamais des êtres indépendants. Ce sont des actes de Dieu, du dieu unique lahvêh. »
On a vu dans les pages précédentes que les non-civilisés, tantôt ne savent pas ou n'osent point représenter Dieu, tantôt résistent à exprimer l'opinion qu'ils se font de la Divinité invisible, insaisissable.
Le fait n'a rien qui doive nous étonner. Les Hébreux ne s'interdisaient-ils pas de prononcer le nom de lahvêh auquel, en lisant, ils substituaient, par respect, celui d'Adonaï ou d'Elôhîm? et Moïse ne leur avait-il point défendu de représenter leur Dieu, dans la crainte qu'ils ne revinssent facilement à l'idolâtrie, au culte des « figures »? Cette crainte de l'anthropomorphisme, qui attribue au Créateur les organes et la conformation de sa créature privilégiée, préoccupait encore saint Augustin qui protestait en ces termes énergiques : « Tout ce qui peut réveiller l'idée d'une similitude entre les corps et Dieu, écrit-il, il faut le renier,