‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 9 sur 285 · CULTE DES ESPRITS CHEZ LES NON-CIVILISÉS · texte numérisé non relu

CULTE DES ESPRITS CHEZ LES NON-CIVILISÉS

En effet, ils savenl qu'il existe des infusions, dos essences el des plantes pour combattre ce il a 'mes maladies, comme ils connaissent le riz nourrissant ou les pastèques charnues pour assouvir leur faim, les bulbes d'asclépiadées laiteuses pour rafraîchir leur gosier brûlant.

N'ont-ils pas à leur disposition des sédatifs, des excitants, des toniques el des stupéfiants éprouvés? Chez eux, comme chez nous, certaines farines ne constituent-elles pas un emplâtre émollient, l'huile un Uniment précieux, l'aloès un purgatif énergique, le curare un subtil poison, le café un heureux stimulant, et les narcotiques un calmant efficace...?

Cependant quand, se trouvant malades ou blessés, ils se soumettent à un traitement ou absorbent un médicament, comptent-ils sur son efficacité propre?

Nullement !

Si la substance ingérée produit un effet salutaire sur l'organisme : si une friction ou un massage répété soulage en rien le patient, ils en concluent : « qu'un esprit guérisseur, communiqué par le contact de la main du sorcier-médecin ou logé dans la p >tion, a combattu, expulsé ou réduit à l'impuissance les esprits malins, seuls auteurs du mal dont on soutirait. »

Très ordinairement aussi, toute mort étrange ou accidentelle est attribuée à la même cause.

Les fétichistes pensent que Y esprit de la maladie ainsi évincé, ira habiter dans le corps d'un animal, d'une poule par exemple, vouée par le sorcier à cet office, et qu'on ira perdre bien loin de la butte; ou encore, comme le remarque Burton1, dans un kéti, objet insignifiant s'il en fut : un clou, une verroterie, un chiffon... L'important, est d'assurer un gîte à l'esprit et d'éviter qu'il soit errant, c'est-à-dire menaçant pour chacun. )

Le médicament ou le charme est-il constitué par des graines, des racines, des branches, des essences d'arbres, pouvant contenir des sèves ou des sucs spéciaux?

Même dans ce cas, le sauvage n'a nul souci de la composition chimique de ces corps : il ne compte pas plus sur l'action

I. Burton, C< t. A/r., II, .052. — Tylor, Civiî'u. prim., H, 192*

médicamenteuse que sur l'action physiologique ; mais il a pleine confiance en certains signes et rites sacrés, qui, à ses yeux, transforment « en guérisseur ou en talisman propitiatoire » l'objet, tout à l'heure encore réputé de nulle valeur.

Interrogez le Noir sur la signification de son amulette qu'il regarde avec respect : pour peu qu'il sache quelques mots de noti'e langue, recueilli et pensif, il répondra par cette qualification significative : « Porte-bonheur ï »

Et pour mettre en plein relief notre pensée , nous dirons (parlant de ce qui se passe autour de nous) : tel Européen prendra soin d'oindre sa blessure d'une pommade vantée , alors qu'en pareille circonstance tel autre brûlera sur un autel une cire bénite. Or, bien que tous deux cherchent la guérison, l'un par l'emploi direct d'un médicament vulgaire , l'autre grâce à une faveur du Ciel, les moyens employés de part et d'autre correspondent certes à des sentiments très différents.

Et cependant , la même cire a pu servir à préparer le liniment, ou à mouler le cierge pieux.

Eh bien ! pour le Noir, c'est toujours V Esprit qui agit.

Plus accusée encore est sa métaphysique primitive quand il recourt, non plus à des remèdes, mais aux amulettes et aux Esprits seuls pour se guérir, se sauvegarder ou se sentir mieux armé dans les luttes de la vie. Dans ce cas, il sait, à n'en pas douter, que l'objet ou le signe employé ne recèle en lui-même aucun suc thérapeutique ni aucune qualité intrinsèque : il le recherche cependant, avec zèle, parce qu'il lui attribue une influence mystérieuse, une efficacité procédant d'une vertu sur-naturelle.

Or, croire à des puissances distinctes de l'homme, est déjà, pour qui veut bien réfléchir, un rudiment de foi religieuse : la foi au surhumain.

Les Africains n'ont pour médecins que de très rares empiriques1, et si la maladie présente un caractère intense, aussitôt ce sont les féticheurs, les sorciers qu'ils appellent.

De même, les guérisseurs appelés hommes-médecines chez

1. Sur la côte du S.-O. de l'Afrique le Ngangga mielongo est le médecin; tandis que le Ngangga ntalie est le devin, mais souvent le même individu réunit les deux fonctions.

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